L’enfer capitaliste chinois

Publié Par Jean-Louis Caccomo, le dans Économie générale

On finit par détester les pauvres qui ont l’audace de réussir et de s’enrichir…

Par Jean-Louis Caccomo.

Les belles âmes ne ratent plus jamais une occasion de fustiger le modèle capitaliste chinois et d’en dénoncer ses « horreurs », surtout depuis que la Chine est en passe de devenir la première puissance économique et, dans la foulée, la première destination touristique de la planète.

Pourquoi ces satanés Chinois ne sont-ils pas restés, comme dans les années 60, tous pauvres ? Pour nos penseurs officiels, les gens sont tellement plus sympathiques quand ils sont pauvres : ils auront besoin de notre aide, de notre compassion et de notre « solidarité ». On reconnait cependant là le schéma marxiste imperturbable : s’il y a des riches et s’il y a des pauvres, c’est parce que les riches ont exploité et pillé les pauvres. CQFD !

C’est pourquoi ils convient de détester les riches (les Américains, les patrons, les entrepreneurs, les footballeurs…) et aduler les pauvres. Puis, on finit même par détester les pauvres qui ont l’audace de réussir et de s’enrichir…

Il est vrai que la Chine a fini, après tant de désastres humains, sociaux et culturels, par tourner le dos à la délirante et criminelle « révolution culturelle » théorisée et mise en œuvre par Mao. Quand j’étais étudiant, les rares Chinois, que je fréquentais, avaient fui leur pays et ils n’osaient pas toujours me parler, terrorisés par la police politique qui les poursuivait jusque chez nous (toujours bien accueillie par notre PCF local).

Aujourd’hui, nos étudiants chinois retournent travailler dans et pour leur pays, à l’image de tous les étudiants chinois dans le monde. Quel contraste saisissant avec nos étudiants français qui sont obligés, à contrecœur ou avec enthousiasme, de s’expatrier pour faire une carrière à la hauteur de leurs ambitions ! Mais puisqu’ils sont motivés par leur seule carrière égoïste, sans doute ne sont-ils pas patriotes… Ne faudrait-il pas les punir ? Certains politiciens réfléchissent aujourd’hui à la question, faisant plancher leurs experts et leurs conseillers.

Et nos étudiants français, comme les étudiants chinois, ont fait leurs études au frais du contribuable français alors qu’ils vont en produire tous les effets économiques et en tirer tous les bénéfices à l’étranger.

C’est pour cette raison que j’ai du mal à avaler les couleuvres de nos moralisateurs intolérants qui, pendant que Mao massacrait sa propre population au nom de « l’amour du peuple chinois et de la solidarité », étaient en France ses plus fervents admirateurs.

Ainsi, la génération 68, menée notamment par un certain Cohn-Bendit, s’affichait, sans aucun état d’âme, maoïste, pensant ainsi prendre ses distances avec Staline, dont les atrocités étaient plus proches de nous. Le goulag, quand il est exotique et loin de nos regards, est sans doute plus sympathique [1].

Mais diable ! Mao, tout comme Staline, avaient une référence commune et unique : ils ne faisaient que lire Marx et lui obéir scrupuleusement. Ces penseurs éclairés ne connaissent-ils pas à ce point leur propre culture politique ? Je peux comprendre qu’ils disent n’importe quoi en économie puisqu’ils ne feront jamais l’effort de lire les grands textes, mais c’est à se demander s’ils ont lu Marx, Lénine ou Mao. Et même si ces régimes politiques sont heureusement tombés aujourd’hui, on voit que les matrices intellectuelles, qui les ont forgé et cautionné, existent toujours ; surtout dans la tête de nos élites intellectuelles (merci Bourdieu), ce qui contribue à l’étouffement de toute lumière d’inspiration libérale et libératrice. Et pour ces penseurs, le libre-échange, la mondialisation, l’OMC, c’est forcément l’enfer et le diable ultime bien que l’histoire enseigne que les camps et les déportations furent organisés par les régimes du socialisme réel. Mais non ! La réalité a forcément tort quand on ne veut pas changer le modèle explicatif du monde qu’il serait sacrilège de critiquer. L’horreur est libérale voire néolibérale, donc les systèmes alternatifs au libéralisme ne peuvent être donc que progressistes.

Avec le temps, tous ces maoïstes convaincus, devenus nos références morales, sont aujourd’hui députés européens, experts en pédagogie permanents auprès de l’Éducation nationale, chercheurs éminents en sciences sociales ou encore conseillers économiques auprès de l’UNEF, d’ATTAC et du PS…

J’avoue que les charmes et les mystères de notre exception culturelle – à défaut d’une révolution culturelle – me laissent toujours perplexes et pantois. Mais elle explique certainement notre fermeture, nos retards économiques et la chute inexorable de la croissance.


Sur le web.

  1. Delsol C., Grimpret M., Liquider Mai 68, Presses de la Renaissance, Paris.

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  1. Les anglo-saxons disent littéralement « prendre une chance ». En français, on dit « prendre des risques ». La langue explique-t-elle, au moins partiellement, l’imprégnation du socialisme rance et encavé dans notre mentalité ?

    Le moment est venu de prendre un bon bol d’air frais !

  2. Ouais c’est pas non plus tout rose. La chine est le pire exemple actuel de capitalisme d’état poussé a son paroxysme.
    Allez donc en chine voir a quel point le libéralisme n’existe pas chez eux.
    Pas d’état de droit, pas de libre échange, pas de libre circulation des capitaux et des hommes, entreprises d’état, un parti unique de 80 millions de membres, des fonctionnaires partout, bureaucratie écrasante.
    Ne nous émerveillons pas trop vite, la chine d’aujourd’hui représente tout ce dont nous voulons nous débarasser depuis des siècles.

    1. Rappellez moi le PNB/H de la chine il y a 20 ans rappelez moi le PNB/H de la Chine aujourd’hui… Evolutions les plus significatives en therme d’IDH entre 2006 et 2011: on y trouve la Chine: +6.
      Certes, ca ne vaut pas l’exemple liberal de Hong Kong: +14, mais quand meme…

  3. Comme quoi l’innovation vient de la tête, et dans un système communiste, il n’y a pas de tête mais juste des applicants.

    L’empire du milieu a réussi à concurencer les machines, concurencer les fabricants de machines et bientôt concurencer le business economique, mais ils n’ont pas d’innovation porteuse, ils ne laissent aucune miette pour les autres pays .

  4. Extrait de l’article « Premier indice de la Liberté… »

    « Parmi les leçons intéressantes de cet indice, une vérification empirique du lien positif entre libertés individuelles et performance économique. Plus les individus sont libres, plus l’économie est prospère pour le bien de tous »

    La chine ne serait pas le contre exemple au cube par rapport à la nlle Zélande ?

    PS : Si vous avez déjà lu ce commentaire ailleur, c’était par erreur d’aiguillage de ma part.