Dépense publique : pour en finir avec la pseudo croissance

Publié Par Pierre Tarissi, le dans Économie générale

On voit arriver – enfin ! – dans le discours des politiciens (surtout d’opposition) la volonté de « diminuer vraiment les dépenses publiques », les chiffres lancés s’étageant souvent entre 100 et 200 milliards d’euros annuels. Tout cela est bel et bon, mais encore faudrait-il s’entendre clairement sur les tenants et aboutissants… Est-on bien sûr de savoir de quoi on parle ?

Par Pierre Tarissi.

Tout d’abord, un premier point « mécanique » : diminuer les dépenses de 100 milliards permet tout juste d’équilibrer les budgets (donc de ne plus augmenter la dette, même si la « croissance » ne revient pas…).

Seules des coupes plus importantes permettent de commencer à « rembourser la dette » – ce qui ne sert concrètement à rien si les taux d’intérêt sont nuls -, et surtout de baisser réellement les prélèvements obligatoires et de réorienter intelligemment les dépenses publiques – vers la Recherche et les autres fonctions régaliennes (armée, police, justice, diplomatie…) qui en ont bien besoin !

Passons maintenant aux conséquences prévisibles… et comparables à l’évolution du PIB grec…

Vive le PIB en carton !

D’abord, la « baisse des dépenses publiques » se traduit aujourd’hui automatiquement par une récession !

En effet, toute dépense de l’État ou des collectivités locales, même parfaitement inutile, est comptabilisée immédiatement dans le PIB ! Pire encore, elle génère du « vrai PIB », mais « en carton »…
Exemple : imaginons que l’on découvre au fond d’un ministère un fonctionnaire qui fait des cocottes en papier à partir de feuilles vierges A4, et un autre dans le bureau d’à côté qui les déplie et les met à la poubelle … Il est clair que cela ne sert absolument à rien.

Mais la rémunération des deux fonctionnaires fait partie du PIB (dépense publique pure), de même que leurs titres de transport pour venir bosser, les achats de feuilles A4 pour faire les cocottes, l’achat de leurs bureaux et des poubelles qui recevront les cocottes dépliées, l’électricité consommée pour éclairer leurs bureaux, enfin toute l’activité économique générée par l’activité inutile de nos deux héros (PIB marchand issu de la dépense publique).
Il est clair que le montant de ce PIB en carton ne se trouve nulle part, n’est jamais évalué, et que personne n’en parle jamais… pour la tranquillité des politiques ! Accessoirement, tout cela génère des impôts, tout aussi « en carton », mais dont on se félicite en tant que « recettes fiscales » !

et en avant pour la baisse des prestations…

Mais on remarque aussi que lorsque le gouvernement actuel parle d’« économies », il ne parle JAMAIS d’une telle baisse, mais bien plutôt de baisses de prestations (souvent couplées à une hausse des cotisations) pour « équilibrer » les dépenses… Il est vrai que les « prestations » constituent l’essentiel, depuis quelques décennies, de la dépense dite « publique ». Et leur baisse ne constitue pas directement une baisse du PIB. Elles se transformeront seulement ensuite en baisse de consommation des ménages, d’où baisse du PIB.

Les prestations (retraites, remboursements maladie, allocations familiales, voire même « niches fiscales ») sont en fait de l’argent qui a été pris aux citoyens dans le cadre de prélèvements obligatoires, ou d’augmentation de la dette publique, décidés par la puissance publique, et que la même puissance, dans sa grande sagesse, décide de leur RENDRE, ou de leur DONNER ; que ces mots sont beaux, grands et généreux, n’est-il pas ?

On oublie au passage de préciser que ladite « puissance publique » pour accomplir cette œuvre généreuse de « redistribution », de « justice » et d’« équité » prélève à chaque étape des frais de gestion que personne n’évalue, sur lesquels ne s’exerce aucune pression concurrentielle, mais qui servent à nourrir généreusement les structures inutiles évoquées au paragraphe précédent, avec le pseudo-PIB et les « recettes fiscales » imaginaires y afférents…

On notera aussi qu’une très grande partie de ces prestations est en fait servie par des organismes privés dits « paritaires » (gérés par le patronat et les syndicats), c’est-à-dire les caisses de retraite, la Sécurité sociale, les allocations familiales, en tout des centaines d’organismes qui vivent (fastueusement ?) de leurs dotations de gestion, prélevées sur les cotisations obligatoires. S’il y a un déséquilibre, eh bien ma foi, on va augmenter les cotisations, baisser les prestations, ou demander l’intervention de l’État (donc augmenter les impôts et la dette). Personne ne va s’occuper de diminuer les frais de gestion, et surtout, que personne n’en parle : de minimis non curat praetor !

En matière de « prestations », leur répartition et leur financement sont un débat politique sain (que donne-t-on aux « pauvres » et aux « vieux » et comment fait-on contribuer les « riches » et les « jeunes »), mais leurs frais de gestion sont taillables et corvéables : comment les réduit-on en permanence tout en augmentant la qualité de service ? En particulier, le statut de « fonctionnaire » ou de « salarié d’un organisme social » n’a aucun effet concret sur la qualité de ces services. Mais cela n’intéresse personne : on risquerait de fâcher, entre autres… les syndicats de fonctionnaires ou les « partenaires sociaux » (autres syndicats…) employeurs de toute la troupe.

Vivent les méthodes foireuses !

Ne parlons que pour mémoire de la désastreuse technique du « rabot » (par exemple, ne pas remplacer un fonctionnaire sur deux partant à la retraite…) alors que dans la Fonction Publique, on trouve en fait le meilleur et le pire.

D’un côté des fonctionnaires compétents et dévoués qui bossent, voire risquent leur peau, pour des rémunérations souvent trop faibles, et avec des effectifs et moyens insuffisants ; surtout dans les « fonctions régaliennes » et les gens en contact avec le public, personnel soignant ou profs devant une classe.

De l’autre, des services « de gestion » où règne la plus totale gabegie, au nom d’une étrange conception du « service public »… Il est clair que le « fonctionnaire opérationnel » – plutôt mieux formé que la moyenne nationale – n’a dans la plupart des cas pas conscience de ladite gabegie, mais son patron énarque le sait, lui, parfaitement. Et c’est cela qui est grave.

Ou encore, on « rabote » uniformément telle ou telle prestation en expliquant joyeusement qu’on a « diminué les dépenses »… Cela serait à la rigueur crédible si accompagné d’une réduction concomitante des cotisations, mais en général, les cotisations augmentent en parallèle !

Tout cela est d’autant plus insupportable qu’évidemment on ne touche pas le moins du monde, ou si peu, aux « régimes spéciaux » hérités d’un XIXe siècle certes romantique mais qui n’est plus de saison (le conducteur de locomotive de la Bête Humaine ou les mineurs de Germinal).

Voie du progrès versus voie de la ruine…

Ce qui est certain, c’est que si l’on veut augmenter le montant des « prestations », noble objectif en soi, il n’y a guère que deux solutions.

Soit on augmente fortement la valeur ajoutée produite (innovation, qualité, montée en gamme, baisse des coûts de production) ce qui commence à la maternelle pour améliorer massivement la formation de la population. Dans ce cas, on peut augmenter continûment les prestations à taux de prélèvement constant, voire décroissant (c’est la « croissance »…).

Le graphique sur la population d’enseignants par rapport à la population totale fourni en lien montre bien que depuis le gouvernement Jospin, l’État sacrifie délibérément la formation

Soit on fait ce que fait la France depuis 35 ans : on augmente globalement les prestations et les prélèvements avec l’augmentation des chômeurs et des jeunes retraités à l’insu de leur plein gré.

On « invente » une croissance en carton, avec création artificielle d’emplois à valeur ajoutée faible ou nulle dans la fonction publique, que l’on finance à tout va. Puis on bouche les trous avec la dette. Il est certain que ça flatte l’électeur, mais ça ruine ses descendants ! Dans ces conditions, le pourcentage de dépenses publiques augmente sans cesse et n’a aucune raison de cesser jusqu’à une ruine finale « à la grecque ».

Donc, on a au moins trois conclusions à appliquer :

  • La « croissance » du PIB tel que défini aujourd’hui n’est pas une fin en soi ! Il est urgent de l’affiner et d’en parler clairement, ce débat n’est ni de droite ni de gauche, il est purement technique, en précisant, en mesurant, et en publiant le PIB « en carton », marchand ou pas… et donc que la « baisse des dépenses publiques » diminue forcement le PIB utilisé aujourd’hui.
  • On distinguera soigneusement quatre grands sous-ensembles dans les propos sur la dépense publique. D’abord, le « régalien » de ce qui ne l’est pas, et d’autre part, la notion de « prestation » de la notion de « frais de gestion ». Et on s’attache à sabrer uniquement les frais de gestion et les pseudo-investissements non régaliens (par exemple, les « ronds-points électoraux »…)
  • Ensuite, on pose vraiment la question des prestations sociales : qui paie quoi et qui bénéficie de quoi. En distinguant là encore clairement ce qui relève de l’« assurance » (i.e prestation associée à une cotisation) de ce qui relève de la « redistribution » (terme technique plus neutre et explicite que le terme pseudo-moral de « solidarité »…) en clair ce que l’on va « donner aux pauvres », avec des financements différents, par exemple cotisation proportionnelle à la rémunération pour une prestation identique, ou encore CSG, qui est un véritable impôt, ou impôt progressif ou non, ou enfin « tarifs sociaux » de tel ou tel « service public ».

Sur le web

  1. Analyse très pertinente ! Lequel de nos politiciens à les épaules pour faire cela ?

    1. Avant de « faire », il faudrait faire partager ce constat de bon sens par un maximum de gens. Ce n’est pas gagné, et toute la communication actuelle autour de la loi El Khomri, (y compris l’écho donné à des peurs instrumentalisées par les syndicats), vise à savonner la planche pour la droite et surtout, à discréditer tout programme libéral.

  2. entendu sur BFM, un gairs des manif anti loi travail à Rennes…

    c’est des dédgadation, mais que du matériel..
    pas grave (un ptit bourgeoi j’imagien pour qui se faire griller sa caisse ou défoncez sa vitrine c’est pas grave)…

    CA FAIT DE LA CROISSANCE…

    dans le genre « une bonne guerre » …

    c’est ca l’éducation francaise ?
    et on se demande pourquoi on est dans la M

    1. Qu’il brule sa propre maison, sa propre voiture, ce c**. il verra si ça fait de la croissance …

      1. Le point essentiel sur lequel l’auteur ne s’attarde pas, volontairement d’ailleurs, c’est qui crée et contrôle réellement la monnaie. Ce pouvoir est à la base de tout nos maux depuis des siècles mais pourtant le mensonge perdure, grâce à des sites comme celui-ci qui vantent l’égo de ses lecteurs en leur offrant certains trucs méconnus du grand public, en gardant soin de les écarter de ce sujet central, car ils est évident que les personnes les lisant ont les connaissances requises pour comprendre la grande arnaque.

        1. Bonjour « Abba », bonjour à toutes et à tous,

          Je ne vois franchement pas le rapport – sauf si vous me le précisez concrètement – entre les phénomènes que j’évoque, très concrets, et les mécanismes de création de monnaie, qui sont un autre débat …

          Alors, oui, soyons clairs, je suis totalement opposé aux mécanismes dits de « QE » qui tentent de faire croire qu’on crée des richesses en émettant de la monnaie.

          Ne pas confondre l’émission de monnaie, du reste apanage des banques centrales, avec le « multiplicateur bancaire », mécanisme normal de création de monnaie par le crédit …Le multiplicateur bancaire est un outil qui repose sur des éléments et dossiers concrets (règles de % de fonds propres et dossiers de prêts …) alors que la création de monnaie relève d’une analyse macro-économique de la banque centrale (très discutable …) ou pire de la simple volonté d’un dirigeant politique … Il ne peut en sortir rien de bon …

          Normalement, la création de monnaie de la banque centrale en simplifiant, devrait juste être proportionnelle à la progression du PIB – et encore, du VRAI PIB, au sens où je l’entends …

          Amitiés,

          Pierre T.

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