La création monétaire n’a pas permis de relancer la croissance

Publié Par Marc Lassort, le dans Monnaie et finance

Par Marc Lassort
Un article de l’IREF-Europe

money flying-Tax Credit (CC BY 2.0)

money flying-Tax Credit (CC BY 2.0)

La croissance économique mondiale n’atteindra que 3 % en 2016, une estimation récemment revue à la baisse par L’OCDE, par rapport aux chiffres publiés au mois de novembre dernier. En cause : le recul de l’activité économique des économies émergentes (Chine, Russie, Brésil) et l’échec des politiques monétaires de quantitative easing. Pour relancer la croissance, l’organisme international recommande la mise en œuvre de politiques de désendettement public.

Publiées ce jeudi 18 février, ces nouvelles estimations de croissance sont à nouveau en baisse (- 0,3 point) par rapport aux prévisions de novembre. La revue à la baisse tiendrait notamment compte du recul de l’activité économique dans les économies émergentes comme la Chine, le Brésil et la Russie, et de la faible reprise déjà constatée dans les économies plus développées. L’OCDE remarque aussi que les relations habituellement constatées entre chômage et inflation des salaires, taux d’intérêt faibles et investissements, baisse du cours du pétrole et croissance ou encore compétitivité monétaire et rééquilibrage de la balance des paiements, ne se vérifient plus. L’OCDE observe notamment l’inefficacité des politiques de quantitative easing (création de monnaie par les banques centrales) et recommande un désendettement public, mais en même temps elle semble conserver l’espoir que les plans de relance par la demande, notamment le plan Junker, puissent être utiles. Vain espoir !

Les échecs de la politique budgétaire

Depuis la crise de 1929, l’influence du keynésianisme sur la politique budgétaire s’est installée durablement dans le paysage politique international. On considérait auparavant que le budget gouvernemental avait pour fonction principale de financer les fonctions régaliennes de l’État. Depuis Keynes, la politique budgétaire est envisagée sous l’angle de la macroéconomie et doit tendre à la stabilisation et à la stimulation des objectifs de politique économique comme l’inflation, le chômage ou la croissance. C’est dans ce cadre que Keynes a développé sa conception des politiques de relance par la dépense publique destinées à lutter contre les équilibres sous-optimaux de l’économie.

Mais si le principal objectif d’une expansion budgétaire est d’augmenter la demande et la production à court terme, les effets à moyen et long terme des expansions budgétaires sont largement sous-évalués et mal compris. On peut notamment considérer qu’une politique budgétaire contra-cyclique d’inspiration keynésienne peut favoriser, précipiter ou amplifier les cycles économiques et altérer la stabilité économique d’un pays, comme l’avait montré Milton Friedman1. L’augmentation de la dépense publique et l’émission de titres obligataires d’État peuvent également entraîner l’éviction de la demande et de l’investissement privés au bénéfice du financement de la dépense publique, le détournement d’une allocation optimale de l’épargne et la hausse des taux d’intérêt2. Enfin, une politique de relance implique des déficits budgétaires importants sur le court terme, qui peuvent s’accumuler d’année en année jusqu’à atteindre une dette publique insoutenable.

Pour relancer l’économie, il faut baisser les impôts, pas augmenter la dépense !

La plupart des recherches économiques arrivent à la conclusion que le multiplicateur fiscal est supérieur au multiplicateur budgétaire. Une étude de Christina Romer et David Romer arrive notamment au constat qu’une hausse des impôts de l’ordre de 1 % du PIB aux États-Unis entraîne un recul de 3 % du PIB3. Tandis que la dépense budgétaire peine souvent à entraîner la même hausse du PIB, voire le fait reculer, comme le montre une étude de Robert Barro et de Charles Redlick qui observe une contraction de 1,1 % du PIB lorsque l’État finance une hausse de dépenses à hauteur de 1 % du PIB par de l’impôt supplémentaire4. Alesina et Ardagna5 ont par ailleurs étudié 107 exemples de consolidation budgétaire et 91 exemples de relance budgétaire dans 21 pays de l’OCDE entre 1970 et 2007 : ils ont constaté 1) que la relance budgétaire était plus efficace lorsqu’elle était concentrée sur les baisses d’impôts que sur l’augmentation de la dépense publique et 2) que les récessions se produisent plus souvent quand les politiques d’austérité se concentrent sur l’augmentation des impôts plutôt que sur les réductions de dépenses publiques. Cela vient confirmer l’idée que la dépense publique a un impact relativement faible sur l’activité économique, et que les politiques budgétaires expansionnistes en faveur de la demande sont généralement illusoires.

La relance par la dépense publique, ça ne marche pas !

Comme on peut l’observer sur les graphiques ci-dessous, les courbes de croissance de la dépense publique et du PIB (corrigées de l’inflation) des pays étudiés sont relativement peu corrélées. En France, le vaste plan de relance de 2009-2010 sous la présidence de Nicolas Sarkozy aura coûté 34 Mds € tandis que l’impact sur la croissance aura été de 0,5 pt selon la Cour des comptes : le plan aura donc davantage coûté aux finances publiques qu’il n’a permis d’augmenter la production, ce qui signifie en termes économiques que le multiplicateur de dépense publique était inférieur à 1.

FranceFrance

L’intérêt d’un surcroît de dépense publique par l’aggravation du déficit public, comme l’a fait la France depuis le début de la Grande Récession, est donc tout à fait mitigé. La modeste croissance des années 2010-2011 dans la plupart des pays industrialisés est en grande partie attribuable à un effet de rattrapage de la récession de l’année 2009, et non à l’efficacité des politiques de relance. Mais une conséquence certaine de la relance budgétaire déficitaire a été l’aggravation de l’état des finances publiques, conduisant à la plus grave crise de la dette publique qu’ait connu la zone euro. On peut donc raisonnablement douter de l’intérêt d’un plan de relance par la dépense publique, dont l’intérêt serait davantage électoraliste que conçu pour encourager la reprise économique.

AllemagneAllemagne
États-UnisEtats-Unis
Royaume-UniRoyaume-Uni

Sur le web

  1. Milton Friedman, 1953, « The Effects of a Full-Employment Policy on Economic Stability : A Formal Analysis », dans Essays in Positive Economics, Chicago, University of Chicago, pp. 117-32.
  2. Robert Barro, 1974, « Are Government Bonds Net Wealth ? », Journal of Political Economy, Vol. 82(6), pp. 1095-1117.
  3. Christina D. Romer, et David H. Romer, 2010, « The Macroeconomic Effects of Tax Changes : Estimates Based on a New Measure of Fiscal Shocks ». American Economic Review, vol. 100(3), 763-801, Juin.
  4. Robert J. Barro, et Charles J. Redlick, 2009, « Macroeconomic Effects from Government Purchases and Taxes », NBER Working Paper No. 15369.
  5. Alberto Alesina, et Silvia Ardagna, 2010, « Large Changes in Fiscal Policy : Taxes versus Spending », Tax Policy and the Economy, Nber Working Paper No. 15438.
  1. « La création monétaire n’a pas permis de relancer la croissance »
    mais
    elle fait le lit de la prochaine crise économique qu’aucun « expert » digne de ce nom ne verra arriver …. comme en 2008

    1. ET comment!! enfin une reaction frappée au coin du bon sens Empiler les dettes les unes sur les autres n’a jamais fait et ne fera jamais de croissance dès lors ou les dépenses sont de fonctionnement et non d’investissement comme c’est le cas actuellement. Le QE donnes des liquidités aux banques a 0% qui le replace a +X% et un peu a nous mais si peu

    2. Hé oui, c’est un poison mortel, il y aura de nombreuses victimes de cette aberration, ce sera Terrible…

  2. Je suis d’accord (et je pense la plupart sur ce site de toute manière) sur le fait que l’augmentation de la dépense publique ne sert strictement à rien (à part engraisser les nuisibles inefficaces).
    Cependant dire que pour relancer l’économie il faut baisser les impôts, je trouve cela un peu simpliste.

    En effet actuellement nous sommes justement à un tel niveau de dette qu’il est impossible de baisser les impôts sans un dérapage complet des finances publiques, car ne croyez pas qu’en contrepartie la fonction publique va dégraisser pour faire plaisir.

    La question actuelle est plutôt de savoir, où vont les impôts ?

    Lorsque l’on aura résolu ce problème, à savoir des réformes courageuses et de grande ampleur, pour la bonne utilisation de la dépense publique (je n’y crois guère), là seulement on pourra tenter de baisser les impôts.

    1. Baisser les impôts sans réduire drastiquement le périmètre de l’Etat ne sert effectivement à rien.

  3. Cet article enfonce des portes ouvertes, il y a longtemps qu’on sait que ce ne sont pas les hausses d’impôts et de dépenses publiques (surtout celles qui ne font qu’augmenter les dépenses courantes sans investissements) qui relancent l’économie. La question intéressante serait plutôt : pourquoi les politiciens continuent-ils sur cette voie sans issue ?

    Je proposerais 3 embryons de réponse : 1. Parce qu’ils héritent d’une situation déjà mauvaise et n’ont jamais le courage de s’y attaquer (pourvu que ça tienne jusqu’à mon départ, après moi..)

    et 2. Les dépenses publiques leur permettent d’acheter des voix par les subventions, de maintenir un semblant de paix sociale et de masquer leur incompétence

    et 3. Les électeurs votent avec leurs tripes pour ceux qui promettent monts et merveilles comme justice sociale, faire payer les riches, le changement c’est maintenant. Tout candidat qui dira la vérité sans faire de promesses intenables ne sera jamais élu.

    Ma conclusion : le problème est fondamentalement politique (de gauche comme de droite) , pas économique

    1. Je dirais même plus un problème électoral, le responsable de la situation est bien l’électeur qui vote pour des motifs que la raison ignore le plus souvent. Et ce n’est pas un problème de choix, on a toujours 15 ou 20 candidats disponibles.

      1. Au risque de vous décevoir, hormis les vrais malades du ciboulot, les électeurs sont rationnels même quand ils se découvrent cocus à chaque fois.

        1. Quelqu’un qui se retrouve constamment cocu n’est ni rationel ni intelligent

  4. Mettre une économie sous perfusion avec de la fausse monnaie en maintenant voire en augmentant, pis en créant de nombreuses hémorragies relève d’une insigne crétinerie.

  5. bonjour à tous. « the big short » est un film tiré de récit d’investisseurs sur la crise de 2007 _ 2008. et faites votre opinion.

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