Big Society vs Big Government (seconde partie)

Publié Par Patrick Coquart, le dans Europe

Par Patrick Coquart.
Un article de l’Institut économique Molinari

David Cameron (PM delivers speech on immigration at JCB Headquarters - Photo Arron Hoare - Credits Number 10 (CC BY-NC-ND 2.0)

David Cameron (PM delivers speech on immigration at JCB Headquarters – Photo Arron Hoare – Credits Number 10 (CC BY-NC-ND 2.0)

Dans un premier article, nous avons tenté de comprendre les fondements de la Big Society de David Cameron. Examinons maintenant comment elle a été mise en application.

Rappelons tout de même, avant d’entrer dans le concret, que le but de la Big Society est « de passer d’un modèle où l’État est lui-même le principal, voire l’unique fournisseur du service public à un système où l’État délègue la tâche de fournir le service à toute une série d’acteurs de statut divers. Le rôle de l’État se limite alors à la tâche de sélection et de régulation des prestataires de service public sélectionnés. » Notons aussi que l’État garantit le juste et libre accès aux marchés publics à tous les acteurs. Il favorise même la « concurrence » au sein du service public. En effet, les fonctionnaires sont encouragés « à restructurer leur service pour se constituer en entités indépendantes, qui continuent à assurer des missions de service public tout en ayant quitté le giron de l’État ou des collectivités locales ».

Examinons maintenant comment les principes de la Big Society ont été appliqués au domaine scolaire.

Le gouvernement Cameron a permis la création de free schools, inspirées du modèle suédois. « Il s’agit d’ouvrir aux groupes de parents d’élèves ou d’enseignants, aux associations caritatives ou religieuses le droit d’ouvrir un établissement scolaire ». Mais, contrairement à la Suède, le secteur lucratif n’est pas autorisé à ouvrir des free schools.

Les free schools bénéficient d’une « très grande autonomie pour définir leur mode de fonctionnement interne ». Cela concerne les programmes, le choix des méthodes pédagogiques, l’organisation des rythmes scolaires, le recrutement du personnel enseignant et le montant des salaires. « En contrepartie, son procédé d’admission doit être aussi ouvert et transparent que celui de n’importe quelle école publique ; elle ne peut imposer de frais de scolarité aux élèves, ni sélectionner ces derniers en fonction de leurs performances scolaires ».

Les free schools sont financées par l’État, « à même hauteur que les établissements publics, sur la base d’un financement forfaitaire par élève. » Le système est « équivalent à celui des chèques éducatifs, sauf que ces derniers ne transitent pas par les familles ».

Signalons que le gouvernement Cameron a également encouragé la généralisation des academies, créées par le précédent gouvernement. Elles ne diffèrent des free schools que dans le fait qu’elles « résultent de la ‘conversion’ d’établissements existants » en établissements « libres ».

Bien entendu les independant schools (ou public schools, c’est-à-dire écoles privées) continuent d’exister. Au nombre de 2 600, elles scolarisent 625 000 élèves, soit 6,5 % des élèves du Royaume-Uni et fournissent la moitié des étudiants de Cambridge et d’Oxford. Mais les frais de scolarité sont, en moyenne, de 12 345 livres par an (soit plus de 17 000 euros).

À la rentrée 2013, on comptait 174 free schools ; en mars 2015, plus de 400. Pendant la campagne électorale, Cameron en a promis 500 de plus. Par ailleurs, toujours à la rentrée 2013, « plus de la moitié des écoles secondaires et un peu plus d’une école primaire sur dix ont été transformées en academies, soit près de 3 500 établissements ». Aujourd’hui, elles sont près de 4 600.

L’étude de l’Institut de l’Entreprise détaille l’exemple de West London Free School. Fondée par Toby Young, elle délivre « une éducation libérale classique, c’est-à-dire une formation académique exigeante et rigoureuse qui privilégie les sciences et les humanités classiques. Sur leur site internet, les dirigeants de l’école expliquent que la transmission du savoir et des œuvres classiques doit l’emporter sur la seule préparation à un futur emploi. L’uniforme y est de rigueur et le latin obligatoire jusqu’à l’âge de 14 ans. L’établissement, qui propose des classes de taille réduite, met aussi l’accent sur la musique et les activités extrascolaires, qui sont obligatoires après les cours quatre jours par semaine. Enfin, la discipline y est stricte et les téléphones portables interdits ».

La West London Free School a ouvert à la rentrée 2011. En rythme de croisière, elle devrait accueillir 840 élèves pour les sept niveaux du secondaire. Il semble que le succès soit au rendez-vous : « l’école est la plus demandée du quartier londonien d’Hammersmith and Fulham, avec dix candidatures par place disponible ». Ce succès a incité le fondateur à créer une école primaire dès la rentrée 2013, et une seconde école primaire dans le quartier d’Earl’s Court en septembre 2014.

L’Ofsted (Office for Standards in Education, Children’s Services and Skills), chargé d’inspecter les free schools, a jugé la West London Free School comme « bon ». L’audit « met notamment en avant les progrès réalisés […] par les élèves issus d’un milieu défavorisé ou dont les parents ne sont pas anglophones, le comportement exemplaire des élèves ainsi que la promotion ‘exceptionnelle’ des valeurs spirituelles, sociales et morales transmises aux élèves ».

D’une manière générale, les inspections conduites par l’Ofsted soulignent les « performances supérieures » des free schools et des academies par rapport à l’ensemble des écoles publiques.

À cet égard, « les dernières études académiques conduites en Suède – qui a introduit une réforme similaire au début des années 1990 – soutiennent l’idée selon laquelle l’introduction d’écoles indépendantes est positive pour l’ensemble des élèves, l’émulation entre établissements générant une amélioration globale de qualité de l’enseignement dispensé et des performances des élèves ».

Par ailleurs, nombre d’observateurs des free schools les comparent aux independant schools dans le fait qu’elles mettent en avant ce que les Britanniques « appellent un ‘ethos’, soit une atmosphère particulière, un système total dans lequel les élèves deviennent membres d’une communauté aux valeurs claires mais ouvertes à la société, quand le système d’enseignement public peinerait à transmettre, voire même à formuler de quelconques valeurs fondamentales, si ce n’est celles de la political correctness ».

Et dans les faits, les free schools participent « à la démocratisation de l’excellence des méthodes éducatives qui caractérise » les independant schools.

N’ayons pas peur des mots, c’est une véritable révolution qui secoue le système éducatif britannique. Pendant ce temps-là, en France, on persiste à vouloir « réformer » l’école d’en-haut. Et c’est pour cela que la nouvelle « réforme » de Najat Vallaud-Belkacem – la énième – sera un nouvel échec. Décidément, il y a plus que l’English Channel qui sépare nos deux pays.

Sur le web

 

  1. Et comme aux USA et en Suède, on a va observer un échec cuisant. En fait, les solutions de Cameron (concurrence, privatisation) seraient intéressantes si elles n’avaient pas déjà été tentées régulièrement depuis plus d’un siècle et n’avaient pas à chaque fois échouées. Cela existait déjà en Angleterre en 1862 pendant 30 ans et cela fût un échec. Cela a existé également en 1969 sous Nixon, cela a duré 3 ans quand l’administration s’est rendu compte de l’échec, puis ensuite sous Reagan, là encore échec. Plus récemment, on peut lire la volte face de Diane Ravitch conseillère de Bush père à l’éducation qui dénonce les chèques éducation, les charters school et les évaluations biaisées auxquelles elles donnent lieu. On peut lire également Sol Stern membre du Manhattan Institute, think tank notoirement libertarien, qui, après avoir défendu pendant longtemps les chèques éducation s’est rendu à la réalité (il cite notamment l’exemple du Milwaukee et le compare au Massachussets). On peut également observer les résultats de la Suède à PISA, PIRLS ou TIMSS la baisse de performance est visible. A lire sur la Suède S. Wiborg, « Swedish Free Schools : Do they work ? », Centre for Learning and Life Chances in Knowledge Economies and Societies- Research Paper, no 18, 2010. http://www.cafepedagogique.net/lexpresso/Pages/2015/05/05052015Article635664068906387108.aspx

    Pus généralement, l’enquête PISA ne montre aucune corrélation positive entre concurrence te performance, ce serait m^mee plutôt le contraire.

    1. Ce qui a fait chuter la Suède c’est surtout l’immigration (les enfants immigrés ont des résultats bcp plus médiocres).
      Le système suédois est loin d’être libérale, il n’y a pas eu de vraie libéralisation. En Suède, les écoles ‘privées’ ne sont pas financées par leurs clients (les parents) mais par l’Etat. Ca fait d’elles des entreprises quasi-publiques. Les prix, versés aux entrepreneurs, sont fixés par l’Etat avec la conséquence qu’une entreprise n’a aucun intéret a faire vraiment mieux que les autres. De meme, la fixation des prix engendre la création de surplus au niveau des mauvaises écoles et la création de pénuries au niveau des bonnes écoles (le controle des prix par l’Etat crée toujours des pénuries et des surplus indésirables). Le système Suédois est tout aussi injuste que le système Francais puisque c’est un service dit universel: meme si vous etes millionaire, vous pouvez en profiter; et meme si vous avez du mal a joindre les deux bouts et que vous n’avez pas d’enfants, vous contribuerez quand meme aux dépenses. la concurrence n’est pas réelle, les prix étant fixés par le public (inefficient en général) et reportés tels quels sur le privé (faux privé, vivant de l’argent publique à un prix déterminé par les municipalités). Cela contribue à la convergence vers de faux équilibres inefficients. Le fait de ne pas pouvoir discriminer entre ses clients (interdiction de refuser les élèves) n’aide pas non plus à la réalisations d’optimums : il est plus efficace d’enseigner à des groupes de niveau homogène ayant des intérêts communs, le système des grandes écoles et des prépas (décriés par les idéologues mais très efficace au niveau de la performance réelle) le montre.

      1. Je ne sais si c’est l’immigration qui a fait chuter la Suède, l’école ne doit-elle pas être capable de s’adapter à tous ? N’est-ce pas pour cela qu’on prône la libéralisation ? A un moment il faut être cohérent.

        La Suède est le pays d’Europe qui a libéralisé le plus (jusqu’à maintenant avec le RU). Les écoles sont financées par chèque éducation donc en fonction du nombre d’élèves qui viennent. les chefs d’établissement peuvent embaucher et licencier leur personnel comme ils veulent.

        Vous pouvez trouver que ce n’est pas assez. Ce type de raisonnement me fait penser aux soviétiques qui constatant l’échec de leur politique expliquaient qu’il fallait aller encore plus loin….

        Au contraire, on observe que des groupes hétérogènes sont plus performants, les « bons » tirant les « mauvais » vers le haut. Bien entendu, sous certaine conditions : effectifs raisonnables, capacité des enseignants à différencier les tâches, à faire travailler les élèves en groupe, par exemple.

        Je ne doute pas qu’on trouve des études montrant un impact positif des free schools (en science, les études contradictoires sont assez courantes) la question est de savoir si elles ne comportent pas de biais méthodologiques (de bonne ou de mauvaise foi) et surtout de faire une recension de ces études, ce que fait l’étude ou la mata-étude dont je parle plus haut.

        Quant aux études sur les free schools au RU, permettez-moi d’eêtre sceptique étant donné que leur création date de seulement 4 ou 5 ans. Difficile de faire une étude sérieuse, là par contre je pense plutôt à la mauvaise foi ou à l’orientation idéologique pour ces études.

        Je pense qu’on pourra faire le bilan dans 5 ans et étant donné ce que j’ai dit, je sais quel pari prendre….

    2. Singapour a un système éducatif plutôt libéral et comme par hasard, c’est un excellent système éducatif.
      En Suède, il y a des études (Böhlmark et Lindahl, 2007, 2008) qui montrent que les free schools ont un impact positif mais faible sur les résultats scolaires dans les villes où se sont implantées les free schools.

      1. « Singapour a un système éducatif plutot liberal »

        … et grosso modo les memes résultats que la Finlande, qui a un système totalement public et controlé par les syndicats.

    3. plusieurs études notamment de l’Institute of Education ou Public Exchange ont montré qu’au Royaume Uni, les free schools ont produits des résultats positifs

      1. Euuuh, le gros problème est le coût exorbitant du programme, et les échecs retentissants (ecole Al Madinah, école Discovery).

        Un gros souci quand on fait des expériences avec le système éducatif est que les élèves qui essuient les plâtres perdent une ou deux années de leur vie

    4. Encore une chose que vous « oubliez » de dire : les scores PISA de suède ont plus baissé dans le public (33 points) que dans le privé (25 points). C’est donc un succès du privé.

      1. la réforme éducative de Suède a concerné toutes les écoles et surtout les écoles publiques qui ont copié les méthodes du privé.

      2. Si le niveau des écoles publiques baisse d’un tiers et celui des écoles privées d’un quart, on peut pas appeler ça un succès du privé… C’est surtout un échec général !

  2. Le problème de ces réformes, c’est que l’Etat paye une somme, ce qui n’incite pas à une gestion optimale du coût des établissements. C’est sûrement mieux qu’un système quasi-monopolistique mais ça n’est pas la panacée, on est toujours loin du libéralisme où les parents paient le vrai coût de chaque enfant.

    1. Bien entendu, mais au pays des aveugles…

    2. « … Ou les parents paient le vrai coût de chaque enfant »..

      OK, citez moi un seul pays développé qui applique ce qui semble être une règle d’or pour vous ?

      Pas de réponse ?

      Normal y’en a pas.

      Maintenant, posez vous la question : pourquoi aucun pays n’applique cette règle qui me semble à moi si évidente ? Posez vous la vraiment, mais alors vraiment. Et avec un peu de chance, vous grandirez.

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