L’Inutile Odyssée de Solar Impulse

Publié Par Stephane Montabert, le dans Environnement

Par Stéphane Montabert.

Après un premier décollage en mars 2015, l’avion solaire Solar Impulse de Bertrand Piccard vient de boucler son tour du monde.

Enfin.

Les médias s’extasient comme de bien entendu, mais pas les Suisses. Le trait est forcé. Est-ce l’adage voulant que nul ne soit prophète en son pays? Ou est-ce parce que les Helvètes, à l’inverse des contrées ponctuellement visitées par Solar Impulse 2, ont eu droit de bout en bout à la couverture médiatique de l’interminable épopée ?

Bertrand Piccard fascine autant qu’il repousse. La mise en avant imprègne son être, ses envolées lyriques sonnent faux, son enthousiasme semble aussi inébranlable qu’artificiel mais suscite le rêve chez ses sponsors. Comme le dit un humoriste, Solar Impulse était un gros porteur: il fallait bien l’envergure d’un 747 pour transporter autour du globe à la fois le pilote et son ego. La dernière étape fut retardée d’une semaine pour cause de maux d’estomac de Bertrand Piccard ; pas question de laisser son siège à André Borschberg pour le dernier vol symbolique. Il faut bien l’admettre, Solar Impulse n’était plus à une semaine près.

La caravane Solar Impulse demanda un budget de 170 millions de francs pour transporter péniblement un pilote à une vitesse moyenne de 50 km/h, trimballant autour du monde, dans des avions au kérosène, la plus grande partie d’une équipe de 150 personnes… Solar Impulse a incontestablement réussi un tour de force, faire croire qu’il s’agissait d’écologie.

D’abord rester éveillé 

La plus grande partie du défi de pilotage consistant à rester éveillé, ne restait que l’aspect énergétique ; mais là encore, Solar Impulse démontra surtout les limites de son modèle. Comme le releva un autre scientifique, un physicien, par ailleurs entrepreneur et pilote lui-même :

[Ce] projet ne représente pas la voie du futur, ni en matière de vol ni en matière d’approvisionnement en énergie. Il démontre au contraire les limites du photovoltaïque. (…) Solar Impulse 2 est la preuve que le photovoltaïque ne permet pas de fournir suffisamment d’énergie, ni pour l’aviation ni pour la technologie de pointe. Pour cela, il faut des sources d’énergie disponibles en grande quantité, à la fois fiables et peu coûteuses. L’énergie solaire dépend de l’heure de la journée, de la saison et de la météo.

Je suis pour les technologies propres et observe tout d’un œil critique. (…) Bertrand Piccard n’a pas pu apporter la preuve à son message « Le futur est propre ». Il a surtout réussi à faire sa propre publicité.

Le verdict est sévère, mais pertinent. Bertrand Piccard a beau s’extasier à l’antenne de futurs projets de drones solaires lancés par l’industrie, s’en attribuant quasiment la paternité, ils n’ont aucun rapport avec sa tournée mondiale. On sait depuis longtemps que l’humain est le point faible d’un vol longue durée. L’existence de futurs drones solaires automatisés doit bien plus aux progrès technologiques des drones qu’à Solar Impulse.

Tous les records n’ont pas vocation à servir à quelque chose, mais tous n’ont pas non plus cette prétention. Faire péniblement le tour du monde en cent fois plus de temps que ce que propose déjà l’aviation commerciale au grand public pour un prix bien moindre, sans parler du confort et de la fiabilité ? En l’occurrence, et malgré l’insistance du messager, le message véhiculé par Solar Impulse est parfaitement déprimant. Comme le résume un internaute :

Les pionniers utilisent les meilleures technologies disponibles pour faire mieux que ce qui existe : plus haut, plus vite, plus fort, plus commode, plus satisfaisant, moins cher, etc. Ceux qui veulent montrer qu’on peut faire presque aussi bien que ce qui existe, bien que moins haut, moins vite, moins fort, moins commode, moins satisfaisant et plus cher, mais en respectant des préceptes idéologiques, ne sont pas des pionniers, mais des saltimbanques prosélytes.

Il y a indéniablement du prêcheur chez Bertrand Piccard. Il met l’écologie au service du spectacle, lève des fonds comme un candidat aux primaires, étale un enthousiasme en téflon. Mais il est en décalage croissant avec le réel.

Le vrai problème de Solar Impulse est d’être resté en vol bien trop longtemps.

Le monde a eu le temps de tourner. Comme dans ces histoires de science-fiction où la capsule d’un héros se dégèle dans une autre époque, Solar Impulse a décollé dans l’insouciance et atterri dans la crise. L’année 2003 des débuts du projet paraît si loin ! La population européenne s’est bien malgré elle réveillée des chimères du réchauffement climatique pour se retrouver confrontée à des problèmes autrement plus concrets, dangereux et urgents – crise économique, crise de la dette publique, crise des migrants, État islamique, terrorisme. Foin de toutes les prévisions millénaristes sur le peak oil, le pétrole n’a jamais été aussi abondant.

Bertrand Piccard et André Borschberg pouvaient bien essayer de prévoir la météo sur plusieurs jours, ils n’avaient aucune chance d’intégrer ces paramètres dans leurs équations. Reste à Solar Impulse la satisfaction d’avoir établi une performance d’un nouveau genre, que nul ne disputera de sitôt. En bouclant un tour du monde en moins de deux ans, ils améliorent de plus d’un an le précédent record établi par Magellan il y a quatre siècles, lui qui, déjà à son époque, fit le tour du monde grâce à une autre énergie renouvelable, le vent.

Sur le web

  1. Article pertinent. C’est ce qui s’appelle « avoir les pieds sur terre »!
    On finit par se demander pourquoi si peu de nos journalistes patentés font preuve de ce bon sens…

    1. Surtout pourquoi tant de médias ont montré autant d’enthousiasme pour cette affaire. Incompétence ? Corruption ?

      1. Stupidité.

  2. Quelle importance, l’activité humaine est pleine de choses totalement inutiles. Si on acceptait que l’utilitaire, il ne resterait plus grand chose et d’abord plus de loisirs

    1. Sauf que les médias ne relaient pas normalement nos petites anecdotes… Là c’est surtout le but idéologique qui est dénoncé, surtout que tout est faux.

  3. Excellent billet, enfin de quoi faire prendre conscience aux idéologues écolos l’étendur de leur obscurantisme. Bravo

  4. Savourons, les écolos viennent de marquer un but contre leur camp.

  5. Françoise Le Borne

    Article de type rare « pur bonheur » ! Il oublie de dire qu’un quidam, avec un peu d’hélium dans un ballon, a fait sans complications le tour du monde en … 11 jours. Sans montagnes de métaux lourds et autres polluants.

    1. Il existe des tas de records de tour du monde sans pétrole, à pied, à vélo, à la voile, etc.
      Et puis, si on interroge des quidams dans la rue sur Piccard : la plupart répondrons « produits surgelés »

  6. De toute façon (et comme le souligne partiellement l’article) cette « exploit » à consommer des centaines voir des milliers de tonnes de pétrole (fabrication, développement, assistance…) donc prétendre à une soi-disante écologie de l’affaire est proprement ridicule. je suis certain qu’un simple avion normal faisant le tour du monde aurait consommé au bout du compte moins de pétrole.

  7. Allons bon, l’inverse eut été étonnant. Quel est le lien entre libéralisme et être anti Solar impulse? On devine bien la dérive idéologique qui se dessine sur ces article, sans cesse à charge sur tous ce qui peut, de près ou de loin, évoquer l’écologie.
    D’ailleurs, « le pétrole n’a jamais été aussi abondant », est une phrase assez floue. La production de pétrole en MJ ne croît quasiment plus depuis 2005. La production annuelle dépasse désormais largement les découvertes annuelles. On vit sur nos réserves, certes importantes, mais le pétrole n’est pas si abondant. La production européenne a passé son pic, donc on va vers une descente structurelle pour la consommation de pétrole.. ou alors les importations vont vraiment commencer à coûter très cher.

    1. Bonjour Djamal

      C’est vous qui êtes monomaniaque et voyez de l’écologie partout.

      Vous savez, IRL, il y a autre chose de l’écologie politique.

      Cordialement

      1. Combien de fois le terme écologie ou environnement apparait dans cet article?
        C’est absurde ce que vous dites.

        1. Au passage, on a rien contre l’idée de faire voler des avions à l’électricité, mais le solaire ne peut faire voler un avion. Ce n’est physiquement pas possible. En revanche ce qui est possible, c’est de continuer la recherche sur les batteries pour en améliorer l’efficacité, le poids et la longévité.
          Auquel cas on comprend rapidement que plutot que de foutre 170M dans cet avion bidon, cet argent eut été bien mieux utilisé dans la recherche sur les batteries.

    2. « La production annuelle dépasse désormais largement les découvertes annuelles. »

      Bullshit, les réserves 1P augmentent d’année en année
      http://www.connaissancedesenergies.org/sites/default/files/album_images/reserves-provees-de-petrole-monde_zoom.png

      1. lehamstersortidesaroue

        Votre nouvelle est temporairement rassurante.
        Même si les réserves prouvées augmentent, le stock sous terre (connu+ inconnu), lui ne peut que diminuer à chaque seconde au fur et a mesure qu’on le consomme.

        1. Oui mais on n’est pas sorti de l’âge de pierre à cause du manque de pierre.
          On n’a pas abandonné les bougies par manque de stéarine, ni le voyage en calèche par manque de chevaux,

    3. 1 litre de pétrole coûte moins cher qu’1 litre d’Evian

    4. Le kérosène se synthétise très facilement. L’US Navy le fait pour ses avions. Il suffit d’avoir de l’énergie.

    5. Bon, vos affirmations sur le pétrole sont largement fausses, mais peu importe, à la limite ça n’est pas important.
      Quant à dire que le libéralisme est idéologiquement contre l’écologie, c’est totalement idiot, désolé du terme, mais oui, ça l’est. Le libéralisme est contre l’idéologie écologique, qui tient en fait plus du marxisme que d’une quelconque préoccupation pour l’environnement, et ne donne que dans le spectacle. Ce que vous appelez écologie n’est qu’un ramassis de conneries destiné à faire du fric. L’exemple des ours polaires est interessant: pourquoi prétendre mordicus qu’ils disparaissent alors que les populations ont beaucoup augmenté ces 30 dernières années, et c’est les recensements qui le prouve? Parce que derrière l’image du pauvre nounours qui meurt il y a un message: envoyez vos dons. Ou vos impôts le cas échéants. Acceptez les chantiers publics atrocement onéreux, et qui ne servent à rien si ce n’est envoyer du fric dans les caisses des fabricants et des élus qui signent les chèques.

      Il suffit de voir les problèmes posés et leur résolution. La barrière de corail est abîmée? Payez des taxes, donnez à l’Eglise et vos pêchés seront pardonnés. Est ce que des billets de banque feront renaître la barrière de corail? Non. Est ce que ce pognon servira à acheter des voitures de luxes et des Rolex pour les heureux bénéficiaires? Oui. Pendant ce temps, les bateaux de pêche continueront de ratisser les fonds marins au large de l’Australie et de détruire la barrière de corail.
      Combien de fois on entend qu’à cause du terrible réchauffement, tant d’espèces vont disparaître? Souvent. Et la solution est toujours de payer quelque chose à quelqu’un qui, on vous le jure, fera quelques trucs! Pendant ce temps le braconnage continue, puisqu’au lieu, à minima, d’utiliser cet argent pour aider les populations à vivre d’autre chose, on préfère cramer des milliards d’euros chaque année pour le pseudo réchauffement climatique. Les vrais problèmes écologiques, eux, demeurent.
      Autre exemple? Les chinois dépensent des milliards pour des énergies soit disant vertes qui ne servent à rien, et pendant ce temps ils ont défriché la moitié du Cambodge, détruisant l’écosystème et changeant même le climat des zones concernées. Mais bon, ils achètent des éoliennes, et une virginité avec…

      Nous ne sommes pas contre la nature, juste contre les escrocs qui, sous de faux pretextes, trouvent toujours la solution la plus simple à tous les problèmes: se servir dans nos portefeuilles! Sans parler des leçons de morales à deux ronds de pauvres types, du genre Hulot, qui nous explique que nous sommes des pêcheurs parce qu’on va travailler en voiture, alors que lui doit passer la moitié de sa vie dans des avions et des hélicoptères!

  8. Une belle expérience technique, ayons l’élégance de le reconnaître ! Et qui peut avoir des retombées intéressantes.
    De l’écologie, certainement pas, ni même une avancée vers l’écologie..
    La performance, car c’en est une, est gâchée par cette communication, ce bourrage de cranes insupportables des écolos et des média.

    1. « Une belle expérience technique »

      Oui, à peu près comme d’électrocuter des animaux, comme dans la « guerre des courants » entre Edison et Westinghouse afin de bien prouver que l’avenir est au courants continu …

      Il y a ceux qui ont assez de connaissance technique et d’honnêteté pour savoir et dire ce qui est possible, et ceux qui cherchent à prouver le contraire par des expériences farfelues (et couteuses).

    2. Un projet technologique se justifie par les perspectives qu’il peut ouvrir, ou même fermer. Quand on appelle les retombées pour le justifier — sans rire en aviation ! –, ça n’est pas un projet sérieux mais un gaspillage de cerveaux et de crédits.

    3. « Une belle expérience technique, ayons l’élégance de le reconnaître ! »

      2 ans… franchement c’est nul.
      Juste une traversée du Pacifique ou de l’Atlantique aurait eu plus d’impact car même avec des problèmes météo ça se serait fait en quelques jours par rapport à l’annonce. Trop de support technique aussi.

  9. Bon après le type peut faire le tour du monde en patinette si ça lui chante , mais avec ses sous .

    1. Quand je doit acheter du déboucheur à la soude pour mon évier, je me dis que c’est pas donné. Quand je vois « Solvay » sur le nez de l’avion, je comprends pourquoi …

    2. Ah, là vous confondez un Yann Arthus Bertrand avec un Depardon, qui prend une caravane pour faire un film avec des interviews.

  10. Que coûte comparativement un Tour de France et combien ça gaspille-t-il de CO2 ?
    La dessus, les milieux Z-écolos ne crachent pas : promotion du deux-roues dont ils se délectent.
    Idem avec Solar Impulse et d’autres trucs à sensation.
    Les rotatives tournent et nos médias crachottent.

    Des 170 mioCHF engagés dans cette expérience-promotion idéologique en forme de PUB,
    il serait utile de définir qui étaient les sponsors et le % de leur écot. Le sait-on ?

    1. Les noms sur la carlingue ; plus il est gros, plus il a mis au pôt.

  11. Malheureusement, je crains fort que sans pétrole rien ne fonctionne. Biomasse, méthanisation….., tous ces systèmes ont besoins de moyens lourds gros consommateurs d’énergie fossile.

    1. Oh, serait-il possible qu’ils consomment plus d’énergie que ce qu’ils en fournissent ?
      Quel serait alors leur intérêt ?

      1. Les subventions tombent… Cela compensent largement.

Les commentaires sont fermés.