Financier, national ou social : la nouvelle cuisine du libéralisme

Publié Par Jacques Garello, le dans Philosophie

Par Jacques Garello.

Les goûts ne se discutent pas. Chacun a le droit d’accommoder le libéralisme à sa façon. Les chefs de la nouvelle cuisine libérale se surpassent, nous assistons actuellement à un véritable festival gastronomique. Dans un sens je m’en réjouis : le libéralisme est à la mode. Est-ce une raison pour en faire n’importe quoi ? Pour moi et mes amis, libéraux « classiques » qui continuons stupidement à apprêter le libéralisme de façon traditionnelle, cette découverte de nouvelles saveurs, de nouvelles présentations, de nouvelles garnitures, a de quoi étonner. De quoi s’émerveiller ? Personnellement, j’ai regardé, j’ai senti, j’ai goûté, et je peux vous donner maintenant mon jugement : pas de quoi emballer le client.

Typologie du libéralisme contemporain

Nous avons le libéralisme sauce financière, dite encore sauce Macron. La préparation exige des vol-au vent, dits encore « bouchées à la reine » : un instrument léger comme de la dentelle, ça fait riche, d’ailleurs ça enrichira sûrement. Mais à l’intérieur c’est creux, comme une pochette surprise. Pourtant le magazine Challenges nous a persuadés qu’il s’agit d’un plat proposé par « la nouvelle vague libérale ». Pour ma part, je ne me laisse pas impressionner par des chapelets de chiffres artistiquement montés, ni par des déclarations sur la nécessaire innovation intellectuelle. J’ai cru reconnaître la bonne vieille recette sociale-démocrate : libre entreprise et économie de marché d’un part, mais d’autre part une solide redistribution, qui garantit la pérennité du bon système social à la française, allant jusqu’à l’idée géniale d’un revenu universel.

Nous avons le libéralisme à la mode de chez nous. Vous voulez pocher le libéralisme en le plongeant dans un bouillon de nationalisme à haute température, mais il ne remonte pas à la surface, il a éclaté au fond de la casserole, car le bouillon est en général trop riche en vapeurs de corporatisme, de chauvinisme, de souverainisme. J’ai cru reconnaître le bon vieux protectionniste que dénonçait Bastiat.

Le parmentier de libéralisme est très apprécié en ce moment. Vous hachez quelques menues réformes libérales, style suppression de l’ISF ou réforme du statut des collectivités locales, vous mélangez avec une purée étatiste classique : écrasé de Sécurité sociale, semoule de monopole de l’Éducation Nationale. Vous servez chaud : le client ne sait pas ce qu’il mange. Je n’ai rien reconnu.

Le libéralisme en papillote a été inventé par ceux qui pensent que le libéralisme ne peut se présenter comme tel, il faut donc le fourrer dans un légume lui-même enveloppé de papier alu. Mais le légume et le papier ont totalement étouffé la senteur libérale. Qui peut reconnaître la « France qui ose » dans un Parti de Libéraux Déguisés ? De mon côté j’ai reconnu l’obsession électorale qui conduit à vendre le libéralisme pour mendier quelques sièges.

Les principes élémentaires du libéralisme

libéralisme rené le honzecVous oublierez les propos précédents qui se voulaient amusants mais qui finalement ne le sont pas. Car manquer une fois de plus l’avènement du libéralisme en France par duperie, par calcul, par ignorance serait dramatique. Il faut donner au libéralisme toutes ses chances, et pour ce faire ne pas s’écarter des principes libéraux les plus élémentaires. Le risque sera, une fois de plus, qu’en cas d’échec inéluctable de la politique à partir de 2017, on le porte une fois de plus au débit de « l’ultra-libéralisme », dont on n’a jamais vu la couleur en France depuis 1945 assurément, et depuis des siècles vraisemblablement !

Pas plus qu’il n’est de droite ou de gauche, pas plus qu’il n’est conservateur ou progressiste, pas plus qu’il n’est mondialiste ou patriotique, le libéralisme n’est ni social, ni patronal, ni syndical, ni national, ni ce que vous voulez, parce qu’il est la doctrine de la liberté, de la responsabilité et de la dignité. Il suffit d’introduire ces trois valeurs dans la vie personnelle et publique pour être dans la direction du libéralisme.

Sans doute y a-t-il eu, et existe-t-il encore, des débats de fond parmi les libéraux ; Hayek les a évoqués en conclusion de La Constitution de la Liberté. Était-il conservateur ? Il s’en défendait. Était-il libertarien comme on dit parfois aux États-Unis ? Il soulignait l’ambiguïté du terme, qui peut désigner aussi bien des personnes refusant tout ordre social et prônant la souveraineté de l’individu, que des personnes respectueuses de règles sociales nées de l’ordre spontané. Parmi les libéraux, certains se réfèrent au droit naturel (je suis de ceux-là) et d’autres pas. Certains sont croyants (je suis de ceux-là) et d’autres pas. Mais quel libéral authentique peut-il réduire le libéralisme à une recette économique alors qu’il est une philosophie, une éthique fondée sur le respect de la vie, de la liberté et de la propriété ?

Moi j’aime le libéralisme nature, sans sauce électorale ou partisane. Le bio-libéralisme sans engrais étatistes ou socialistes. Vous allez voir dans les prochaines semaines que je ne suis pas seul. Car heureusement demeurent encore quelques chefs étoilés et quelques écoles de cuisine, capables de vous régaler de bon libéralisme, un luxe qui n’a jamais encore été offert à la plupart des Français qui pourtant voudraient bien rompre avec les plats qu’on leur passe depuis des décennies.

Sur le web

  1. simple & clair, comme la cuisine du libéralisme : quand le produit est de qualité, il n’a pas besoin d’accommodement.

  2. Excellente définition:
    « Le libéralisme est une philosophie fondée sur le respect de la vie, de la liberté et de la propriété. »

  3. Ce qu’il y a de plus déconcertant dans le libéralisme, ce sont les libéraux ou plutôt ceux qui croient l’être.

    Les termes responsabilité et liberté sont interprétés de façon trop…égocentrées !

  4. Cette mode promet pendant un an un gros défilé de cons qui osent tout. A commencer par l’incultissime Boutin.

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