Refondation de l’école : votre enfant n’est pas bête, il n’a pas eu zéro

Publié Par Baptiste Créteur, le dans École & éducation

François Hollande a livré hier à La Sorbonne, les grandes lignes de son projet de « refondation de l’école ». Pour lutter contre l’échec scolaire, la solution préconisée par le président est de supprimer les mauvaises notes.

Un billet d’humeur de Baptiste Créteur.

François Hollande à La Sorbonne

À la Sorbonne, « François Hollande s’est engagé à lutter contre l’échec et le décrochage scolaire, dénonçant un «échec humain insupportable» et un «gâchis économique». »  Parents, soyez rassurés : le Président a une méthode infaillible pour donner à chaque élève de meilleures chances de réussite.

À chaque examen de l’état de ses connaissances, l’élève reçoit une indication de ses performances (aussi appelée « note »). L’accumulation de ces notes permettra une évaluation de son niveau, qui conditionnera son passage en classe supérieure.

L’élève recevra à plusieurs étapes de son parcours scolaire, sous la forme d’un diplôme, une sanction d’un certain nombre d’acquis, compétences, savoir-faire et savoir-être. Les diplômes et qualifications permettent ensuite une lecture simplifiée sur le marché du travail des acquis des individus.

L’objectif de François Hollande est de diminuer l’échec et le décrochage scolaire. On pourrait envisager des pistes relatives aussi bien au contenu qu’à la façon dont l’enseignement est dispensé et visant à ce que les élèves aient un niveau plus élevé, vecteur de succès aux examens et de compétitivité pour l’économie.

Mais non. Le Président a remarqué « qu’environ 140.000 jeunes sortaient chaque année du système éducatif sans diplôme ni qualification. » Et ça, c’est inadmissible. Afin d’assurer la réussite de son entreprise de réforme, il a choisi une toute autre voie : supprimer les notes sanction et limiter les redoublements.

La note d’un élève indique le niveau de sa performance, mais évidemment, il ne faudrait pas qu’elle soit mauvaise : «L’objet de la notation devait être d’indiquer un niveau plus que de sanctionner un élève». Pour ne pas stigmatiser les mauvais élèves est préconisée « une évolution de la notation au profit d’une «évaluation positive». »

Les notes seront donc désormais une sanction de l’existence de l’élève, de sa présence lors de l’évaluation et de sa capacité à écrire son nom (ou, à défaut, à tenir un stylo et à signer d’une croix). S’il n’y a plus de mauvaises notes, les bonnes n’ont plus de sens ; pour aller plus loin, on pourrait imaginer que les traditionnelles notes sur 10 et sur 20 soient remplacées par des autocollants sur le thème du règne animal aléatoirement disposés sur chaque copie, puisque le niveau objectif n’a plus d’importance. Cela permettra également d’égayer les salles de classe, trop lugubres au moment du rendu des copies – qui seront désormais distribuées par une troupe de clowns dans une ambiance de franche camaraderie pour faire oublier le caractère dévalorisant de l’évaluation.

De même, il ne faudrait pas qu’un élève qui n’a pas le niveau soit retardé dans son parcours scolaire, source évidente de frustration : «Je fais mienne vos propositions sur les redoublements, qui ne sont pas toujours utiles et dont le nombre devra être réduit.» Dans l’esprit étroit du commun des mortels, on passe au niveau supérieur si on a le niveau, on ne passe pas si on ne l’a pas. Mais plutôt que se fonder sur des critères objectifs comme la mesure de la performance, qui, compte tenu d’un niveau d’exigence donné, aboutira à un nombre de redoublements difficile à déterminer d’avance, il s’agira de fixer un nombre annuel de redoublements. Charge aux instituteurs de sélectionner les candidats au redoublement parmi les girafes du contrôle de mathématiques et les éléphants en grammaire.

Pour éviter d’éveiller l’inquiétude des parents face au délitement du niveau de connaissance de leur progéniture, « les devoirs scolaires devraient par ailleurs être «faits dans l’établissement plutôt qu’à la maison» ». Les parents se contenteront de prendre connaissance des « évaluations positives » (car aucune ne sera négative pour ne pas stigmatiser ou traumatiser les enfants).

Prochainement, vous découvrirez les mesures anti-stigmatisation pour les entreprises : les consommateurs seront priés de revoir leurs exigences à la baisse pour laisser leur place aux produits de mauvaises qualité et aux services médiocres, fournis par des entreprises mal gérées et peu innovantes. Les sociétés seront tenues de présenter leurs produits dans des emballages uniformes, pour éviter que le consommateur ne puisse distinguer les mauvais produits des bons. Afin de ne pas pénaliser les entreprises qui cherchent sans trouver et les entreprises qui n’ont même pas les moyens de faire de la recherche ou auront, par altruisme, préféré augmenter les salaires, les découvertes devront être partagées avec l’ensemble des entreprises d’un secteur, de même que les parts de marché. Au moins, nos enfants seront bien préparés au monde de demain.

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  1. Quand on sait qu’en pratique, le même enfant scolarisé directement par ses propres parents (donc à condition quand même que ceux-ci aient un niveau d’instruction suffisant pour cela et le temps pour s’y consacrer) peut sans problème « faire » le programme scolaire de l’EdNat à raison d’au plus 2 heures de travail par jour…

    « Gâchis » est bien le mot. L’école-usine, héritée du XIXème siècle, n’a aucune raison de persister.

    « S’il n’y a plus de mauvaises notes, les bonnes n’ont plus de sens »

    C’est vraiment le coeur du problème, mais pour trop de nos marxiens débarqués de la planète 68, l’idée même d’imposer quoi que ce soit à un enfant, même une confrontation à la réalité, c’est troporrible. Plus de feedback sur les efforts faits par l’enfant = l’enfant ne fait plus d’efforts. Le grand nivellement par le bas.

  2. Bon sang…! Quel que soit le pays, les socialistes sont absolument lamentables! Dans un certain canton suisse, on déguste présentement côté réforme scolaire profondément débile pour ne pas pénaliser les pôvres chéris infoutus de savoir écrire leur nom correctement (suppression d’une voie, nivellement par le bas d’une autre). Et ceci grâce à une socialiste sur laquelle je roulerais volontiers avec un soixante tonnes américain (et je repasserais une deuxième fois pour entendre les os craquer). Je désespère de voir que la France prend le même chemin. Les pays francophones n’engendreront bientôt plus que des générations d’analphabètes formatées au discours dominant bien-pensant. Ne reste plus que l’exil.

  3. @Sandra : bravo, vous m’otez les mots de la bouche.

    En france, on a pas de pétrole mais des idées….il est intéressant de voir que beaucoup d’innovation balbutient en France avant de partir ailleurs pour être améliorés et générer profits et avancées, faute d’échos favorables aux chercheurs.

    On devient un pays de moutons, où on ne suscite plus les vocations et les passions, on créé de l’échec et de l’assistanat de masse.

  4. Ce qui est curieux dans cette affaire, c’est qu’on revient à la philosophie de l’enseignement telle qu’elle était au Moyen-Age.
    D’un côté, les manants, le vulgum pecus, qui en saura toujours assez en décrochant trois ou quatre notions de base que le diacre de la paroisse aura réussi à lui inculquer. De l’autre, ceux qui auront la chance et, surtout, la parenté pour aller là où on apprend vraiment et où on peut devenir clerc. De nos jours, ce ne sera pas un monastère, mais ce pourrait être une université américaine, par exemple.
    De cette façon, tout le monde est content. La concurrence entre les individus est réduite au minimum et chacun reste à sa place.

  5. Réalité économique

    La notation n’est efficace que si elle est CONSTRUCTIVE !Or dans de très nombreux cas il s’agit simplement de se borner à distribuer les copies avec une note sans donner faire un « état des lieux » de ce qui a été assimilé ou non et des moyens pour progresser pour chaque élèves.Mais est-ce trop à demander aux syndicats marxistes de la crétinerie nationale d’ URSS?

    1. J’ajouterais que les recherches faites en docimologie ont démontré que les notes n’étaient absolument pas une évaluation objective du niveau des élèves… C’est étrange, en France, cette idolâtrie des notes, il existe pourtant différents moyens pour évaluer un travail.

      Personnellement, je trouve peu satisfaisante la situation actuelle où l’enseignant est juge et partie (il forme les élèves et les évalue ensuite). Il faudrait plutôt que l’enseignant « se contente » d’une évaluation formative, qui permette à l’élève de connaître ses forces et faiblesses. Ensuite, il faudrait adapter le travail en fonction. Un autre enseignant devrait se charger de noter l’élève « pour de vrai », selon des critères connus de tous à l’avance.

      Quant aux redoublements, rien de nouveau ! Cela fait depuis longtemps qu’on les évite dans les conseils de classe. Il est ardu de parier sur les chances de succès d’un redoublement. Mon expérience m’indique que dans le système actuel, ils sont le plus souvent inutiles, voire nuisibles. Franchement, il est souvent préférable de ne pas s’embarrasser davantage d’un élève ascolaire pour lequel nous sommes impuissants.

      Enfin, ce qui manque fondamentalement dans notre système scolaire, c’est la variété et la l-i-b-e-r-t-é*.

      (* Ce qui veut aussi dire responsabilité… ce dont mes collègues ne veulent généralement pas entendre parler.)

      1. Personnellement, je préfère un commentaire circonstancié de chaque copie d’au moins 100 mots (statutairement obligatoire!!), pour que l’enfant sache vraiment sur quoi travailler et où il s’est trompé. On n’apprend de ses erreurs.

        1. « On apprend », ou « On n’apprend pas »
          et non « On n’apprend »

          Désolé, mais en pratique les élèves (*) ne lisent jamais les annotations. C’est :
          1) je veux connaitre la note;
          2) je compare ma note aux autres (l’élève n’a pas encore compris à quel point les classements étaient « dévalorisants », il faudra lui expliquer);
          3) je range ma copie dans mon cartable.

          (*) je parle d’une très grosse majorité des élèves, il y a bien entendu des exceptions à toutes les règles de ce type

      2. « J’ajouterais que les recherches faites en docimologie ont démontré que les notes n’étaient absolument pas une évaluation objective du niveau des élèves… »

        Mesure de la pertinence des notes, ou bien mesure du biais déjà introduit dans les notes ?

        1. Pour ce que je sais de la docimologie, mais je ne suis pas un spécialiste non plus, il s’agit plutôt d’insister sur les phénomènes psychologiques, généralement inconscients, qui influencent le jugement du correcteur.

          De fait, la pertinence des notes devient relative, surtout si rien n’est fait pour corriger ces biais involontaires.

          Il existe un autre problème attenant à la culture scolaire : celle-ci est faite de nombreuses exigences implicites que les élèves des classes populaires ne connaissent pas. Cela les handicape et finit par en dégoûter certains qui ne comprennent littéralement pas pourquoi ils échouent… Avoir le temps d’expliciter serait très utile, mais ce temps manque.

          Au final, une mauvaise note peut vouloir dire beaucoup de choses, bien plus complexes que le facile « yzonkabosser ». La vraie pertinence d’une note c’est qu’elle permette à l’élève de progresser.

      3. Pour les redoublements, il faudrait voir s’ils sont motivés par le niveau insuffisant des élèves concernés ou par l’annonce de la fermeture de classes.

  6. La logique des socialistes est décidément bien étrange. Au lieu de supprimer les notes, la logique voudrait qu’on en crée de nouvelles… pour les enseignants et les établissements scolaires. L’éducation est un secteur économique défiant le sens commun, où le fournisseur juge ses clients et non l’inverse.

    Avec cette réforme, l’éducation nationale n’a pas fini de produire des illettrés en grand nombre. Le coût économique et social de la déchéance du système éducatif français sera faramineux.

    1. Dans un système libre, elle est faite par les parents, qui peuvent changer leurs enfants d’établissement. En France… Bonne question. Si on supprime les devoirs à la maison et les notes, difficile pour les parents d’évaluer la qualité de l’enseignement… Ce qui ne leur sert à rien, puisqu’ils n’ont pas tout à fait le choix de l’école où iront leurs enfants.
      Souhaitons bon courage aux enseignants de bonne volonté : enseigner dans ces conditions leur en demandera très certainement, docilologie ou pas.

  7. Fabriquer du « crétin » en quantité industrielle ça a du bon. Ca vaut même de l’or en barre : se faire élire par le bon peuple bien instruit…

  8. ce qui gène ce n’est pas les notes, c’est l’inéquation entre la formation de ceux qui sortent de l’école et les besoin de personnel formé des entreprises, l’école ne forment pas aux métiers qu’a besoin l’entreprise