Un homme en lutte suisse, de Jean-Yves Dubath

Publié Par Francis Richard, le dans Lecture

Par Francis Richard.

un homme en lutte suisse jean yves dubathLe roman de Jean-Yves Dubath est fait des souvenirs d’Un homme en lutte suisse, qui a dû arrêter de pratiquer ce sport national après avoir essuyé une défaite et manqué une couronne à la Romande de Corgémont, à la suite d’une faute qu’il a commise.

Le narrateur rappelle que la lutte suisse met aux prises deux hommes, sur un rond de sciure, le temps d’une passe, et que l’objectif est de plaquer au sol l’adversaire sur le dos. Quand ils se remettent debout, le vainqueur peut alors enlever la sciure qui colle encore au dos du vaincu…

Avant de s’affronter, les deux lutteurs se débarrassent de leur montre et de leur porte-monnaie sur la table des juges ; ils revêtent une culotte de jute qui comprend deux canons et qui est tenue par un ceinturon de cuir.

Au début de la passe, chaque lutteur empoigne de la main gauche le canon droit de la culotte de l’autre et de la droite le ceinturon de l’autre, dans son dos, puis il enchaîne les mouvements pour le faire tomber : Stöckli, Kurz, Schlungg, Bodenlätz ou Wyberhaken.

Le travail au corps commence une fois au sol (l’intérêt en est décuplé) : Là où les vantards finissent. Parce que les lutteurs de sol ont à la fois un peu plus d’épaisseur et un peu plus de lenteur, dès le départ que leurs camarades.

La procédure du narrateur

Le narrateur a ouvert ce que l’on pourrait nommer une procédure bien à lui :

Elle consistait, après que l’adversaire en fut réduit au rôle de sac de pommes de terre posé sur ma propre épaule, et qu’importe dès lors s’il se débattait, elle consistait non pas à le jeter en direction du sol, et comme nous le ferions précisément avec un sac de pommes de terre, mais à inventer ma propre chute. 

A l’issue d’une passe, que fait-on ? On enlève la culotte de jute, on s’en délivre, l’éclair est singulier, la culotte d’elle-même, tombe au sol plutôt qu’on ne l’y lance; et l’on s’approche très machinalement de la table des juges pour y voir sur une fiche la note reçue – un « 10 », un « 9 », un « 8.85 » ?

Dans ces souvenirs, le narrateur évoque les rois de la lutte qu’il a côtoyés : Ernst Schläpfer, Heinrich Knüsel (vainqueur de la Fédérale en 1986, soit 600 ans après la bataille de Sempach…), Adrian Käser ou Nordi Forrer.

Le narrateur évoque bien d’autres lutteurs, tels que les romands Emmanuel Crausaz (qui lui a offert son fameux petit livre vert) ou Gabriel Yerly. Car la lutte suisse n’est pas une exclusivité de la Suisse allemande…

Les anecdotes qu’il rapporte, au fil du récit, tissent la toile de ce monde de costauds (le lecteur apprend ce qui leur passe par la tête avant, pendant et après être entrés dans le rond), où des couronnes finissent par sourire aux plus audacieux :

En Fédérale, en Cantonale, la couronne remise aux lutteurs est un assemblage en deux demi-cercles de feuilles de chêne, munies d’un ruban à deux couleurs qui s’en va pendre en volutes dans le cou de celui qui le reçoit.

 

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