L’entrepreneuriat comme méthode de changement social

Publié Par Philippe Silberzahn, le dans Entrepreneuriat

 

L’effectuation, la logique des entrepreneurs experts, n’est pas uniquement applicable à l’entrepreneuriat. En posant que le futur est créé par nous, et non pas découvert, et que ce futur est créé par les individus à partir des moyens dont ils disposent, c’est-à-dire qui ils sont, ce qu’ils savent et qui ils connaissent, l’effectuation fournit non pas une méthode, ce serait illusoire et contradictoire, mais des principes d’action pour permettre à l’entrepreneuriat d’être une méthode de changement social au sens le plus large.

Dans un billet précédent, j’évoquais l’histoire de Cheung Yan, cette chinoise qui a fait fortune en recyclant du papier et je montrais comment elle avait appliqué les principes de l’effectuation pour démarrer avec peu de moyens et une idée toute simple. Aujourd’hui, l’entreprise de Cheung représente un chiffre d’affaires de 4 milliards de dollars, emploie 17.000 personnes et est le premier fabricant mondial d’emballages.

Cette histoire, déjà intéressante en elle-même, nous suggère également quelque chose quant aux solutions aux grands problèmes de notre temps. Le problème des déchets papier est bien connu : les Américains en consomment plus de 300 kg par an, 55kg de papier recyclé permettent d’économiser un arbre, et le papier recyclé nécessite 64% d’énergie en moins que la fabrication du papier à partir de matières premières. Les gouvernements essayent depuis longtemps de convaincre les gens de recycler. Mais ces efforts sont coûteux, produisent peu de résultats et concernant le papier, les progrès ont été très lents. En créant une entreprise dont les produits utilisent en moyenne 85% à 90% de papier recyclé, Cheung permet de sauver beaucoup d’arbres, de recycler des déchets et d’économiser beaucoup d’énergie, tout en gagnant de l’argent.

Cheung, comme Mohamed Yunus, créateur de la Grameen Bank, et d’autres entrepreneurs créent des entreprises à partir de problèmes concrets et contribuent ainsi à apporter des solutions efficaces et durables à des problèmes plus généraux, qu’ils soient économiques, écologique ou sociaux. On le voit, l’impact écologique et social n’est ainsi pas contradictoire avec une logique de profit, bien au contraire. Ce que Cheung et Yunus suggèrent même, c’est qu’une logique de profit peut être plus efficace pour résoudre de tels problèmes qu’une logique a priori exclusivement sociale ou non lucrative.

Méthode de changement social, l’effectuation suggère que tout peut être changé par la volonté individuelle combinée avec d’autres volontés. Elle montre que l’action est accessible à tous parce que nécessitant des moyens que tous possèdent. Elle montre également qu’il n’est guère de domaine où ses principes ne puissent être appliqués, que ce changement soit le fruit d’une démarche lucrative ou non : entrepreneuriat, associations, intrapreneuriat, etc.


Sur le web

  1. Entreprendre était bien au 20eme siècle

    Mais aujourd’hui avec le big data, les pesanteurs sociales et tous ces journalistes chians et lourds, c’est devenu à vomir

    Maintenant le truc cool c’est l’exil loin de ce bourbier ou attendre super faillite pour enfin être débarrassé et revenir comme au bon vieux temps

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