L’or baisse, et alors ?

Publié Par Charles Sannat, le dans Monnaie et finance

Tout le monde me pose ces derniers jours la même question. Cette fameuse question c’est : « est-ce que les cours de l’or vont encore baisser ? »

Par Charles Sannat, depuis Londres, Royaume Uni.

Tout le monde me pose ces derniers jours la même question. Enfin, ils me la posent par mail car, n’ayant pas pris l’option « international » sur mon téléphone portable, je suis injoignable pour le plus grand bonheur de ma femme. Heureusement il y a le wifi et internet. Cette fameuse question c’est : « est-ce que les cours de l’or vont encore baisser, combien de temps et est-ce grave docteur ? »

Je voulais vous parler de plein d’autres choses passionnantes qui se passent ici à Londres mais l’actualité fait qu’effectivement cette baisse sur l’or est une excellente nouvelle, mais alors vraiment excellente ! Et, en réalité, tout ce qui se passe est très rassurant pour l’avenir et vous allez très vite comprendre pourquoi.

Tout a commencé hier par la dernière intervention de Mario Draghi, notre grand argentier devant la commission des Affaires économiques et monétaires du Parlement européen, à Bruxelles (pas d’ironie, c’est le surnom donné aux gouverneurs des banques centrales à travers la planète), qui a provoqué une belle baisse sur le métal jaune, qui se situe en plus sur des seuils graphiques très importants.

La BCE ne devrait pas aider l’économie à repartir à nouveau

Mario Draghi, le Gouverneur de la Banque centrale européenne (BCE), a parlé. Ce qu’il a dit est mauvais. Très mauvais pour l’or. L’essentiel de son message se résume avec l’idée suivante, que la monnaie doit être forte, que les politiques monétaires ne peuvent pas utiliser impunément ni la planche à billets ni les taux bas pendant de grandes périodes, et sans que cela ait de conséquences. Je suis parfaitement d’accord avec lui et c’est pour cela justement que je suis un acheteur invétéré d’or (en plus ça brille et c’est beau).

Alors voici les petits moments choisis de l’intervention de Mario. Chacun des termes est très, très important pour comprendre la suite…

« La BCE est consciente des défis que soulève une longue période d’une politique de taux bas et d’une abondance de liquidités ».

« Les faibles taux d’intérêt risquent d’affecter la capacité des épargnants et des investisseurs à générer des rendements, notamment pour les compagnies d’assurance et les fonds de pension ».

« Des taux d’intérêt bas pendant une longue période, couplés à une abondance de liquidités en circulation, facilitent des prêts de refinancement à coûts très faibles, ce qui peut conduire les banques à être moins prudentes dans la gestion du crédit, et peut encourager la formation de bulles spéculatives, en particulier dans l’immobilier ».

« En assurant la stabilité des prix, la politique monétaire a contribué à des conditions financières plus stables. C’est essentiel pour les épargnants et les investisseurs. La politique de la BCE reste accommodante ».

« Soyons clairs : des changements de politique de taux d’intérêt ne sont pas normalement le meilleur instrument pour répondre à des déséquilibres financiers. Si ces déséquilibres ne menacent pas directement la stabilité des prix au niveau de l’ensemble de la zone euro, c’est aux États d’y faire face ».

Enfin Mario Draghi a indiqué qu’il « était très exagéré de parler de guerre des devises ». « J’invite tout le monde à adopter une stricte discipline verbale (sur les taux de change). Moins on en parle, mieux ce sera », a conclu Mario Draghi sur ce sujet.

La politique monétaire actuelle est bien la chronique d’une catastrophe inflationniste annoncée

Premier enseignement : nous sommes pour une fois tous d’accord. Effectivement des taux bas, l’injection massive de liquidités et la création monétaire ne sont pas des politiques normales ni sans risque. Oui, cela conduit à la création de bulles spéculatives dévastatrices comme la bulle immobilière dont il parle (mais, rassurez-vous, il n’y a pas de bulle immobilière en France, nous c’est différent), ou encore celle des marchés actions qui sont gonflés à l’hélium et à l’hydrogène qui va finir par nous exploser à la figure.

Deuxième enseignement : nos grands « zamis » allemands, qui n’y sont sans doute pas pour rien, me semblent avoir sifflé la fin de partie monétaire. Fini la facilité. Message implicite adressé à la France qui ne veut plus faire des 3%, une limite intangible devra se débrouiller seule. C’est cela le message diplomatique subliminal délivré lorsque Mario dit que « Si ces déséquilibres ne menacent pas directement la stabilité des prix au niveau de l’ensemble de la zone euro, c’est aux États d’y faire face ». On va devoir se débrouiller sans l’aide de la BCE.

Troisième enseignement : l’euro fort n’est pas un problème pour l’Allemagne, qui a parfaitement conscience du fait que ce n’est pas l’euro qui est trop fort mais bien toutes les autres devises qui commencent à ne plus valoir tripette… Et c’est ce qui arrive lorsque l’on imprime trop la même quantité de billets. Tout le monde a déjà joué cette partie de Monopoly où, à la fin, la banque n’a plus d’argent, alors les gamins comme les grands commencent à tenir des ardoises vis-à-vis de la banque… seule façon que la partie continue encore et encore sinon le jeu s’arrête. Retenez donc que l’économie est aussi simple qu’une partie de Monopoly, surtout en ce qui concerne les aspects monétaires. Il n’y a pas de guerre des monnaies mais un effondrement des monnaies, nuance !

Quatrième enseignement : maintenant que la situation recommence à devenir grave (bien qu’elle n’avait en réalité jamais cessé de l’être), il serait temps de se taire… Mario n’ayant pas osé dire de mentir. Donc il n’y a pas de guerre monétaire. Lorsque l’on y pense, il n’a d’ailleurs pas fondamentalement tort. Ce n’est pas une guerre monétaire à laquelle vous assistez, mais à l’effondrement des grandes monnaies partout à travers la planète et Mario Draghi est parfaitement au courant.

Cinquième enseignement : comme on tourne en rond depuis maintenant cinq ans et le début de cette crise (qui je vous le rappelle est finie, n’est-ce pas), on se repose la question de savoir si l’euro va exploser, ou si l’euro va être sauvé notamment grâce à la pression allemande qui souhaite que sa monnaie continue à valoir quelque chose.

Le problème, c’est que, sans monétisation et politique monétaire accommodante, la France va exploser

Là nous commençons donc à attaquer la suite du raisonnement.

Étape numéro 1 : Mario explique que la récréation monétaire et l’open bar, c’est fini. L’or chute puisque la monnaie va retrouver de la valeur. C’est logique. Normal. Imparable.

Étape numéro 2 : alors que la France n’arrive même pas à mettre une politique d’austérité crédible et socialement tenable, lui permettant non pas un retour à l’équilibre mais de ne plus être en déficit de plus de 3% alors que la politique monétaire est accommodante, je vous laisse imaginer sans problème ce qui va se passer lorsque la politique monétaire redeviendra « rigoureuse ». La France explose. L’Italie explose. L’Espagne explose et, en gros, l’Europe entière explose.

Étape numéro 3, tout le monde va vite se rendre compte que :

1) Ce n’est pas tenable, donc on reprend la monétisation tous en cœur et joyeusement et tout se finira, comme l’a sous-entendu Mario, par un bain de sang hyper-inflationniste. L’or explose… à la hausse. Tout va bien.

2) On tient une politique monétaire rigoriste et l’euro explose en vol car ce ne sera supportable (éventuellement) que par l’Allemagne qui sort de l’euro et nous laisse monétiser tous en cœur et joyeusement. Vous reportez au point 1. L’or explose… à la hausse. Tout va bien.

3) On tient cette politique d’austérité. Nous devenons tous Grecs. L’euro résiste. On est tous chômeurs sans le sou mais chaque euro a encore un peu de valeur. Vu l’exemple grec, vous avez intérêt à détenir de l’or pour payer votre médecin… Évidemment cela ne sera pas socialement possible sans une guerre civile, particulièrement dans notre pays qui sur ce point-là est le maillon faible de l’Europe avec la Belgique et les Pays-Bas. La France devra donc quitter l’euro… En nouveau francs, l’or explose… à la hausse. Tout va bien.

Ce qui est drôle dans tout cela, c’est que s’il y a bien une baisse de l’or qui, je trouve, est justifiée par d’excellentes nouvelles, c’est bien celle-là. Merci beaucoup à notre grand mamamouchi monétaire…

Pendant ce temps, ici à Londres, on se rend compte que l’économie est dans une situation assez catastrophique. En gros, les ventes au détail se sont effondrées de 4,7% en rythme annuel au mois de janvier, ce qui n’est pas vraiment une bonne nouvelle. Nouvelle à mettre en parallèle avec les « excellents » résultats du plus grand distributeur américain, Wall Mart, qui sont en forte baisse sans doute à cause de la croissance qui est trop importante.

La Livre Sterling au plus bas depuis sept mois. Appels à un nouvel assouplissement monétaire !

La Livre Sterling est au plus bas depuis 7 mois sur fonds d’appels de plus en plus nombreux à la Banque d’Angleterre pour que cette dernière assouplisse un peu plus encore sa politique monétaire, affaiblisse la Livre Sterling en espérant aider à la relance… des exportations (sans doute chinoises).

Cette politique des quantitative easing ne fonctionne pas au Royaume-Uni, pas plus aux États-Unis, mais cela permet de retarder le moment de l’effondrement qu’il soit par un excès de monnaie ou par un trop plein de rigueur.

Dans tous les cas, l’économie mondiale est dans une impasse. Au bout du chemin il y a l’insolvabilité. Ce jour-là vous serez détenteur d’or ou pas. Les choses seront aussi simples que cela lorsque tout partira en vrille, car il n’y a plus aucune bonne solution et c’est précisément la raison pour laquelle tous nos gouvernants tournent en rond depuis cinq ans.

Ils ne savent plus quoi faire. C’est pour cela que vous devez continuer à vous préparer. N’oubliez pas votre petite pilule dorée !


Sur le web

Laisser un commentaire

  1. Ouiap ! En fait, ces taux anormalement bas sont la mérule de l’économie.

    On s’est stupidement imaginé qu’ils allaient favoriser les investissements, ce qui indique une méconnaissance totale des entreprises.

    Investir est un acte de foi dans l’avenir. Le taux est de peu d’importance, d’autant plus qu’il est fiscalement déductible.

    Mais pour avoir foi dans l’avenir, il faut voir autour de soi des clients.
    Des gens qui tirent un rendement raisonnable de leur épargne (en tout cas supérieur à l’inflation, ce qui n’est pas le cas), et qui ne soient pas matraqués par les prélèvements fiscaux.

    Un client doit être aussi prospère que possible, et nous avons fait avec ces taux bas, une bande de chétifs anorexiques. Pas de quoi se fendre d’investissements …

    Dans cette perspective, l’or est un genre d’antalgique rassurant, mais aussi un poids mort dans l’économie. Point trop n’en faut.

    Bien entendu que la remontée progressive des taux aura un effet direct sur les Etats, et surtout sur la France qui bénéficie de taux non mérités. Pour l’Italie, l’Espagne, etc, ils sont déjà aux environs de 5 % et cela ne changerait rien.

    Oui, que Mollande se débrouille avec ses milliers de nouveaux fonctionnaires, ses hausses d’allocs, et le vieilles manies qui ont mené le pays droit dans le mur.

  2. Depuis des mois, la plupart des chroniquers libéraux, surfant sur des communiqués alarmistes concernant l’Euro, distillés par de perfides escrocs anglo-saxons, incitent les gens à acheter de l’or physique et à prendre contact avec des sociétés si possible hors de France (comme aucoffre.com) pour securiser leurs biens.
    Ces conseils d’investissement s’avèrent pour ceux qui les ont suivi à la lettre, autant de déboires et de plantages.
    Il vaut mieux encore investir dans l’immobilier si on a des liquidités que dans l’or qui ne rapporte rien.

    1. Investir dans l’immobilier est intéressant à condition de le faire hors de portée de l’Etat socialiste obèse, de ses impôts et de ses réglementations ubuesques.

    2. ? ils ont surtout vu la valeur de leur épargne multipliée par 2.5 depuis le début de la crise en 2007/08 ou par 7 depuis 2000 et l’ont sécurisé, étant une valeur physique. L’immobilier ne prend pas 250% ou 700% et s’échange très mal pour faire ses courses et autres achats en cas de crash total du système financier.

  3. L’or, « qui se situe en plus sur des seuils graphiques très importants » : non, l’or a déjà enfoncé les supports graphiques majeurs, notamment plusieurs obliques support historiques. Le premier objectif baissier est de revenir sur le points bas de 2011 (vers 1500), puis les prochains supports pourraient être 1450, 1300 et 1150 (retracements resp. de 38, 50 et 62% de la dernière vague de hausse entre 681 et 1921). Toutefois, un pull-back sous 1650 est possible à CT.

  4. Les opportunistes anglais ne sont pas nées d’hier, quand on pense que la compagnie des indes n’était qu’un grand trafic d’opium, on peut se demander si l’Angleterre a beaucoup évolué, profitant d’affaiblir les pays innovant et préférant un système autoritaire dans un semblant de démocratie.

    A cette image on peut se demander si la Chine n’est pas un essai de plus de nation de manipulateurs.

  5. Bonsoir,

    L’avantage de l’or est sa liquidité en cas de crise systémique car elle peut être échangeable et même délocalisable.
    En revanche, l’immobilier (en particulier résidentiel) ne l’est pas car il faut trouver des acheteurs pour espérer toucher son pécule. En temps de crise, ce n’est pas évident.

    Cordialement.

  6. « cette baisse sur l’or est une excellente nouvelle, mais alors vraiment excellente ! »

    Ce serait bien d’expliquer pourquoi Mr Sannat.

    J’ai le sentiment que vous prenez vos lecteurs pour des imbéciles, et la rédaction de Contrepoints, indirectement, aussi.

    Quand l’or monte, c’est super. Quand il baisse, c’est génial. C’est ça oui.

    Si vous voulez investir dans quelque chose en ce moment achetez plutôt du Yen, du BX4, du sucre, du café et même de l’uranium mais restez à l’écart des métaux.

  7. ‘[3] On est tous chômeurs sans le sou mais chaque euro a encore un peu de valeur.’

    N’est ce pas un peu exagéré? Meme en Grece le taux de chomage n’a pas depassé 30%. Donc, 70% continuent d’y travailler. Difficile de dire ‘on est tous chomeurs’.
    De plus cela depend entierement du gouvernement. Une poignee de mesures simples comme l’elimination du salaire minimum permettraient aux chomeurs de travailler.

    Moi ce qui m’etonne c’est que l’on fasse grand cas de ce que disent les banques centrales. Quelles que soient les declarations, la planche a billet fonctionne, en Europe comme en Angleterre. Elle fonctionnait avec que l’on parle de Quantitative Easing et elle fonctionnera tant qu’il existera une banque centrale. A mon avis, l’or n’a pas de souci a se faire.

  8. Bon article,
    C’est vrai que le mur qui nous attend deviens plutot palpable,
    apres comme dab, quoi penser au niveau des delais, est ce que ca peut continuer a tourner en rond bon an mal en pendant 1 an 3 an, 6 ans ?

  9. @ vouszici :

    30% de chômeurs … parmi la population active.
    Dans la réalité, qui se fout bien des chiffres bidonnés des états, on doit être plus proche des 70% d’inactifs que des 70% de travailleurs.
    En plus :
    1- S’ils comptent de la même façon que nous ne sont au chômage que ceux qui perçoivent le chômage.
    2- En Grèce la fraude c’est un peu le sport nationale, va savoir combien ne sont pas comptés sous prétexte qu’ils touchent des aides pour x invalidités ….

    ( PS: j’ai eu du mal à envoyer mon commentaire, je suis le seul à avoir le problème ?)