Espagne : Une double ovation pour la « révolte de la carotte » anti-taxes

Publié Par Daniel J. Mitchell, le dans Europe

Pour contourner la hausse de la taxe sur les billets de spectacle, un directeur de cinéma espagnol a eu l’idée de vendre à la place des carottes, moins taxées, qui donnent un accès gratuit aux spectacles.

Par Daniel J. Mitchell, depuis Washington D.C., États-Unis.

S’il existait un prix pour les combats contre les autorités fiscales, les Italiens mériteraient sans aucun doute la première place. Je ne connais pas d’autre pays où les bureaux fiscaux se font incendier. Les Italiens croient également aux formes passives de résistance avec, à titre d’exemple, des dizaines de milliers de propriétaire de bateaux prenant le large pour se protéger du gouvernement.

Les Espagnols les talonnent, sans doute de par la colère grandissante vis-à-vis de la pléthore de hausses de taxes imposées par le gouvernement soi-disant de centre-droit de Madrid.

Vous trouverez également ici un rapport de la NPR sur une nouvelle révolte anti-taxe dans la Péninsule ibérique.

Lorsque le gouvernement espagnol a augmenté les taxes sur les ventes de tickets de cinéma l’été dernier, Quim Marcé voyait son cinéma condamné. Avec près d’une personne sur quatre en recherche d’emploi dans la population locale, Marcé savait qu’une hausse, même modeste, du prix du ticket viderait de ses clients la salle de 300 sièges du cinéma municipal Bescanó.

Qu’a-t-il fait pour protéger sa salle de la destruction fiscale ?

« Nous nous sommes dit : « C’est la fin de notre cinéma et de nombreux autres. » Mais le matin suivant, je me suis dis qu’il fallait trouver une solution pour éviter de payer ces 21%, et que nous payons quelque chose de plus juste, » déclare Marcé en espagnol. Et soudain l’idée lui vient : au lieu de vendre des tickets pour ses séances, il vendrait des carottes. « On vend une carotte, qui coûte 13 euro [16$], très cher pour une carotte. Mais en bonus, nous offrons une entrée pour nos séances , » explique-t-il en espagnol. « Comme ça nous n’avons qu’à payer 4% de taxe sur les carottes, plutôt que 21%, qui représente le nouveau taux de la taxe gouvernementale sur le prix des billets de cinéma. » Considérées comme un aliment de base, les carottes sont taxées à un taux bien moins haut et ont été épargnées par les récentes hausses de taxe effectives depuis le 1er septembre.

Très astucieux. Senor Marcé reçoit de nombreux éloges pour cette approche novatrice, même si la situation n’est pas encore claire sur la possibilité que des bureaucrates assoiffés de taxes ne sortent pas une loi d’un tiroir pour écraser la révolte anti-taxes.

Les médias espagnols l’ont qualifié de « Révolution de la Carotte » et le cinéma Bescano a gagné du prestige de nombreux partisans artistiques à travers le pays. Les séances sont complètes. Marcé, le directeur du cinéma, annonce avoir consulté un avocat avant de lancer son opération carotte. Il reçoit également le soutien du maire de la commune. Et personne ne l’a arrêté pour l’instant. Il se déclare inquiet que le gouvernement décrète qu’il est illégal de vendre des carottes dans les cinémas. Mais des douzaines d’aliments sont considérés comme « aliments de base » et ne sont taxés qu’à 4%. Donc si cela arrive, Marcé estime qu’il pourra toujours, à la place, se lancer dans la vente de tomates.

Et s’il a quelques restes de tomates qui pourrissent, peut-être pourraient-elles être utilisées avec quelques œufs périmés et du vieux chou pour souhaiter la bienvenue au prochain agent du fisc qui passerait dans le coin. (Je n’ai pas précisé à quoi serviraient les carottes).

Et donc, pourquoi le titre de ce billet indique « double ovation » pour cette révolte anti-taxe espagnole ?

Pour autant que j’apprécie la non-conciliation quand le système de taxe devient trop lourd, je soupçonne les Espagnols de protester contre l’idée qu’ils devraient payer aussi cher pour un super-État. Mais je ne serais pas étonné si j’apprenais qu’ils soutiendraient un État surgonflé si c’était quelqu’un d’autre qui devait payer la note.

En d’autres termes, ce sont sans doute des hypocrites, et je ne serais pas choqué de savoir que leurs compatriotes irlandais ou grecs protestent pour les même raisons.

De plus, ce n’est pas précisé dans l’article mais je suis presque sûr que les Espagnols sont en réalité en train de protester pour une idée faussée sur la taxe. Le taux à 4% sur les carottes et autres « aliments de base » est sans doute une exception à la taxe sur la valeur ajoutée normale de 21%.

S’ils se révoltaient contre la taxe sur la valeur ajoutée, je leur donnerais 3 ovations, mais s’ils ne font que contester le fait que désormais les billets de cinéma sont traités de la même façon que les autres biens de consommation, alors je suis presque tenté d’abaisser leurs notes à une seule ovation.

Mais je leur laisse ces deux ovations car je suis en faveur de tout ce qui pourrait réduire le montant d’argent détourné pour financer le gouvernement.

Le réel problème fiscal, en Espagne et aux États-Unis, c’est que l’État est bien trop gros. Et essayer de limiter l’appétit d’ogre des politiciens avec leurs hausses de taxes est semblable à essayer de soigner un groupe d’alcooliques anonymes en leur donnant les clés d’un magasin d’alcool.

P.S. : le goulu état espagnol a probablement fait grimper les taxes si haut qu’elles ont pu dépasser le point de maximisation des revenus, même si je me doute que les politiciens s’en fichent. Enfin, même les bureaucrates internationaux tels que le FMI ont compris qu’il était auto-destructeur de pousser les taux de taxes si haut que même les gouvernements en perdent des revenus.

P.S. : Juste pour couvrir mon vous-savez-quoi, laissez moi profiter de cette opportunité pour insister sur le fait que maximiser les revenus ne devrait pas être un but de politique fiscale. Je suis un grand fan de la Courbe de Laffer, pour sûr, mais les politiciens devraient viser le point de maximisation de croissance.

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Sur le web.
Traduction : Virginie Ngo pour Contrepoints.

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  1. Ce que nous apprennent les Espagnols, c’est qu’une TVA aux alentours de 5% est le niveau de taxation idéal, qui permet de financer l’Etat avec l’assentiment de la population, condition indispensable de la croissance.

  2. Un grand fan de la courbe de Laffer, ça existe encore ce type de dinosaure des 80′s ! Désolé c’est primairement anti-action publique comme billet et politiquement très correct, limite démago. Il en faut arguments comme ce billet, pour bien caricaturer les plus modérés du PS et de l’UMP qui pensent comme vous. Sinon on sait bien qui « carotte » de la valeur ajoutée, sur la conso et les revenus, et ya pas que l’Etat et collectivités. Courbe de Laffer en 2012 wahahahah !!!

    1. Vous avez quelque chose a reprocher à la courbe de Laffer? On vous écoute.
      Ce site entier sera, je pense, anti-action publique à vos yeux. Les libéraux voient que le gouvernement est souvent le plus mal équipé pour répondre à une panoplie de problèmes.

      Qui carotte sur la valeur ajoutée?

      Le PS et l’UMP pensent comme nous? Vous savez lire?

    2. @lilou49
      Les principes de la courbes de Laffer sont à la fois si simples et si profonds qu’ils en sont confondant. Je n’ai jamais en 30 ans entendu une critique construite la concernant. Bête noire de la pensée collectiviste, elle réduit ses opposants à la fatwah et à l’anathème. Vous en donnez un parfait exemple.

    3. lilou49 « Courbe de Laffer en 2012 wahahahah !!! »

      La courbe de Laffer dit simplement qu’entre une tomate à 0.50 euro et une a 2 euro vous allez prendre la première et que quand elle coute 20 euro vous n’en mangez plus.

      Si le prix des choses est indifférent comme vous le prétendez alors les salariés au smic n’ont aucune raison de ne pas être content.

      Faire mwahaha la dessus c’est vraiment passer pour un énorme, un incommensurable crétin.

  3. « le gouvernement soi-disant de centre-droit de Madrid » ! On oublie bien vite que ce sont les gouvernements de gauche (entendons par là Keynesiens où l’on dépense chroniquement plus que l’on encaisse) qui ont mené l’Europe à sa perte. En grèce comme en Espagne. Comme en France.