Mais qui soutient réellement Emmanuel Macron ?

Publié Par Éric Verhaeghe, le dans Politique, Pushmobile

Par Éric Verhaeghe.

Macron fait campagne et engrange les soutiens. Mais qui sont-ils, tous ces gens qui misent sur ce jeune homme sans mandat électif ? Et pourquoi le soutiennent-ils ? Qu’il nous soit permis, ici, de rédiger un billet « d’insider » sur ce qui se dit dans les couloirs fleuris par les partisans de Macron, sur cette candidature de derrière les fagots.

Macron, une candidature très élitiste

Comme l’a montré le Sommet des réformistes européens, Macron est d’abord un candidat soutenu par une certaine élite française. Entre Gérard Collomb et son réseau très social-libéral, l’institut Montaigne fondé par Bébéar et piloté aujourd’hui par Henri de Castries (de la Voltaire, comme Hollande), et les Gracques, qui rassemblent un bon nombre de rocardiens aux ambitions souvent frustrées (par François Hollande lui-même, d’ailleurs), Macron n’a rien d’un candidat spontané. Il est soutenu par de puissants réseaux qui comptent faire ce qu’il faut pour lui assurer la visibilité et les soutiens nécessaires à une candidature présidentielle.

Macron, l’espoir des réformistes

Le ciment global de ces soutiens, dont on voit bien qu’ils émanent autant de la droite que de la gauche — pourvu qu’ils émanent de l’élite — tient à un seul mot : la réforme. Une grande partie de la technostructure française considère que l’absence de réforme depuis plusieurs décennies, et que nos partenaires européens nous reprochent, met le pays et son destin en danger.

Ils considèrent tous que Macron constitue un bon joker pour gérer la chienlit et éviter une implosion de la société française qui conduirait à jeter le bébé des lourdeurs héritées du passé avec l’eau d’un bain dans lequel ils jugent vital de continuer à se baigner, comme la construction communautaire par exemple.

Macron a la chance de tomber là où il tombe

Macron eut-il été leur premier choix si une offre politique différente se présentait ? Incontestablement, le jeune homme a un pouvoir de séduction et un charisme qui les étreint, mais il est probable qu’un certain nombre de soutiens de Macron eussent préféré spontanément miser sur des personnalités plus expérimentées.

François Fillon fait partie de deux-là. L’homme présente un programme qui peut séduire la technostructure et le gouvernement profond dont elle garantit les intérêts. L’inconvénient de Fillon est d’être très marqué à droite, et surtout d’avoir peu de chances de remporter la primaire des Républicains.

À gauche, Valls aurait pu jouer ce rôle. Mais sa fidélité envers François Hollande, en partie dictée par la conviction qu’une candidature hors parti n’a aucune chance d’aboutir, l’a empêché de réaliser cette alchimie.

Macron, représentant du gouvernement profond

Une fois désigné comme le jockey de l’élite dans une course très hasardeuse, Macron doit donc endosser les dossards qu’on lui apporte sur un plateau. Les axes idéologiques de ce programme sont évidents.

Premièrement, il doit porter un discours sur l’Europe, garante de la paix, de la liberté, de la prospérité. Il n’est pas impossible que Macron soit profondément et sincèrement convaincu de ces sornettes dont la principale conséquence connue depuis 30 ans s’appelle la désindustrialisation du pays. En tout cas, la ligne qu’il doit incarner est celle d’un sauvetage in extremis du Titanic européen, avec des éléments de langage simple : c’est vrai que l’Europe s’est pris les pieds dans le tapis ces dernières années, mais c’est quand même un truc cool qu’on devrait garder, hein les amis ?

Deuxièmement, Macron catalyse tous les espoirs de réforme dont la technostructure est convaincue d’avoir besoin pour préserver son rôle dominant dans la société de demain. Il s’agit ici d’abattre plein de pans du corporatisme traditionnel (notamment les fameuses rigidités du marché du travail) sans toucher à l’essentiel, en particulier aux mécanismes actuels de reproduction des élites et aux intérêts des grandes entreprises avec lesquelles elles vivent en parfaite connivence.

Au fond, Macron est un architecte d’intérieur : il a pour mission de changer l’aspect des pièces, d’abattre quelques cloisons, mais de ne pas toucher aux murs porteurs.

La grande peur de l’implosion finale

La stratégie de soutien transpartisane à Macron s’explique par un fait générateur dominant : la grande peur qui s’empare des élites françaises face à la béance du volcan dont elle a conscience de se rapprocher chaque jour un peu plus. Le fond de l’analyse est ici assez simple.

Premier point : les élites sont contestées et la stigmatisation des « populismes » et de la « démagogie » ne suffit plus à tenir la société. L’hypothèse d’une rupture par la voie démocratique, notamment avec une victoire du Front National aux élections (complète ou simplement partielle), voire l’hypothèse d’une implosion brutale, est de plus en plus prise au sérieux et même crainte. Il faut donc un sauveur.

Deuxième point : cette hypothèse est d’autant plus crédible que la France n’a pratiqué aucune des réformes nécessaires pour sa modernisation. Le résultat est évident : elle se situe sur un sentier de croissance très bas, avec un chômage élevé, là où ses voisins ont amélioré leur performance macro-économique.

Troisième point : malgré un assouplissement monétaire massif avec des taux bas qui épuisent le rendement du capital, les fondamentaux économiques ne repartent pas durablement. Une explosion systémique rend de plus en plus urgente une réaction forte.

Un Orléans en attendant un Bonaparte

Face à ces périls imminents, la technostructure cherche un « libéral » contrôlable et docile pour sauver les meubles en nourrissant l’illusion d’une refonte du système. C’est la carte du Philippe Égalité de 1789, de l’orléanisme bon teint, que la France expérimente tous les cinquante ans.

A-t-elle une chance de réussir ?

Nous verrons bien, mais je parie plus, à titre personnel, sur un échec faute d’accepter de toucher aux fondamentaux d’un système dégénéré, et sur l’émergence future d’un Bonaparte qui pratiquera les vraies réformes…

Sur le web

  1. Votre raisonnement s’inscrit dans une France durable, voire éternelle alors qu’elle est parvenue à la fin d’un cycle historique. Où seraient les libéraux dans ce pays alors que tous sont étatistes et bénéficient souvent de prébendes ? Ni Orleans, moins encore Bonaparte. L’Europe unie de Bonaparte qu’il nommait le système continental était un système fédérant les pays européens autour de la France. Seules les jacobins peuvent rêvre à cette fiction. Le réel est tout autre et commençons à le saisir, avec toutes les conséquences terribles que nous allons subir à cause d’un système administrativo-soviétique qui a ruiné le pays, ses peuples et ses richesses.

  2. +1 encore un article dégoulinant de paternalisme et qui ressasse « l’Etat profond »comme seul argumentaire assez faiblard.
    Un magnifique concentré de tout ce que représente la classe politique traditionnelle.

    1. tout à fait d’accord. L’auteur parle du « gouvernement profond » (c’est quoi?) des « élites » (qui?), et laisse entendre qu’il y a une sorte de pouvoir occulte et monolithique agissant derrière les rideaux (on vous cache tout ma bonne dame). Sur quoi se base-t-il pour affirmer cela? Nous ne le saurons pas, il faut le croire sur parole. Qu’une poignée de think-tanks et de chefs d’entreprises publiques ou privées soutienne Macron plus ou moins activement, on s’en doute. Que la situation économique de la France est mauvaise, nous le savons. Pour l’analyse, on attend toujours.

      1. Une bonne lecture pour préciser ce gouvernement profond: « les cinq mille »

        1. Bof… il y a quand-même loin de la dénonciation d’une certaine collusion entre patrons d’entreprise (souvent publiques), politiques et journalistes, qui font partie d’un petit monde privilégié, et qui ont fait les mêmes « grandes » écoles, etc. à la notion de « gouvernement profond » qui sous-entend que le gouvernement « réel » n’a en fait rien à dire et est manipulé par des gens qu’on ne connaît pas, mais attention l’auteur lui les connaît et il va vous faire des révélations fracassantes à ce sujet (ou pas).
          Il ne fait nul doute, par exemple, que le patron d’EDF tentera d’influencer le contenu d’une loi sur l’énergie ou d’infléchir la libéralisation de son domaine. En conclure que lui et ses amis dirigent la France et forment un « gouvernement profond » me semble, disons, exagéré, pour rester poli. A tout le moins celui qui utilise l’expression devrait apporter des preuves à la mesure de son affirmation. J’attends toujours.
          Je pense que le libéraux devraient se concentrer sur la dénonciation de ces collusions, et sur la nécessité de réduire le poids de l’Etat pour (entre autres) réduire le risque de confusion entre l’intérêt public et l’intérêt privé. La dénonciation d’un soi-disant « gouvernement profond » est à cet égard complètement contreproductive.

          1. Ils suffit de voir les pays et leur système politique où le thème du « gouvernement profond » est en vogue pour se rendre compte que son utilisation à des fins de discrédit ne mène à rien de bon,

  3. Je trouve cet article finalement assez pessimiste alors même que Macron n’a pas dévoilé son programme.
    C’est peut-être vrai, mais je trouve sa méthode et sa pédagogie assez convaincante pour le moment.
    De plus, je ne suis vraiment pas sur que les Français soient prêt pour un big bang, alors osons espérer que ce qu’il propose aille plus loin que ses concurrents politiques… Et surtout dans le bon sens : plus de liberté, moins de règles, moins d’effets de seuils, et qu’on allège l’entreprise de ses fardeaux… Sans quoi le chômage restera à son niveau.

  4. Excellente analyse comme souvent d’ailleurs de Mr Eric V. , merci à vous.

    Quelle incroyable complaisance pour ne pas dire « propagande » des médias historiques pour Macron pur produit de l oligarchie qui s’est accaparé le pouvoir en Europe avec notre silence complice.
    Macron…pour que continue encore année après années, depuis la création européenne, son triste bilan les pauvres sont de plus en plus pauvres et les riches de plus en plus riches,

  5. Ceux qui en ont assez du système politique actuel mais qui ne veulent pas entendre parler du FN

    1. Quelles différences entre Macron et le système politique actuel ? Un homme sans programme qui surfe sur l’ambiguïté et les slogans, on en a déjà vu, et on a été trompés à chaque fois.

      1. Analyse, pour ma part très superficielle, vous verrez.

  6. Bonjour , Eric VERHAEGHE. Votre analyse sur la situation économique de la France depuis la désindustrialisation amorcée par la droite et pérennisée par la gauche est parfaite de vérité historique. Mais choisir Monsieur Macron comme réformiste encore plus libéral, serait une erreur que nous ne pouvons, nous permettre en France. Il est temps de trouver une nouvelle façon d’envisager l’avenir de l’économie française et tenir compte des habitants de notre planète. Je propose une nouvelle idée dans mon livre que vous trouverez gratuitement sur mon site en format .pdf : « L’ADN de Patricia « . Cordialement. dubruly

  7. Qu’il nous soit permis, ici, de rédiger un billet « d’insider » sur ce qui se dit dans les couloirs fleuris par les partisans de Macron

    Un billet de ragots? Cet article est intéressant mais manque de faits concrets. Les soutiens de Macron sont connus. Leurs déclarations sont cohréntes. Leurs motivations par contre, ne sont que pure spéculation de l’auteur.

  8. Très subjectif et aucun argument. Le vide intersidéral. Vous dite de macrin « Docile et controlable » quels sont vos arguments ou mieux vos preuves ? Vous parlez de la « technostructure » un peu comme de quelque chose de défini mais alors c’est quoi la technostructure precisement ? Un peu comme si je disais « les français sont comme ci ou comme ça » c’est une grosse généralité et un gros raccourci. Bref cet article de propagande est un torchon. Merci d’étayer précisément la prochaine fois.

    1. La technostructure vous la voyez version giga à l’éducation nationale qui est dirigée par son Ministère et les délégations régionales et non par le ministre politique qui lui fait de la réformette pour avoir l’impression d’exister. Souvent d’ailleurs il se mélange les pinceaux et est repris par son Ministère quand il sort une grosse bêtise.

      Idem dans l’ordre des technostructures au Ministère de l’Economie, à la Justice et à la Défense : ce n’est pas pour rien que des réformes style CSG, prélèvement à la source etc… traversent les quinquennats sous la forme d’idées puis sont mises en application : le programme est écrit depuis près de 40 ans et s’applique petit à petit quelque soit le parti au pouvoir. Jamais une réforme d’ampleur d’une précédente mandature est annulée : tout au plus pour l’ISF Sarko a tenté de mettre en place un bouclier fiscal promptement annulé. Vous verrez que la TVA sociale va refaire son apparition, c’est dans le programme.

  9. Dans plusieurs de ces billets l’auteur semble attendre l’arrivée d’un Bonaparte pour renverser la table tout en admettant que Napoléon est arrivé parce que la table était déjà renversée… On peut comprendre cette confusion, bien malin celui qui prédira avec acuité ce qu’il va se passer en France dans les 10 ans à venir.

  10. macron ou un autre , c’est du pareil au même ;quand on sait que la france emprunte chaque semaine entre 5 et 9 milliards d’euros parfois à taux négatif , parfois sur des durées de 50 ans…..quelques soit le gagnant en 2017 , il va hériter de ce fardeau et quand tout ce fric devra être remboursé ce sont bel et bien les contribuables qui vont trinquer et un macron n’y changera rien du tout ;

  11. Bonjour,
    ce n’est plus une évolution qu’il nous faut mais une révolution. Il ne s’agit pas d’attendre un homme providentiel … Il n’existe pas.
    c’est de nous tous qu’il s’agit et donc c’est à « nous » d’intervenir pour prendre les rennes et créer un nouveau systéme qui prenne en compte l’intérêt collectif !

    1. L’intérêt collectif ? Je mets ma main à couper que votre intérêt collectif n’est pas le même que mon intérêt collectif. Dès lors, qu’est-ce ?

      1. Charles ,

        Et comme l’intérêt collectif est , au fond , la somme d’intérêts particuliers , on est mal partis…

        1. « la somme d’intérêts particuliers » : perso je dirais le produit d’intérêts particuliers, comme ça si mon intérêt est zéro alors l’intérêt collectif est zéro !

    2. 40 % de jeunes de moins de 30 ou 35 ans dans la population sont nécessaires à une Révolution. Nous n’en avons qu’à peine 24 %.

  12. Et qui dans le rôle de Bonaparte ? telle est la question. Parce que pour l’instant je n’en vois guère dans le monde politique

    1. Bonaparte, il a évolué jusqu’à Napoléon, s’est fait sacrer empereur, et nous a apporté la première guerre mondiale…

  13. « la grande peur qui s’empare des élites françaises face à la béance du volcan dont elle a conscience de se rapprocher chaque jour un peu plus »
    D’ou tenez vous cette affirmation?

    Sincèrement, autant je sens cette peur ou plutôt malaise diffus au sein de la population salariée privée, autant je sens la rage et la furie au sein des artisans et agriculteurs en particulier, autant je ne sens rien a chaque rencontre avec un fonctionnaire politique. Mais alors, rien. Le vide. Une espèce d’amalgame bizarre entre Groundhog Day et un bon Chabrol. Vous voyez? La médiocrité et la grisaille en 24/7 a l’infini.

    Pour Macron, wait and see.
    Il n’y a pas si longtemps, un certain pilote de tracteur arrivait au moins a diagnostiquer le mal français.
    Aujourd’hui, c’est une épave pathétique de plus, un autre mort vivant qui refuse de tirer enfin sa reverence et d’admettre qu’il n’a RIEN a donner a son pays.

    1. Wait and See comme vous dîtes après c’ est clair que le vote Macron ou l’intérêt pour ses idées en dehors de l’extrême droite et de l’extrême gauche c’est clairement la France de l’enseignement sup et quand je dis sup c’est celles qui est à minima bac+3,bac+4 qui est bilingue voir multilingue qui eu l’occaz d’avoir une mobilité à l’étranger durant les études etc etc ça peut paraître caricatural mais c’est un peu ça.

    2. Beaucoup de personnes ici ne savent pas lire : l’auteur a dit au début qu’il allait nous entretenir des ragots de couloir !

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