Academies : le Royaume-Uni privatise les écoles publiques

Publié Par Jean-Baptiste Noé, le dans École & éducation

Par Jean-Baptiste Noé.

Élève salle de classe primaire

Élève dans une salle de classe (Crédits : CG94 photos, licence CC-BY-NC-ND 2.0), via Flickr.

L’information n’a pas filtré en France, aucun grand journal n’en a parlé. Et pour cause, c’est une véritable bombe pour un pays drogué à l’école publique et incapable de penser la liberté scolaire. L’Angleterre est pourtant en train de le faire.

Une transformation en academies pour toutes les écoles

Lors de la présentation du nouveau budget, le 17 mars dernier, le ministre anglais des Finances, George Osborne, a annoncé la privatisation de toutes les écoles publiques d’ici 2020. C’est l’achèvement d’un processus de décentralisation et de responsabilisation commencé en 2010. Lorsque David Cameron devient Premier ministre en mai 2010, l’école anglaise est dans une situation lamentable. Fidèle à son projet de Big society, le nouveau gouvernement décide de réformer l’école en injectant plus de liberté, et non pas plus d’étatisme. Dès la rentrée de septembre 2010, le gouvernement donne la possibilité de créer des free schools. Il s’agit d’écoles fondées par des parents, des entreprises ou des associations et financées par l’État par un système qui s’apparente au chèque éducation. Ces écoles libres peuvent recruter leur personnel, bâtir leurs programmes et organiser librement l’année scolaire. Le succès est immédiat puisque des centaines d’écoles libres se créent.

Dans le même temps, le gouvernement cherche à insuffler de la liberté dans les écoles d’État. Pour cela, il développe le statut d’Académie (Academies). Ce sont des écoles publiques, financées par de l’argent public, mais qui disposent d’une gestion privée, avec les mêmes prérogatives que les écoles libres (liberté de recrutement et de pédagogie). Ce système n’est valable qu’en Angleterre, l’Écosse et le Pays de Galles ayant une gestion scolaire différente.

L’Angleterre compte déjà 2 075 Academies dans le secondaire, sur 3 381 écoles, et 2 440 sur 16 766 dans le primaire. Le but du gouvernement est donc que l’ensemble des écoles publiques d’Angleterre acquiert ce statut dans quatre ans. Voilà comment en six ans, par la primauté donnée à la liberté, le gouvernement de David Cameron a totalement réformé l’école, permettant à la fois de faire d’importantes économies et d’améliorer le niveau scolaire.

Et en France ?

Rappelons qu’en France, outre les désastreux résultats scolaires, les dépenses totales d’éducation s’élèvent à 146 milliards d’euros annuels, soit en moyenne 7 760€ par élève. De quoi tordre définitivement le cou au mythe de l’école gratuite. Plusieurs rapports, dont ceux de la Cour des Comptes et de l’iFRAP, ont démontré que l’école privée coûtait en moyenne 40% moins cher que l’école d’État, pour des résultats bien supérieurs. Il serait donc temps d’abandonner l’idéologie et de suivre le pragmatisme anglais en accordant la liberté aux établissements, aux parents et aux professeurs. Le gouvernement actuel n’en prend pas le chemin. On le voit venir avec ses gros sabots qui, au nom de la lutte contre le salafisme à l’école, est en train de préparer un arsenal juridique pour limiter la création d’écoles libres. Aujourd’hui, il existe plus de 700 écoles indépendantes en France (c’est-à-dire hors contrat), scolarisant un total de 60 000 élèves, et plus d’une cinquantaine d’écoles se créent chaque année. Ces écoles parviennent à recruter, alors que l’Éducation nationale est confrontée à une pénurie de candidats aux concours et à des démissions de plus en plus nombreuses, si bien que le ministère ne peut plus assurer la présence d’un professeur dans toutes les classes.

Pourquoi cette peur de la liberté ?

Si les écoles libres sont moins coûteuses et sont plus efficaces que les écoles d’État, pourquoi ce refus d’accorder la liberté scolaire, pourquoi cette réticence à libéraliser l’éducation ? Les opposants à la liberté invoquent la justice sociale et l’égalité, les grands mythes que l’on brandit quand il s’agit de justifier la mainmise de l’État. Pourtant, à chaque fois que l’on a libéré un secteur de l’économie, cela s’est traduit par un service moins coûteux et de meilleure qualité. Imagine-t-on revenir au monopole de France Telecom ? Imagine-t-on supprimer les radios libres et revenir au temps de l’ORTF ? Voudrait-on de nouveau nationaliser le gaz et l’électricité, refonder la Régie Renault et établir le monopole d’Air France ? Depuis plus de trente ans, nous avons pu goûter aux bienfaits de la liberté économique. L’un des derniers secteurs à privatiser est celui de l’éducation.

Si l’État veut maintenir son monopole sur l’école c’est uniquement pour des questions idéologiques : il s’agit de contrôler le formatage des enfants et d’imposer la pensée de l’État. Mais l’idéologie se fracasse toujours sur le réel. Ici, il s’agit de l’illettrisme endémique, du gaspillage financier, de la dérive intellectuelle de l’école.

Alors, à l’exemple des Anglais qui ont considérablement amélioré leur système scolaire, privatisons le nôtre, en accordant l’autonomie aux chefs d’établissements et la liberté aux professeurs et aux parents.

À lire sur le même sujet : la révolution des Free Schools et des Academies au Royaume-Uni

Sources :

  1. cette proposition de privatisation des écoles publiques en Angleterre pour 2020 est effectivement un casus belli ( Casus Belli , c’est qui Casus Belli ?) pour les défenseurs de notre marvellous Education Nationale à la française ( que le monde entier nous envie )…

  2. en france , notre gouvernement veut mettre tout le monde sur le même pied…..mais en faisant du nivellement par le bas ….et ça c’est trés grave pour l’avenir de notre jeunesse ;

  3. N’oublions pas que l’ « éducation » nationale est un formidable fromage que les bénéficiaires (qui ne sont pas les élèves malheureusement) ne sont pas prêts à abandonner !

  4. La simple idée d’une privatisation de l’aéroport NDDL fait déjà rire de rage Autain.
    Alors l’éducation, je n’ose imaginer…

    1. Ne nous arretons pas a Autain, Estrosi, Juppé,… donc UMP (contre la privatisation de l’aeroport de Blagnac ou de nice), la meme chose au PS, et le FN… bref une bonne bande d’étatistes, et oui il n’y a pas qu’Autain, les autres sont les memes…

  5. si cela donne les mêmes résultats que pour la santé, wait and see.

    1. Vous parlez de la santé 100% nationalisé en en Angleterre?

    2. 1) le monsieur dit qu’il ne voit pas le rapport… la santé n’est pas l’éducation et réciproquement.
      2) Quels sont les résultats dont vous parlez ? Ceux ou un individu qui n’a pas les moyens d’avoir de mutuelles payent une partie de tous ces médicaments et tous ces soins… en payant en plus l’omnipotente sécurité sociale ? le système qui fait que quelqu’un qui a 38 de fievre se rend aux urgences, le systeme qui fait que l’on ne trouve plus de medecin dans les campagnes,…. ? ce systeme il est Francais, il est 100% étatique et il ne fonctionne pas du tout.

      Pour l’éducation, le système donne déjà des preuves de réussite, donc de quoi parlez-vous, quand vous parlez de résultat ? l’article vous en parle…

  6. Tous les régimes d’essence dictatoriale gonflé de la prétention de vouloir créer l’homme nouveau, pétris de constructivisme, convaincu d’apporté la lumière au individus stupides et ignorants font de l’éducation leur pré carré exclusif. La formation des enfant devient alors l’outil de propagande par excellence, la voix royale pour déformer les esprits et modeler la jeunesse pour qu’elle fasse de l’état sa religion. Succès éclatant en France! Ce pays à de toute manière toujours été séduit par les thèses absolutistes, la mainmise de l’état sur l’éducation n’était donc qu’une formalité…

  7. Des Ecoles Comme Montessori, John Dewey, pourquoi pas? pourvu qu’on innove ..c’est la solution.

  8. Coquille : écrire « …que l’ensemble des écoles publiques d’Angleterre acquière ce statut… ».
    Merci pour ce très bon article.

  9. privatiser notre enseignement secondaire en donnant l’autonomie aux chefs d’établissements et en leur laissant la possibilité de recruter leurs personnels, pourquoi pas ! Mais si l’on veut que ça marche, il ne faut surtout pas la laisser aux chefs d’établissement actuels, corporation hyper-syndiquée, qui se comportent bien souvent comme de petit roitelet dans leur établissement, et sont les principaux responsables de la gabegie et de l’absence d’autorité. L’autonomie oui mais avec de vrais managers !

  10. Ce n’est pas parce des bien-pensants pétris d’idéologie font n’importe quoi avec l’École qu’il faut pour autant en vouloir la dérégulation. L’École, ce n’est pas Renault, ce n’est pas EDF, ni même la poste. L’École de la République a permis à énormément de citoyens de s’élever et de réussir. Il vaudrait mieux sortir des carcans PISA et OCDE, et aussi retirer tout pouvoir aux pédagogiques dangereux et à ceux (et celles…) qui les écoutent! Avant que la France de demain ne soit plus constituée que de dociles petits coréens, consommateurs sans recul ni réflexion mais très bien adaptés au marché du travail…réformes des lycées, rythmes scolaires, #collège2016, tout va dans ce sens. Laissons faire et bientôt il sera trop tard…

    1. L’EN est sans doute le secteur étatique le plus ossifié de France, et qui souffre de l’absence totale de vision, de management et d’ouverture a l’innovation, sans parler des conditions de travail exécrables pour les profs (système points, organisation emploi du temps, proviseur sans autorité ni formation, salaires de mer.e).
      Contrairement a l’auteur, je ne m’aventurerais pas a clamer que les Free Schools sont une réussite. Mais indéniablement, cette réforme a permis de reconquérir de la liberté et a contribué a une meilleure offre. Indéniablement, elle a permis un débat d’idées, de méthodes, une saine concurrence, des expériences, des échecs, vite abandonnés, des réussites, rapidement copiées et assimilées.
      Ce n’est pas une réforme, une loi, un gadget, qui sortira la France de son état de mort cérébrale clinique. C’est une question de culture et de mentalité. D’ici qu’elle change, plusieurs générations vont encore souffrir et arriver dans la vie adulte en tant que jeunes vieux cons.

    2. L’EN, ultra étatisée, est une usine à formater les esprits (une véritable machine à propagande, sans exagération aucune) aux résultats lamentables, catastrophiques, et coûtant énormément d’argent aux citoyens.
      C’est ça que vous voulez garder? Uniquement parce que cela a permi à certains de s’élever (de la même manière qu’une horloge en panne indiqué la bonne heure deux fois par jour). Comme si les systèmes alternatifs, plus libres, ne permettaient pas de s’élever? C’est ça que vous insinuez? Alors que justement, moins un pays est libre, comme la France, plus l’ascenseur social est en panne?

      Et si on laissait le choix aux parents de l’école de leurs enfants, le choix au professeurs des méthodes, le choix aux chefs d’établissement de leur personnel, notamment de leur prof, et de leurs salaires? Et si on laissait chacun expérimenter des voies différentes afin qu’émergent les meilleures solutions, plutôt que d’imposer le choix d’un ministre et de quelques conseillers à toutes et tous?
      Cela vous fait donc si peur que ça la liberté?

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