L’inflation, un risque à ne pas minimiser

Publié Par Régis Yancovici, le dans Économie générale

Par Régis Yancovici.

5 billion dollars By: jsnsndrCC BY 2.0

 

L’incapacité des banques centrales et des politiques fiscales à ranimer la croissance et à conjurer le risque de déflation masque dans l’esprit des investisseurs un retour progressif de… l’inflation. Je ne parle pas de celle des marchés financiers, ni des matières premières. Mais de l’inflation tirée par la hausse des salaires. Les études de la Fed d’Atlanta indiquent une inflation de 3,0% en février. Les salaires augmentent alors que le marché du travail se tend. L’association américaine NFIB estime que les entreprises américaines ont de plus en plus de mal à trouver des travailleurs qualifiés, signe que la progression des salaires devrait se poursuivre. Le JOLT Index (Job Openings and Labor Turnover Survey) indique que le nombre de salariés quittant leur poste progresse. La remontée du taux de chômage américain de 4,9% à 5,0% ne doit pas être mal interprétée. Elle s’explique par le fait que les Américains sont plus nombreux à se remettre à chercher du travail. Ce sont des signes d’une grande confiance dans le marché du travail.

Des salaires soutenus dans un contexte de croissance molle n’augurent rien de bon pour les marges des entreprises. Une nouvelle fois, les résultats du 1er trimestre 2016 aux États-Unis s’annoncent délicats. 94 sociétés ont déjà fait des pré-annonces négatives. Un record depuis le 4ème trimestre 2013. Le secteur pétrolier n’est pas le coupable. La technologie, la consommation cyclique et la santé sont les secteurs les plus représentés. Si les résultats baissent au 1er trimestre 2016, cela fera 4 trimestres d’affilée. Une statistique inconnue depuis le 3ème trimestre 2009.

Cette remontée des salaires n’est pas qu’un effet cyclique. C’est aussi une volonté politique qui risque d’être une tendance durable au niveau mondial :

  • Les gouverneurs des États de New York et de Californie ont ratifié début avril deux lois portant le salaire minimum horaire respectivement de 9$ et 10$ à 15$. Cette tendance devrait se poursuivre, en particulier si Mme Clinton emporte la présidentielle.
  • Le salaire moyen chinois accélère. La volonté du gouvernement de ré-équilibrer la croissance au profit de la consommation impose une poursuite de cette tendance.
  • L’accélération des gains de productivité grâce à la robotisation dans les secteurs industriels et des services, pour être acceptée, devra aller de pair avec une hausse des salaires, une hausse du salaire minimum, voire la création d’un revenu de base universel donné à chacun. C’est une idée qui pourrait faire son chemin dans les années à venir.
  • La hausse des salaires peut être une réponse facile à la montée du populisme en Europe.
  • Les États qui empruntent à taux négatifs pourraient financer d’importantes baisses d’impôts et redonner du pouvoir d’achat aux consommateurs.

Le comportement des marchés du 1er trimestre nous offrirait-il un signal précurseur que les perspectives d’inflation s’améliorent ? S’agit-il d’une réaction de marché à une baisse excessive des années passées ? Peut-être. Notre analyse indiquant de possibles tensions sur les prix couplées au comportement des marchés du 1er trimestre, tandis que les investisseurs sont encore focalisés sur le risque déflationniste rend le contexte propice au questionnement.

  1. Je pense qu’il devrait être obligatoire pour tous ceux qui engagent les autres au travers de leurs décisions et analyses de faire un tour dans le monde réel de temps en temps. Se faire une idée du réel à base de concentré d’indices dans l’économie actuelle est le plus sûr moyen d’ignorer la réalité. Cdlt.

  2. Rarement lu un truc aussi idiot :
    « L’accélération des gains de productivité grâce à la robotisation dans les secteurs industriels et des services, pour être acceptée, devra aller de pair avec une hausse des salaires, une hausse du salaire minimum, voire la création d’un revenu de base universel donné à chacun. »

    Le but de la robotisation n’est pas d’augmenter les coûts de production. Vous avez déjà vu des gens investir pour qu’en final le produit coûte plus cher ?
    Ah il fallait que vous casiez votre idée du revenu universel !

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