Le libre marché et ses ennemis

Publié Par Henri Dumas, le dans Philosophie

Par Henri Dumas.

 

Si en lisant ce billet vous avez l’impression que j’énonce des lieux communs, que j’enfonce des portes ouvertes, tant mieux, c’est que tout est encore possible.

Le marché

Les similitudes entre la démocratie et le capitalisme sont tellement évidentes que l’on finit par ne plus les voir ou au moins par les oublier, tout particulièrement leur point commun : le marché.

Le marché est un espace où les hommes échangent des biens ou des services selon une valeur définie ponctuellement entre eux au moment de l’échange, et librement consentie.

Pour le capitalisme, cela suppose le droit de posséder accompagné de celui d’échanger librement. Pour la démocratie, cela suppose le droit de voter accompagné de celui d’en disposer librement.

Ces deux formules débouchent sur deux « marchés libres ».

Marché économique libre pour le premier où le consommateur est le maître, marché politique libre pour le second où l’électeur est le maître.

Dans les deux cas, cette liberté de marché, et elle seule, suffira à garantir l’harmonie de fonctionnement issue du théorème souvent appelé « la main invisible », que je préfère définir par « l’équilibre naturel des marchés ».

Mais ces deux espaces, capitalisme et démocratie, mécaniquement parfaitement semblables, vivent des cycles où paradoxalement leur rapprochement est rare du fait qu’ils concernent des environnements totalement différents.

L’un détermine l’économie, l’autre détermine la politique. Ce sont les deux piliers de la société. Chacun d’eux se croit plus important que l’autre, alors qu’ils sont globalement égaux dans leur nécessité, seulement différents dans leur urgence. Cette différence de tempo les masque l’un à l’autre.

Conséquemment, le plus souvent les démocrates rêvent de soumettre le capital pendant que les capitalistes rêvent de soumettre la démocratie.

C’est ainsi que, par exemple, existent une Chine capitaliste infirme de sa démocratie et une Europe démocratique pour partie infirme de son capitalisme.

Cela s’explique par le fait que le marché, qui suppose le libre consentement entre opérateur et bénéficiaire, est systématiquement attaqué par un virus mortel pour lui : le pouvoir et son arme, la force.

L’usage de la force, incompatible avec le consentement, peut atteindre le marché en provenance de l’intérieur ou de l’extérieur. De l’intérieur ce sera le monopole pour l’un, la dictature pour l’autre, de l’extérieur ce sera la lutte de l’un contre l’autre.

Le pouvoir, ce poison, n’aurait objectivement aucune raison d’exister si le consentement était la règle absolue et respectée. Mais, pour de multiples raisons, toutes liées à l’imperfection humaine, ce n’est pas le cas.

Donc le pouvoir existe, ainsi que la force qui l’accompagne. Dont acte.

Les seuls contre-pouvoirs possibles sont les libres marchés économiques et politiques, nous devons les réclamer, les exiger, lutter pour les préserver.

De nombreux obstacles se dressent face à la liberté indispensable à nos deux marchés. Ce billet n’a pas la prétention à lui seul de tous les répertorier, seulement d’établir leur fonctionnement.

Les obstacles à la liberté du marché économique et du marché politique

Pour le marché économique on trouve par exemple, entre autres, la publicité, ou pire le protectionnisme. Pour le marché politique ce sera la propagande, ou pire là aussi la délation, le bouc émissaire.

Chaque fois, le principe est d’instiller un discours qui discrédite le marché en prenant appui sur l’insatisfaction chronique des acteurs du marché qui, in fine, soupçonnent toujours le juste prix de ne pas l’être. Le marché suppose le consentement, mais il n’implique pas la satisfaction. C’est son problème.

Paradoxalement, la satisfaction peut parfaitement surgir au détour d’une action de pouvoir incompatible avec le marché, ou avec la raison.

Le marché est toujours raisonnable, efficient, rarement satisfaisant. C’est son point faible. Alors que le pouvoir et la force, ennemis du marché, ne sont jamais raisonnables, mais presque toujours satisfaisants, au moins dans l’instant.

Nous sommes ici au cœur du dilemme des hommes et de leurs sociétés.

Nous pouvons conclure en affirmant que le libéralisme, qui prône le marché libre, est la seule solution économique et politique performante, constructive. Il est la raison, mais il n’est pas la satisfaction ni la jouissance, que l’on trouve plus facilement dans le pouvoir et ses excès.

Voilà pourquoi le libéralisme ne déplace pas les foules.

Sur le web

  1. Wouaw ! Quelle synthèse ! L’un de mes articles préférés, si ce n’est le préféré.

  2. Ces deux marchés ne peuvent fonctionner correctement que si les contre-pouvoirs sont efficaces et cela crée un paradoxe. Il faut un état fort pour que cela fonctionne.
    En l’absence de contre-pouvoirs, c’est la loi du plus fort qui s’applique et nous voyons bien comment la finance pilote les marchés et comment les partis politiques ont confisqué la démocratie. La main invisible du marché est une fable pour les naïfs.
    Un bon contre-pouvoir n’est pas un pouvoir et ne peut être activé que si les règles ne sont pas respectées. Mais dans ce cas, il doit sanctionner le pouvoir sans que celui-ci puisse y échapper.

  3. « Le marché est toujours raisonnable, efficient, rarement satisfaisant.  »

    A court terme non même si dans la durée et dans le cadre d’une politique monétaire normale, il finit par revenir à un certain équilibre.

  4. Synthèse très intéressante , elle devrai être utilisé dans l’enseignement supérieur , science po , ena , école de commerce etc…

  5. Article très intéressant

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