Armes à feu : la France s’excite pendant que l’Amérique se calme

Publié Par h16, le dans Édito

Ah mon dieu c’est horrible c’est abominable c’est la catastrophe la France se dirige droit vers une américanisation de sa société ah c’est affreux argh et tout ça ! Et par cette suite d’imprécations terrifiées, je ne veux pas dire que les Français se jettent sur les BigMac comme la misère sur le pauvre monde et deviennent obèses. Non. Je veux dire que la France sombre dans le Shooting For Columbine de base ! Ce pays est foutu !

D’ailleurs, les journalistes et toute la presse française ne s’y est pas trompée : maintenant, à chaque affaire où un tireur fou sévit ici ou là, immédiatement est rappelée la liste de tous les précédents incidents similaires, et la question de la libre possession des armes est relancée sur le territoire français où chacun sait que le nombre d’armes à feu par habitant est fort élevé. Mais voilà : les Français tiennent à leur second amendement et … oh, wait !

Il semblerait que le paragraphe précédent était légèrement embué de fiction : la presse française, si prompte à bondir sur le dos des Américains, volontiers présentés comme un peuple de cowboys semi-fous prêts à tirer sur tout ce qui bouge, ne fait aucun commentaire débile sur le laxisme dégoulinant dont font preuve les autorités françaises lorsqu’une fusillade éclate. Le différentiel de traitement entre les échanges par balles aux États-Unis et les petits différends par armes à feu en France est maintenant flagrant.

chicks with gunOn me dira, j’en suis sûr, que j’exagère, que la France est bien loin de présenter une actualité de fusillades aussi chargée que les États-Unis, justifiant en cela la présentation caricaturale des mœurs outre-atlantique, à base de Texan rougeaud prêt à dégainer au moindre souci, éventuellement couplée à une rediffusion fort à propos du célèbre film de Michael Moore, ce millionnaire anticapitaliste à bedon proéminent. Sauf que… sauf qu’actuellement, les actualités sont assez chargées … du côté français. Jugez plutôt : en l’espace de quelques mois, on a une fusillade dans une discothèque dans le Nord, qui suivait de quelques mois une autre fusillade à Caen. Le sud compte bien évidemment les règlements de comptes quasi-quotidiens à Marseille et en Corse, mais au-delà de ces petites incivilités sanglantes entre bandes rivales de vendeurs de drogue, on en trouve aussi à Bayonne, à côté de Montpellier, à Sète, mais aussi Orly ou encore Argenteuil. Tout ça en quelques semaines, voire quelques jours pour les dernières.

Il est intéressant de constater que ces différents faits divers s’accumulent sans qu’on puisse ici blâmer la détention ou le port libre d’armes, la détention étant très strictement encadrée et le port totalement interdit. Alors que nos journalistes sont pourtant si prompts, régulièrement, à pointer du doigt l’abominable laxisme et la frivolité des lois américaines pour expliquer l’une ou l’autre fusillade, l’argument tombe un peu à plat lorsqu’il s’agit d’un pays dans lequel le citoyen est bordé du téton au sapin.

L’évidence crève les yeux et aveugle donc les bien-pensants habituels qui se réfugient, pour le cas français, dans les atermoiements humides et se contentent de réclamer avec véhémence que l’État intervienne, que Manuel Valls dise ou fasse quelque chose, bref, qu’on ne laisse pas ainsi le citoyen désarmé (et, pour tout dire, aussi veule que pleutre) se faire trouer la peau comme un lapin de ball-trap. Bien évidemment, la légalisation des armes à feu est absolument inenvisageable, puisque, tout le monde le sait, si on laisse faire ça, les citoyens vont immédiatement s’empresser de sortir dans la rue dégommer qui le boucher récalcitrant, qui le plombier en retard, qui la maîtresse d’école acrimonieuse. C’est absolument évident.

gun control fail

Et lorsque ces éléments ne sont pas propulsés sous le nez des impétrants qui penseraient à redonner un peu de champ au citoyen, c’est l’argument de la dangerosité intrinsèque des armes qui est utilisé : même dans une maison, c’est si dangereux — comprenez-vous, malheureux ? — qu’on court à la catastrophe. Pourtant, si on regarde les statistiques aux USA, justement (cinq fois plus d’habitants et trois fois plus d’armes par habitant qu’en France), on constate qu’environ 140 personnes trouvent la mort (en tout) dans un accident en manipulant une arme à feu chez elle. Même le nombre de noyades dans des piscines privées, en France, est supérieur à ce nombre (et en valeur absolue, hein). L’argument de la dangerosité est, pour le moins, ridicule.

(Avec tous ces faits, on se demande dans quelle mesure les étatistes et tenants de l'interdiction totale ne projettent pas leurs propres peurs sur les autres : se sachant psychologiquement instables, ils n'hésitent pas à imaginer les mêmes troubles mentaux chez les autres, même si les faits, les statistiques et un peu de bon sens leur donnent tort dans des proportions qu'ils voudraient nous cacher.)

Je remarquais pourtant, dans un précédent billet, que l’actuelle prohibition était surtout favorable à l’accroissement du problème et non sa résolution et permettait surtout aux états, dits démocratiques, de s’assurer d’une force minimale du peuple sous son joug. D’ailleurs, ceux qui prétendent nous représenter ont une envie régulière de retirer toute velléité de se défendre des mains d’une population qui a pourtant montré sa totale obéissance à l’État et une résignation quasi-morbide devant la ponction fiscale et les avanies administratives quotidiennes.

En outre, ce qu’il y a d’encore plus intéressant, c’est qu’alors que la violence par armes à feu fait de plus en plus souvent les gros titres en France, l’Amérique découvre, un peu étonnée, que la violence, chez elle, diminue dans des proportions si notables qu’on bat maintenant des records … de sécurité. C’est ainsi que la ville de New-York constate une baisse de 23% de son taux de crime, atteignant un point bas jamais atteint depuis 1960. Et à Washington, une ville qui pourtant enregistrait régulièrement des records dans le nombre de meurtres, on se dirige doucement vers une année remarquablement calme avec moins de 100 morts (là où on en enregistrait auparavant plus de 500), ce qui ne s’est plus vu depuis 1963.

le honzec - armes a feu democratisees

De façon étonnante, on n’entend guère les journalistes français faire des reportages tonitruants sur ces excellentes nouvelles. On n’entend guère les journalistes faire de comparaison entre la situation américaine, les fusillades diverses et variées, les analyser, en comprendre les mécanismes, et essayer, intelligemment, de comparer avec la situation française. On n’entend guère ces journalistes écarter une fois pour toute l’argument de la législation des armes à feu qui, à l’évidence devant la différence de situation des deux pays, ne joue pas. On entend plus volontiers l’un(e) ou l’autre journaliste sortir d’incroyables stupidités sur les jeux vidéos plutôt que se renseigner.

C’est dommage : ce sujet mérite mieux qu’une avalanche de poncifs.
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  1. Moui, enfin la ville de New York est l’une de celle qui régule le plus sévèrement l’acquisition et le port d’armes avec Washington DC…
    La question des armes vs droit naturel et principe de non agression rend quand même la question complexe.
    En ce qui concerne la baisse de la criminalité, toute chose égale par ailleurs, des auteurs comme Steven D. Levitt (http://pricetheory.uchicago.edu/levitt/Papers/DonohueLevittTheImpactOfLegalized2001.pdf) ont quand même abordé des pistes intéressantes.
    On peut éviter les poncifs ET les dogmes, non ?

    1. Le papier de Levitt est évoqué dans l’article linké comme étant une source possible des baisses constatées. Cependant, si cette explication tient pour les années 90 et 2000, elle n’explique pas à elle seule la diminution encore observée actuellement. Une autre explication très bien argumentée est la disparition des canalisations et peintures au plomb. Comme quoi… En outre, il n’y a pas corrélation entre criminalité par arme à feu et lois (cas du Brésil dans un sens, cas de la Suisse dans l’autre).

      Où sont les dogmes ?

    2. Pour ce qui est du principe de non-agression et du droit naturel, je ne vois pas où l’acquisition, la détention ou même le port d’armes porte atteinte au droit naturel de l’autre (ou l’agresse) tant que l’arme reste dans son holster (ou ailleurs) et qu’aucune menace n’est proférée.
      Sauf bien sur si la seule vision d’un objet capable de produire une grosse énergie cinétique vous agresse.

      Celui qui trimballe poncifs et dogmes n’est pas toujours celui qu’on croit.

  2. Clairement, la légalisation des armes limitée par l’obligation d’avoir un casier judiciaire vierge est le moyen de réduire les récidives. Je pense notamment au courageux employé d’un atelier de métaux précieux qui s’est fait dessouder hier matin à Paris alors qu’il poursuivait ses agresseurs. Mais cela implique de libérer la légitime défense.

    1. Le sujet est moins la réalité statistique du phénomène que la médiatisation orientée de certains événements qui visent à désigner un pays comme bouc émissaire. Considérée sous cet angle, la comparaison semble opportune.

    2. Quand on regarde le graphique sur les tentatives de meurtres on voit qu’entre 1981 et 1983 il y a une augmentation de 50% des tentatives, ce qui ferait penser que la peine de mort est bien dissuasive (je suis contre la peine de mort)
      On voit aussi que les tentatives de meurtres étaient inférieures en 1975, malheureusement on n’a pas les chiffres d’après guerre.

      1. C’est assez amusant quand même : toute la discussion montre à quel point il est difficile de trouver des causalités simples et facilement explicable*… et là première chose que l’on fait c’est d’en cherche une coûte que coûte avec la peine de mort.

        D’autant qu’on pourrait en tirer la conclusion exactement inverse, vu que la tendance à l’augmentation des homicides s’inverse justement juste deux après l’abolition ! Évidemment ce serait une conclusion tout aussi absurde.

        *la société n’est pas une machine.

    3. Arn0

      Il y a un phénomène judiciaire que les médias français devraient se étudier un peu, cela me permettrait d’avoir une opinion sur les statistiques françaises sur les « homicides »: combien de meurtre au sens de l’article 221-1 du code pénal finissent par être requalifiés et jugé au chef de « des violences volontaires ayant entraîné la mort » article 222-7 du code pénal.
      Parce qu’une fois jugé, les faits sont classés statistiquement dans la rubrique « violences » et non d’ « homicide ». Ainsi, on peut aisément diviser par deux le nombre des « homicides  » en France.. il serait intéressant alors de savoir de combien les « violences volontaires (ayant entraîné la mort) » ont augmenté).. comme dit Lavoisier « rien ne se créé, ni ne se perd, tout se transforme »…..

      1. Il y a un lien sur la méthodologie (PDF : http://www.laurent-mucchielli.org/public/QP_09_2008.pdf). Vous avez même une courbe sur les violences volontaires ayant entraîné la mort : et à aucun moment on ne peut voir une augmentation qui compenserait la diminution des homicides ! Vu le faible nombre de condamnation pour violence volontaire ayant entraîné la mort sans intention de la donner relativement au condamnation pour homicide je vois mal comment cela ne pourrait pas se voir. Au passage je rappelle que les courbes sont en valeurs absolus, et vu la croissance démographique les évolutions sont encore plus nettes en terme de taux.

        L’important ce ne sont pas les chiffres bruts, ou les petites variations. Évidemment que les chiffres sont imparfaits, et que les comparaisons internationales sont discutables. Mais le plus fort taux d’homicide aux USA qu’en France ainsi que la baisse significative du taux d’homicides tant en France et aux USA ces dernières décennies, sont deux faits flagrant et difficilement contestable sans avancer de solides arguments.

        Quelles conclusions peut-on en tirer ? A peu près aucune !

  3. @Arn0
    Le « monde » c’est quand même le plus grand désinformateur de la France… Anttantion !!! La manipulation c’est une grande spécialité des gauchistes-non-on-est-indépendant-poil-aux-dents qui sévissent au « monde » depuis… Sa création !!!!
    A lire – ou relire encore et toujours… – « la subversion » de Roger Mucchielli, livre qui n’a pas pris une ride pour décoder – je ne fais pas de pub h16 il est dcd… :(

    1. En l’occurrence je ne donnais ce lien que parce qu’il s’agissait de la première occurrence Google sur le sujet (et il ne s’agit pas du Monde, mais d’un blog). Il ne fait qu’illustrer un point que je connaissais déjà, et qui est difficilement contestable.