2015 : une nouvelle jacquerie fiscale à l’horizon ?

Par Damien Theillier

Libéralisme (Crédits : René Le Honzec/Contrepoints.org, licence Creative Commons)

— C’est donc une révolte ?
— Non, Sire, c’est une révolution

Le gouvernement fanfaronne sur les prétendues baisses d’impôts de l’année ? Hélas, l’Institut Molinari remarque que la libération fiscale a lieu un jour plus tard que l’année dernière. En 2009, nous étions libres au 15 juillet. Pire : quand on compare avec le reste de l’Union européenne, nous ne pouvons guère pavoiser : seuls nos amis belges paient plus longtemps (jusqu’au 6 août).

Et les autres ?

  • L’Allemagne ? Le 10 juillet.
  • L’Estonie ? Le 13 juin.
  • Le Royaume-Uni ? Le 9 mai.
  • L’Irlande ? Le 28 avril.

Êtes-vous moins bien soigné dans ces pays ? À en croire Michèle Delaunay, sur les réseaux sociaux, de nombreux Allemands meurent sous le porche des hôpitaux :

Delaunay facebook

Il semblerait surtout que nous soyons mieux saignés qu’ailleurs. Hélas, ce n’est pas la première fois que les Français subissent un joug fiscal élevé et inéquitable. Une petite leçon d’histoire s’impose.

En 1789, le Roi Louis XVI se retrouve coincé par les dettes du Royaume. Les fastes et les guerres passées continuent à peser sur les caisses royales. Il a besoin d’augmenter les impôts. Ceux-là sont déjà trop élevés. Il ne peut le faire qu’avec l’assentiment du Peuple. Notre Roi convoque alors les États généraux pour augmenter les impôts contre les fameuses doléances. Quand vint le moment de parler impôts, le discours du Roi a été pris comme une tentative d’augmenter les impôts en enterrant les doléances. De là, vous connaissez la suite.

La révolte fiscale aurait-elle pu être évitée ?

Comment éviter une jacquerie fiscale

Plusieurs économistes avaient des solutions concrètes qui auraient pu éviter la Révolution de 1789.

  • Sébastien Le Prestre de Vauban

Aujourd’hui, Vauban est davantage connu pour ses qualités d’architecte militaire et d’urbaniste. Ce que vous ne savez peut-être pas, c’est qu’il était aussi économiste.

En janvier 1707, il fait paraître sous le manteau La dîme royale (réédité par l’Institut Coppet en broché). Il y dépeint une société de castes : 10% de mendiants, 50% qui joignent difficilement les deux bouts, 30% sous pression des dettes, impôts et procès ; et 10% d’une classe supérieure jouissant de tout confort… sur le dos des autres. Situation explosive, s’il en est… pas si éloignée de la France de 2015.

Vauban explique que la cause du malheur vient des taxes, bien trop élevées et arbitraires ; certains sont déjà plus égaux que d’autres. En conséquence, il propose une réforme : la dîme royale comme seul impôt ; un seul impôt proportionnel sur le revenu des personnes. Cette réforme sera balayée d’un revers de la main par la Cour. Vauban tombera dans une telle disgrâce qu’il en mourût de chagrin le 30 mars 1707.

  • Pierre Le Pesant de Boisguilbert

Boisguilbert proposa une réforme similaire dans  Le Factum de la France (réédité par l’Institut Coppet en broché ou sur kindle). Il propose un impôt du dixième qui remplacerait tous les autres impôts par un unique impôt de 10% du revenu. Encore une fois, il ne sera guère écouté.

  • Anne Robert Jacques Turgot

Contrairement à Vauban et Pierre de Boisguilbert, Turgot sera en capacité de mettre en place des réformes. (Vous retrouverez sa mise en pratique du libéralisme au niveau local dans cet essai, version broché).

À son entrée au ministère des Finances, en 1774, il interdit catégoriquement les emprunts d’État. La France n’est déjà que trop endettée. En outre, il empêche l’augmentation des impôts. Les Français étaient déjà saignés à blanc. En effet, ils travaillaient un mois pour la Couronne en 1789 –
jusqu’au 29 juillet pour la République en 2015.

Il mit en place la Liberté de l’échange du grain et du commerce. Il précède d’une certaine manière le principe fondamental de la Liberté du commerce et de l’industrie.

Mais tant de réformes appellent d’autres réformes – qui mèneront à sa perte. En février 1776, il veut supprimer la corvée royale et les corporations. Les professions réglementées de l’époque voulaient conserver leurs avantages à tout prix, et ont fait céder le Roi. Turgot était destitué.

Et quelques années plus tard, arriva ce qui devait arriver : la Révolution française.

La solution pour 2015 n’est pourtant pas très compliquée : Vauban, de Boisguilbert et Turgot nous ont montré la voie. Cela demande néanmoins un courage, dont nos politiques n’ont pas l’ombre d’un début.

À lire aussi :

  1. Comprenez, Delaunay député PS parachutée elle en vit des taxes et impôts……C’est sa gamelle!
    Bien entendu vous ne voyez pas se plaindre que comme député ses indemnités de fonctions ne sont pas « imposables »….Par contre vous la voyez se plaindre que vous vous vous plaignez de trop en payer…

    Comprenez aussi, l’avenir de Delaunay sera aussi dépendant des taxes et impots….Encore sa gamelle.
    Bien entendu vous le la voyez pas se plaindre que comme bénéficiaires de régimes spéciaux elle aura 10 fois plus que l’agriculteur….Qu’importe les réductions des régimes de répartitions, pour elle le contribuable assurera sa gamelle par la taxation….
    Vous la voyez expliquer que la répartition c’est « FOR-MI-DABLE » mais en fait pas pour elle.

    Gamelle gamelle gamelle, la soupe corporative et étatiste est bonne. Quand on y goutte on ne peut plus s’en passer.

    Et ne croyez pas qu’ils n’ont pas intellectualisé que ce sont des privilégiés. Ils le savent parfaitement.

    1. Au passage, on note la confusion entre ce qui relève du régalien (la police) et ce qui relève du non régalien (les hôpitaux). C’est un mensonge récurrent chez les collectivistes pour tenter de dissimuler le pillage fiscal qui les enrichit aux dépens des Français, au prix de millions de chômeurs et de milliards de dettes notamment, sans oublier le terrorisme politique du propos, à savoir la menace de ne plus pouvoir se soigner si les impôts devaient baisser. Volontairement entretenues, la confusion comme la menace sont aussi ridicules qu’indignes.

      1. Cahuzac, T’est venu d’ou ❓ C’est pas Joli ni Chouette… En faire un fromage enrôlé dans une valse à la grecque ❓

        Rien d’autre à en tirer de bon. 🙁 Ni de plus sensé, re 🙁

  2. La Coupe Est Pleine

    « Les Français étaient déjà saignés à blanc. En effet, ils travaillaient un mois pour la Couronne en 1789 –
    jusqu’au 29 juillet pour la République en 2015. »

    Pourriez-vous donner des précisions sur ce « mois travaillé pour la couronne » ?

    1. « On connaît tous l’abominable fiscalité de l’Ancien Régime, et l’image d’Épinal qui lui est associée : celle d’un paysan accablé sous le poids de l’impôt. En vérité, pourtant, le travailleur français moyen sous l’Ancien Régime payait l’équivalent de 18 jours de travail en impôts (gabelle, taille, vingtième, etc.). »

      Ici: http://www.institutcoppet.org/2013/11/14/larbitraire-fiscal-limpot-sous-lancien-regime-et-en-2013

  3. En fait dans tous ca ce qui me dégoute, ce sont toujours les mêmes qui payent et qui souffrent.

    Bienvenu au pays des soviets ….

    1. Ce n’est pas un problème de courage des politiciens. C’est un problème de choix des électeurs.

      Tant que les Français voteront pour des Sarkozy, Hollande ou même Le Pen, la situation ne changera pas.

      Et pas besoin de s’engouffrer dans une nouvelle révolution, il suffit de créer un nouveau parti politique qui lutte contre les privilèges des élus et l’oppression fiscale, de lui donner une majorité et en moins d’une décennie la France pourrait redevenir une terre de liberté et de richesse… 

      Le vrai problème, c’est que pour l’instant, la très grande majorité des Français a bien fait comprendre qu’elle voulait encore plus de socialisme. Et les quelques libéraux perdus dans ce pays n’ont pour seule alternative que de partir…

      1. Tout à fait.
        Comme pour la Grèce.

        C’est trop facile de dire « c’est la faute des politiciens ». Quand il y en a qui parlent de rendre la liberté aux gens, même un peu, ils se prennent des raclées et la foule se presse pour apporter ses voix à ceux qui promettent de piquer « aux autres » pour donner à leurs électeurs. Madelin à fait combien 3.5, 3.6% ?

  4. ne plus pouvoir se soigner….la bonne blague ! c’est déjà le cas pour des millions de gens…qui travaillent pourtant….

    1. Hé oui, la France est le pays de l’OCDE où il y a le plus de gens ayant a renoncer à des soins médicaux (dentaires/chirurgicaux souvent) pour raison financières.

      Mais chuuuut ! Le monde entier envie notre système si parfait.

  5. 1789/2015…Mais bon Dieu, mais c’est bien sûr !!!!
    Il faut raccourcir (oups) RÉDUIRE les (le nombre) parasites. Le père Guillotin n’est plus de notre époque !

  6. Toujours le même raisonnement. Quand on parle de baisse des dépenses publiques, les politiciens nous rétorquent toujours qu’on ne peut pas baisser le nombre de profs, d’infirmières ou de policiers… Ils nous prennent pour des cruches?

    1. @ Huger

      Non, les politiciens le croient vraiment et ont été élus pour empêcher cela.

      Leur électorat leur a même demandé que l’Etat en fasse beaucoup plus, mais ils n’ont pu qu’augmenter péniblement les dépenses de l’Etat, à cause de l’austérité imposée par l’ultralibéralisme des méchants patrons capitalistes… 

      Heureusement, on arrive à occuper le brave peuple avec des sujets de sociétés, petites intrigues amoureuses à l’Elysée, mariage pour tous, théorie du genre, et diverses guerres dans le monde, comme cela, on peut dire aux gens qu’ils ont contribués à écrire l’Histoire et l’apprendre à leurs enfants à l’école… 

      N’est-ce pas magnifique?

    2. Oui, ils nous prennent pour des cruches.
      Mais vu le nombre de gens qui votent pour eux, et le nombre au moins aussi important qui ne vote pas pour des candidats libéraux et qui voudraient réduire cette gabegie, ils ont bien raison.

      A peuple de cruches (de veaux disait De Gaulle, on pourrait rajouter « trop habitués à tirer sur le pis de la vache État sans se rendre compte que pour leur donner 5 l’État doit leur prendre 7 ou 8 et payer un inutile au passage » -mix de moi et de Bastiat) gouvernants soiffards.

  7. Révoltons nous, manifestons notre désaccord face au racket fiscal! Personnellement ma manière de protester tout en restant dans la légalité (car je rappelle que les vautours du fisc ont tout les droits):
    – arrêt de télé déclaration et retour au papier…
    – arrêt prélèvement automatique et télé règlement : retour au chèque
    – « RAS LE BOL FISCAL » au marqueur rouge sur tout envoi au TP: TIP, Déclaration, etc.’..

    C’est peut être futile mais
    1 ça me permet d’évacuer ma colère
    2 si 100 puis 10000 puis…. font la même chose , ça fera peut être bouger les choses !

  8. Il faut enrayer la machine administrative en créant des multiples petites erreurs… Payer la somme due moins 10€ par exemple, saturer les services administratifs de multiples réclamations ou bien de demandes d’information ou que sais-je encore ?
    Une attitude de harcèlement ne peut fonctionner que si de TRÈS nombreux contribuables s’y mettent, bon je rêve,…
    Les français doivent être ravis de vivre dans ce bordel ambiant !

Les commentaires sont fermés.