En France, les jeunes ont été sacrifiés

Publié Par Aurélien Véron, le dans Travail & emploi

Par Aurélien Véron.

En France, les jeunes ont été sacrifiés

Arts and Works #1 By: Léo ParpaisCC BY 2.0

« Si je reçois le mandat du pays d’être le prochain président, je ne veux être jugé que sur un seul objectif : (…) est-ce que les jeunes vivront mieux en 2017 qu’en 2012 ? Je demande à être évalué sur ce seul engagement, sur cette seule vérité, sur cette seule promesse ! »

C’était le 22 janvier 2012 au Bourget. L’auteur de cette déclaration, François Hollande, n’était pas encore président. L’émotion est vite retombée. La Cour des comptes – si souvent entendue, si rarement écoutée – confirme que la jeunesse est plus que jamais « trahie », « sacrifiée, abandonnée, reléguée ». Les sages de la rue Cambon détaillent dans leur rapport du 5 octobre l’aggravation de la situation des 16-25 ans dont le taux de chômage avoisine les 25% contre une moyenne de 13,9% dans l’OCDE (7,3% en Allemagne, 14,6% au Royaume Uni). Et ça fait mal.

Quel candidat n’a pas déclaré « ma priorité, ce sont les jeunes » ? En campagne, ça ne mange pas de pain de « faire confiance aux jeunes » et ça peut rapporter gros. Les « emplois d’avenir » et les « contrats de génération » émeuvent les grands-parents, nombreux à se déplacer pour voter, sans vraiment améliorer la vie des concernés qui, eux, votent peu.

Les jeunes sacrifiés par la génération précédente

Les premiers ont connu la libération sexuelle, les seconds vivent dans la peur du sida. Les premiers n’ont quasiment pas connu le chômage tandis que les seconds vivent dans la précarité des stages et des CDD quand ils ont la chance d’avoir un emploi. La voiture était le premier pas vers la liberté, elle est devenue l’emblème de l’égoïste pollueur. Insouciants, les premiers ne pensaient pas à leur retraite et ont voté pour les politiques les plus dépensiers de l’histoire. La facture est adressée aux seconds.

Les jeunes ne se sont jamais précipités pour voter, que ce soit par désintérêt ou insouciance. L’âge et la vision formatée des candidats habituels n’ont aucune raison de les faire rêver. Et le contexte anxiogène actuel ne risque pas d’inverser la tendance.

Ils savent que la dette de leurs aînés leur sera facturée au prix fort sans qu’ils soient assurés d’avoir eux-mêmes une retraite un jour, faute d’avoir suffisamment travaillé… ou faute de cotisants le jour venu. Pour la première fois par temps de paix, les nouvelles générations doivent s’attendre à vivre moins bien que leurs aînés. Ils sont les premières victimes d’un modèle social qui protège les initiés, à l’abri de leurs acquis-forteresse, au détriment des nouveaux venus considérés comme des intrus.

Une trentaine de dispositifs d’aide aux jeunes coûtent plus de 10 milliards d’euros par an, c’est presque 50% de plus que le seul budget du ministère de la Justice. Mais cette dépense ne parvient qu’à maquiller maladroitement le désastre. Les jeunes n’ont plus aucune illusion, ils sont de moins en moins attachés aux fondements du pacte intergénérationnel, aux acquis sociaux – carcans et boulets – censés les protéger. Ils aspirent à la liberté et ont suffisamment confiance en eux-mêmes pour naviguer dans un environnement ouvert et mouvant.

Mais la jeunesse est manipulée à des fins politiques

jeunes-rene-le-honzecPourtant, difficile d’imaginer les jeunes générations éprises de liberté quand on voit chaque année les manifs rituelles de lycéens goguenards – et parfaitement inconscients des enjeux – et d’étudiants surexcités contre le moindre soupçon de réforme. Pour comprendre ce qui se trame derrière ce rite initiatique, il faut fixer son attention sur ceux qui tiennent les ficelles de ce jeu de dupes.

D’un côté, les jeunes vivent sous l’emprise des puissants mouvements des jeunesses socialistes dont les patrons – pas toujours très jeunes, l’étudiant Bruno Julliard pilotait encore les grèves de l’UNEF à 27 ans – sont destinés à une brillante carrière politique s’ils parviennent à semer le chambard. De l’autre, ils subissent l’influence des mouvements structurés d’extrême gauche menant au syndicalisme dur. Hors de l’ENA, le parcours universitaire d’excellence pour s’engager dans l’action politico-syndicale passe par le doctorat en manifs et piquets de grèves.

La masse des élèves ne comprendra que bien plus – et trop – tard que ces blocages ne visent aucunement à promouvoir la solidarité ou l’égalité des chances. Ils entretiennent au contraire le prédéterminisme social et l’immobilisme dont les jeunes sont les victimes les plus directes, cherchant à tuer chez eux l’esprit d’entreprise et la culture collaborative. Ils retrouveront ces meneurs opportunistes qui les ont instrumentalisés à la tête du PS comme Jean-Christophe Cambadélis, adjoint à la culture comme Bruno Julliard ou ministre comme Harlem Désir (si, si).

Plus grave, une part croissante des diplômés de l’université rejoint les rangs des 150 000 jeunes qui, chaque année, sortent du système scolaire et de tous ceux qui abandonnent la fac sans diplôme, brisés, écœurés et humiliés. Le diplôme protège de moins en moins de la précarité et du chômage. De ce point de vue, l’égalitarisme des grévistes professionnels a atteint son but.

Une étude du cabinet Deloitte indiquait en 2012 que 15 % des jeunes diplômés voulaient travailler hors de France. Ils étaient 27% en 2014. Élargi à tous les moins de 25 ans, diplômés ou non, ce score montait à 60% dans un sondage OpinionWay publié le 11 mars 2015. Les jeunes ont confiance en eux-mêmes et restent optimistes. Mais de moins en moins dans notre beau pays.

Les jeunes restent confiants

Ils ont admis que notre système croulant leur était profondément défavorable. Circuler devient difficile pour ceux qui n’ont pas la chance de vivre en centre ville, se loger relève de l’exploit. La succession de faux jobs destinés aux jeunes (emplois jeunes, emplois d’avenir…) est destinée à piéger ceux qui y ont cru. Mal payés et occupés à des tâches peu qualifiantes, ceux qui ont y eu recours ont eu ensuite du mal à en sortir et à trouver un véritable emploi dans le secteur privé.

Ils rêvent de pouvoir se loger simplement, facilement. Mais la surprotection du locataire, partant d’une bonne intention, a abouti à l’exact opposé de l’effet escompté. Résultat, les logements disponibles sont destinés prioritairement aux enfants de familles capables de fournir des feuilles de salaire décentes sur 3 générations. Là aussi, ce ne sont plus de ces murailles faussement protectrices dont les jeunes rêvent, mais de flexibilité. Ils savent que moins le propriétaire craint d’être coincé en cas de situation compliquée, plus l’accès au logement sera facile. On se loge aussi aisément qu’on peut être délogé.

Les jeunes aspirent aussi à une véritable flexibilité de l’emploi. Les retours de tous ceux qui ont fui les 3 500 pages du Code du travail pour des pays que nos socialistes qualifieraient d’ultra-libéraux sont positifs. L’absence de protection du travail facilite la recherche d’emploi. Vite licencié, vite réembauché. Au contraire, ce sont souvent les employeurs qui font des efforts pour retenir leurs salariés trop mobiles.

Bref, le premier ennemi des jeunes, ce sont les réglementations du travail, les statuts absurdes de cadre ou d’employé, les grilles de salaires proposant une hausse indicielle du salaire sur les 40 prochaines années. Tout à l’ancienneté, rien pour l’inventivité et l’ambition. Le jour où les accords d’entreprise primeront enfin sur ces milliers de pages de code étouffantes, les jeunes se sentiront peut-être plus à leur place en France.

  1. La grande majorité des jeunes étant socialo communiste, ils ont eu ce qu’ils voulaient.
    Pour les rares jeunes non encartés au parti, il reste l’expatriation.

    1. Du calme papy, la rubrique commentaires du Figaro c’est pas ici…

      1. +10000 – magnifique.

    2. C’est faux. Au x dernières élections, c’est le FN qui a le plus profité du vote des jeunes. Puis LR, et le PS, puis les autres….
      La jeunesse s’est droitisée.

      1. C’est le FN qui est passé à l’extrême gauche, pour séduire les jeunes dénués de la culture nécessaire à adhérer aux thèmes du syndicalisme ouvrier.

  2. C’est où la France ?

  3. Sans les nombreuses solidatités familiales, ça fait longtemps que ça aurait explosé.
    On retrouve la même chose que pour l’EN: en nivelant tout, on survalorise les inégalités d’origine sociale.

  4. Les jeunes qui ont cru qu’il valait mieux faire confiance à l’offre politicienne et étatique plutôt que retrousser leurs manches ont encore quelques mois (ou années) pour tomber la veste et travailler leur goût de l’effort individuel.
    A noter qu’il y aurait une baisse du QI chez les jeunes, attribuée par certains aux pollutions de l’environnement, et par d’autres à la paresse intellectuelle, ou plus exactement à la composante intellectuelle de la défaillance de la motivation personnelle…

    1. Justement MichelO, les jeunes sont prêts à quitter la France, et à assumer donc une certaine précarité.
      En feriez-vous autant ?
      La baisse de QI, ca touche aussi les vieux…

      1. Eh bien, à 73 ans, mon QI a tellement baissé que j’attends ma deuxième (nouvelle) nationalité avec impatience. Ne manquent plus que deux signatures.

      2. +1000 – C etait jouissif.

      3. J’ai toujours préféré faire suivant mes convictions et mes choix que rester dans le troupeau par commodité. La précarité ne m’a jamais fait peur, les efforts non plus. Et je peux me permettre de perdre encore quelques points de QI (il paraît que j’en avais un nombre indécent et inéquitable 🙂 ), mais pas d’abandonner gratuitement ce que j’ai construit au prix de pas mal de renoncements et d’efforts, renoncements et efforts dont j’assume l’entière responsabilité et dont je n’aurais pas eu l’idée d’imaginer qu’ils ne fussent pas nécessaires. Et je ne parle pas principalement du matériel, mais du spirituel et de l’affectif. J’ai choisi ma carrière, j’ai atteint mes objectifs à l’international, et j’ai pour cela sacrifié en France bien plus qu’il n’aurait été raisonnable.

        Rien ne m’a déçu autant que l’attitude « La France, tu l’aimes ou tu la quittes ». Vous n’avez jamais pensé à défendre l’idée « La France que presque personne n’aime, tu la changes ! » ?

        1. « Rien ne m’a déçu autant que l’attitude « La France, tu l’aimes ou tu la quittes ». Vous n’avez jamais pensé à défendre l’idée « La France que presque personne n’aime, tu la changes ! » ? »

          100% D ACCORD.

    2. Encore un vieux con comme il en pullule en France et qui dénigre la jeunesse avec le même refrain : « Les jeunes, tous des glandeurs, des bons à rien ! ».

      Cela me met hors de moi quand je lis ce genre de commentaire.

      Sachez que les jeunes ont autant le goût de l’effort qu’à votre ère et qu’ils sont aujourd’hui prêts à tomber la veste et à retrousser leurs manche. Le problème, c’est qu’ils sont bridés par des vieux cons qui freinent toute initiative, innovation, idée, amélioration parce qu’ils sont bien à l’aise le cul sur leurs fauteuils avec un goût prononcé, non pas pour l’effort, mais pour la volonté de se faire chier le moins possible !

      J’ai connu cela avec un chef qui disait tout le temps : « Trop compliqué, trop cher, inutile ! ». Et après, avec de tels gens de votre génération, on s’étonne que la France soit en retard sur le reste du monde. Et à chaque fois qu’un jeune comme explique qu’en France, on est à la ramasse par rapport au reste du monde, que même les pays émergents nous ont dépassé technologiquement, la réponse classique du vieux con au « jeune glandeur bon à rien » : « Mais qu’est-ce que tu racontes ! Tu ne connais rien à la vie ! ».

      Quant à votre couplet « La France que presque personne n’aime, tu la changes ! », c’est tout bonnement impossible pour les mêmes raisons : ce sont les vieux cons de votre génération qui bloquent tout changement !

      Quant à celui qui écrit qui parle d’expatriation, on n’a pas attendu de vous lire pour se barrer : me concernant, cela fait longtemps que c’est déjã fait !

      Signé,
      Un jeune ayant le goût de l’effort avec près de quinze ans d’expérience dont sept dans des entreprises françaises dirigées par des vieux cons.

      1. Désolé, les vieux cons qui freinent toute initiative existaient déjà de mon temps comme de celui de l’Empire Romain ou du siècle de Périclès. Ce qui a changé, c’est que les jeunes glandeurs et bons à rien n’avaient pas le pouvoir, et qu’ils l’ont obtenu maintenant plutôt que ceux qui mettent en avant travail et inventivité. Ceux qui sont prêts à faire des efforts n’ont en fait, pour la plupart, que l’ambition de prendre le siège au banquet des vieux cons pour jouir à leur place des privilèges qui y sont attachés : ils ne veulent pas renverser la table, simplement trouver ailleurs une table où ils seront mieux accueillis et où ils pourront vieillir en toute connerie tranquille.
        Aucun, ou presque, ne se rend compte que d’abord la proportion de cons est la même quelle que soit la tranche d’âge, de pouvoir, ou d’imposition, et du ridicule qu’il y a à dénoncer un prétendu amalgame visant les jeunes quand on fait soi-même l’amalgame pour les vieux. Aucun, ou en tout cas pas assez pour entamer une action efficace, n’est prêt à soutenir ceux qui veulent virer les bloqueurs, de leur génération ou d’une autre : ils ont la même réaction que vous, filer ailleurs, et se justifier par le sophisme.
        Les vieux cons de ma génération, ils peuvent être écartés du pouvoir (je le sais, je les connais, j’ai été à l’école avec certains d’entre eux). Et je crains que si vous estimez que c’est impossible en France, vous ne fassiez que profiter de l’été indien d’ailleurs, que nous ayons des myriades de fuyards pour chaque résistant, jusqu’au jour où il n’y aura nulle part où fuir encore.

      2. @Modern Coding

        Pas mal, je dirais même très bien ! J’adore !!

  5. bon… et alors ?
    Depuis que le monde est monde, les jeunes, idéalistes et politiquement puceaux, se font entubés. Une fois (au moins).
    Les jeunes n’ont aucune connaissance des conséquences réelles de leurs actions et jugent les choses que par leurs intentions. On les enrôle facilement pour se battre, y compris contre leurs propres intérêts. Combien de jeunes ont manifester leur joie en 1981 ? Beaucoup. Combien ont compris que la retraite à 60 ans n’était ni financée ni finançable et que donc c’est eux qui allaient payer? Pas loin de zéro, sur le moment. Et maintenant qu’ils ont compris, que font-ils … et bien ils font ce qu’ont fait leur parents : ils entubent la jeunesse et lui refile la dette, et après eux, le déluge.
    Proie idéale pour les escrocs : si en plus vous vous avisez de lui dire « non mais tu vois pas que tu te fais avoir ? », le jeune se rebiffe que vous osiez le prendre pour un naïf.
    Bottom line :c’est même pas la peine de défendre la jeunesse en lui montrant qu’elle se fait avoir, c’est à vous, porteur de cette mauvaise nouvelle, qu’elle le reprochera.

  6. Normal, Hollande avait basé sa campagne 2011 sur l’avenir, qu’il déclamait radieux, des jeunes.

    Et pour une fois il a tenu parle, il a coulé la jeunesse. On sait maintenant, après cinq ans de royauté sans partage, qu’il fait toujours le contraire de ce qu’il dit.

    Par contre, ses apparatchiks se battent pour qu’il libéralise la drogue. Une forme de compensation, ou de rattrapage?

  7. un jeune qui a manifesté ca joie en 81 ?? vous vous rendez compte que les jeunes d aujourd hui qui en prennet plein la gueule n etaient meme pas ne a l epoque !
    20 ans en 81= ne en 61 ->55 ans en 2016, vraiment pas un perdreau de l annee

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