La crise de 2008 n’était-elle qu’un simple avertissement ?

Publié Par Anthony Alberti, le dans Monnaie et finance

Par Anthony Alberti.
Un article de L’Or et l’Argent.com

Inévitable pour certains, impossible à concevoir pour d’autres, la prochaine crise financière majeure pourrait coûter jusqu’à 40 fois ce que la crise des subprimes a fait perdre à l’économie mondiale. Et quand on sait que la crise de 2008 a été la plus importante jamais connue dans l’histoire des marchés financiers, on imagine sans peine les efforts déployés par tous les acteurs d’aujourd’hui pour éviter une rechute à des niveaux cette-fois bien plus catastrophiques.

Aveuglement devant les signaux d’alerte d’une crise à venir

La situation actuelle est pour le moins paradoxale. Jamais les taux d’intérêt n’avaient été aussi bas. Ils sont même désormais négatifs pour environ un quart de l’économie mondiale. Conséquence directe, jamais la dette n’avait été aussi considérable, impactant aussi bien les marchés que les entreprises, les individus ou encore les États.

Et pourtant, jamais le monde n’a paru à ce point aveugle face aux signaux d’alerte qui ne cessent de clignoter dans tous les sens. Les banquiers centraux et les gouvernements font comme si tout allait bien, allant même jusqu’à encourager les acteurs économiques à amplifier le processus de délitement des modèles macro-économiques.

Dans leur ouvrage intitulé La finance de l’ombre a pris le contrôle, Dominique Morisod et Myret Zaki l’ont bien résumé en disant qu’avec la politique monétaire actuelle résolument orientée en territoire de taux négatifs « tout le paradigme économique s’inverse : les épargnants sont sanctionnés pour le fait d’économiser, les débiteurs sont récompensés pour le fait de s’endetter. »

La FED ne peut pas remonter ses taux sans créer un krach

Dans ces conditions, il est étrange d’attendre encore de la FED qu’elle relève un jour ses taux directeurs. Car il est évident qu’elle ne pourra jamais le faire sans créer les conditions d’un krach monumental. Certes, la FED a déjà réduit ses taux plusieurs fois au cours des dernières décennies, mais la situation actuelle est inédite à plus d’un titre.

D’abord, jamais on n’était descendu aussi bas que depuis 6 ou 7 ans, avec des taux d’intérêt à zéro. Mais surtout, si on revient par exemple au milieu des années 1990, il n’y avait pas cet excès d’endettement dans le système qui pouvait tout faire exploser à la moindre remontée du coût de l’argent. Ensuite, les banques elles-mêmes (et dans une moindre mesure, les marchés boursiers) n’avaient pas subi de gros dommages depuis, grosso modo, la Seconde Guerre mondiale, voire depuis la crise de 1929 pour les institutions les plus résilientes. Enfin, la confiance dans les marchés était intacte.

On n’a pas tiré les leçons de la crise de 2008

Aujourd’hui, tout cela est révolu. Au lieu de tirer les leçons des dernières crises, notamment de la plus grave, celle de 2008, tout le monde semble avoir pris le parti de reproduire le même schéma ayant conduit à la catastrophe… mais en faisant bien pire encore. Ainsi, comme l’écrit Dominique Morisod :

« La dette globale des gouvernements, des entreprises, des ménages et du secteur financier a augmenté de près d’un tiers depuis la crise des subprimes […] pour atteindre 200 000 milliards fin 2014, soit 286% du PIB mondial ».

Cet emballement de l’endettement est justement dû au fait qu’il a fallu sauver un système qui menaçait de s’effondrer sur lui-même à la suite des nombreuses crises successives survenues depuis la fin des années 1980. Enfin, question confiance, les banques sont désormais massivement rejetées par une majorité d’acteurs économiques qui les voient, au mieux comme des parasites qui gangrènent le système économique ; au pire comme les responsables directes des difficultés croissantes que traverse le monde.

Les banques cumulent les risques de nouvelle crise

Les récentes mésaventures de la Deutsche Bank, première banque européenne d’investissement, ne sont que le dernier épisode d’une lente descente aux enfers de la mauvaise réputation d’un marché financier qui n’a pas su abandonner ses mauvaises habitudes. Ainsi, que dire d’une situation qui porte désormais l’endettement direct des banques (actions, comptes bancaires, dettes publiques et privées) à plus de 250 000 milliards de dollars, alors même que le PIB mondial atteint péniblement les 80 000 milliards de dollars ?

Mais surtout, que penser de ces banques qui, tout en cumulant 21 000 d’exposition nette au niveau mondial, ont réussi à hypothéquer leur avenir (et surtout celui de l’économie de leurs pays respectifs) sur plus de 630 000 milliards de produits dérivés ?

Tous ces montants sont délirants, hors de proportion. Ils constituent une véritable montagne de risques qui peut devenir un volcan à tout moment. Un volcan dont l’éruption pourrait justement être déclenchée par une remontée des taux d’intérêt. Cela obligerait brusquement les débiteurs chroniques (les États par exemple) à payer beaucoup plus d’intérêt sur de l’argent qu’il avait été si facile d’emprunter en grosses quantités peu de temps auparavant. N’oublions pas en effet que la dette des États est régulièrement couverte à échéance par la création de nouvelles dettes, qui devront à leur tour être compensées par de futures dettes, et ainsi de suite.

Trop exposés pour être sauvés

Bref, aujourd’hui, le moindre frémissement à la hausse des taux d’intérêt poussera beaucoup de ménages à se débarrasser de leurs titres les plus risqués : ceux-ci lesquels n’étaient intéressants que dans le cadre d’une politique monétaire à taux nul voire négatif. En effet, on prend plus facilement des risques lorsque l’argent ne coûte rien, ou mieux, lorsqu’on est rémunéré pour emprunter.

Sauf que le taux de liquidité des marchés, c’est-à-dire la capacité pour un investisseur à vendre rapidement ses titres, s’est considérablement détérioré depuis 10 ans (-80% environ !). De fait, en cas de course à la revente, seul 1 investisseur sur 5 parviendra peut-être à tirer son épingle du jeu. Et probablement pas les plus gros ni les plus exposés. Ainsi, ce ne sont plus 15 000 milliards de dollars que l’économie risque de perdre, comme en 2008, mais entre 500 et 600 000 milliards, soit 40 fois plus !

Autant dire que, dans ce cas, il n’y aura plus beaucoup de questions à se poser quant à la manière de sauver ou non les marchés financiers. Tout simplement parce qu’il n’y aura sans doute plus de marché du tout. D’aucuns appellent ce cataclysme de leurs vœux, disant qu’il n’y a guère qu’une épuration de cette sorte qui puisse désormais réparer le système : en remettant tout à plat, et en revenant par exemple à des mécanismes plus cohérents, plus concrets, basés notamment sur un retour à une politique monétaire basée sur des contreparties physiques comme l’or et les métaux précieux.

Mais d’ici là, il semble surtout urgent de prendre un certain nombre de précautions (débancariser ce qui peut l’être, investir dans la pierre ou le foncier, placer une partie de son patrimoine en pièces d’or et d’argent) afin de se protéger des conséquences d’une future conflagration financière mondiale.

Sur le web

  1. Intéressant et inquiétant. Mais d.où tirez-vous tous ces chiffres ?

  2. Le pire c’est que cette alerte me semble pleine de bon sens…

  3. Haro sur tous les banquiers ! Ne s’agit-il pas ici d’un article « bien dans l’Air du temps » ?
    Plus les chiffres annoncés sont alarmants, mieux le message inquiète ( 40 X , etc.)…
    « De mal en pis » semble être un leitmotiv tjs porteur dans notre domaine de la COMM !

    Rassurez-vous, je ne suis pas banquier. J’ai lu comme d’autres les risques de la financiarisation de l’économie, sur la hauteur démentielle des dettes publiques et de certaines sociétés fragilisées (particulièrement en U.E.?). Puis j’en suis soucieux comme nombre d’autres entrepreneurs et/ou actionnaires. L’Himalaya de toutes les « législations » ne suffit plus à calmer les craintes du grand public et de ses politiciens qui nous les pondent.
    Flinguer tout un secteur vital pour l’économie mène à l’excès d’annonces, jusqu’à la paranoïa !!

    Venant d’une source [[ L’Or et l’Argent.com ]] nous devrions à peine nous en étonner … Sinon à s’accoupler aux propos de Simonne W. & Co ? Car, outre les yeux bridés de l’Est et émirats de l’Est méditerranéen, certains courant « banquiers alternatifs » nous encouragent à capitaliser … essentiellement sur les métaux précieux (et des briques), délaissant ainsi d’autres véhicules d’investissement productif et ces milieux avides de gonfler le Zeppelin des monnaies désormais virtualisées (une tendance encouragées par nos propres gouvernants?).
    OUI, il y a risques.
    Jusqu’au stade actuel où nul ne sait quels arguments ajouter pour casser « l’économie réelle » ?
    Rassurez-vous, Mr l’Auteur, en matière de conflagrations, bien d’autres risques court terme pendent au nez de braves consommateurs et épargnants. Mais pour les identfier il s’agirait de regarder à 360° autour de soi et de « pondérer » les chiffres à leur juste mesure !

    NB: comme déjà cité sur des commentaires (malheureusement) censurés par quelques auteurs, j’espère que ma voix contradictoire va passer ici… :o)

  4. Bon mais alors je dois vendre tout de suite mes placements d’assurance vie adossés à des fonds obligataires ???

    1. « tout de suite » ? Oui, le jour où vous aurez la conviction que ce que vous rachèterez en échange sera plus sûr. En attendant, le tube mondial du moment n’est pas « Titanic », c’est « Encore un soir »…

    2. Ma stratégie:

      1. Je n’investis pas un kopec dans l’UE. Tout est en Suisse et à Dubaï (tu peux faire des investissements en Australie, en Nouvelle-Zélande et à Singapour, c’est bien aussi, mais un peu loin). Par exemple, mon dernier investissement c’est deux maisons en bord de mer à Dubaï pour les louer.

      2. Je n’investis rien dans ce qui n’est pas un actif tangible. Pas d’obligations, pas de livret A, pas d’assurance vie, etc., et même pas d’actions qui sont pourtant des titres de propriétés d’entreprises qui existent dans la réalité (quand ça va péter le marché action va s’effondrer propre en ordre).

      3. Tous mes investissements c’est de l’immobilier et accessoirement de l’or. Et quand je dis « de l’or », je ne parle pas d’or papier, je parle de lingots physiques réels.

      4. Je ne laisse jamais en banque des gros montants, parce qu’au moment où ça va aller mal, ils vont venir prendre l’argent sur les comptes. En fait il ne faut même pas garder de gros montants d’argent liquide dans un coffre, parce qu’en cas de crise, après la déflation il risque d’y avoir une hyperinflation.

      Il ne s’agit nullement d’un conseil, c’est juste une indication sur ma stratégie pour me préparer à la crise qui approche. Je ne sais pas quand ça va arriver, mais il y a de fortes chances que ça arrive. De mon point de vue, 2008 c’était juste le coup de semonce, là avec ce que les banques centrales ont fait comme excès monétaires et le niveau d’endettement des états, ça va tanguer fort.

      1. J’ai oublié de préciser: pour le court terme, si ça part en sucette et que c’est le bordel intégral avec des émeutes et la police qui est débordée, j’ai des réserves d’eau et de nourriture pour au moins 15 jours; et je suis aussi armé jusqu’aux dents (pistolets et fusils semi-automatiques), c’est l’avantage de la Suisse, on peut aisément s’y procurer des armes pas comme en France.

        Ouais je sais ça fait genre survivaliste, mais non. Je ne crapahute pas dans la forêt en essayant d’allumer des feux en frottant des bâtons, je ne plante pas mes propres carottes, je ne chasse pas la belette, et je ne récolte pas l’eau de pluie dans un entonnoir tressé.

      2. Merci ! Bon je n’ai pas exactement les mêmes moyens mais je retiens l’idée générale, pour la pierre c’est fait mais en Bretagne, pas à Dubai, désolé !!!

  5. la crise de 2008…bof , des crises il y en a tous les 4 matins et on s’en relève et relèvera toujours. pas marre du catastrophisme ?
    quelles sont vos solutions , peut on échapper a une économie en dent de scie avec des hauts et des bas ?
    NON , ou alors on planifie tout , on contrôle tout et nous finissons tous dans la misère…sauf les planificateurs.

  6. Encore une publicité déguisée pour l’or ! Quand certains finiront ils par comprendre que l’or ne se mange pas et que la vraie richesse d’une société c’est d’avoir des projets et la volonté de les mener ?

    1. Bien d’accord !
      Mais avoir des projets et de la volonté ne suffit plus ici, tant les fruits issus de ce travail sont captés par des parasites. Franchement, se bouger le cul pour des clopinettes, et se faire qualifier de sale riche, de parvenu, d’exploiteur dès lors où l’on s’en tire un peu mieux que les autres, c’est plus que lassant.
      Se faire racketter sur ses revenus est déjà penible aux niveaux français, mais se faire racketter par la suite quand on épargne, qu’on consomme, qu’on accumule, qu’on transmet, qu’on donne, c’est intolérable.
      En fait, l’intolérance vient du fait qu’à l’école on nous a dit que la France était un pays libre, pays de libertés. Mais en fait c’est un gros mensonge : nous sommes asservis et avons juste le droit de choisir notre maître. Notre boucher prochainement…

    2. Avoir des projets est un moteur, certes. Mais les regles economiques sont devenues tellement absurdes, comment se lancer dans une aventure raisonnable dans ces conditions?

  7. l’alerte est donné depuis 2008 ce sera beaucoup plus dévastateur et pire que ce qui c’est passé en Grèce certaines personnes ont peut être raison faut il retirer notre argent des banques en ne leur laissant que les prélèvements est ce la bonne solution de toute façon comme les populations vont paniquer ils feront la queue pour retirer maximum 300 euros par semaine rappelez vous la Grèce ou l’Argentine a moins d’être balayé par une 3 ème guerre mondial

    1. L’argent ne vaudra rien. Il est urgent de vous « acheter » des amis sûrs et des biens à valeur d’usage, et puis ça pourra vous servir même en cas de d’arrivée tardive de la crise.

      1. Tous les biens seront alors collectivisés et ce ne sont pas les arguments qui manqueront. Profitez maintenant.

      2. Donc dépensons sans compter. … Mais ça fait quand même un peu Pompadour….

        1. des biens à valeur d’usage

          Cela peut être, entre autres, du PQ (serviettes hygiéniques, couches pour bébé…). Cela se revend, enfin, s’échange comme de la petite monnaie.

  8. Je pense sincèrement que la crise à venir va être bien pire effectivement car les mêmes causes produisent les mêmes effets. Clairement, rien n’a été fait pour empêcher la spéculation sur les produits dérivés dont la DB est gorgée, ou sur le trading haute fréquence. L’ensemble des expositions sur les produits dérivés est de l’ordre du Million de Milliards de $ pour un PIB mondial de 80.000 Milliards de $…Cherchez l’erreur.
    Autant dire que même sans défaillance d’une banque, l’inversion de la courbe des taux qui reviendra fatalement à la normale va provoquer quelques remous, sans que les Etats ou les Banques Centrales puissent arrêter quoi que ce soit.
    C’est à ce moment que les métaux précieux, les fournitures de premières nécessité, la nourriture et le plomb vont prendre toute leur importance ! Mais ça va faire mal.

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