Guichet unique, échecs multiples

Le Guichet Unique Numérique Pour Les Entreprises n’est qu’une nouvelle occurrence des plantages consternants et répétitifs de l’administration en matière d’informatisation.

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Guichet unique, échecs multiples

Publié le 24 mars 2023
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Depuis le 1er janvier 2023, la République française a basculé dans le domaine sucré du Guichet Unique Numérique Pour Les Entreprises : ce site web technofuturiste est donc devenu, youpi youpi, l’unique point d’entrée des entreprises pour réaliser leurs tracasseries formalités administratives. Depuis, tout se déroule comme prévu : c’est un échec total.

Pour garantir ce plantage mémorable, les administrations concernées avaient mis tous leurs atouts possibles à la poubelle : calendrier irréaliste voté en 2019 avec une candeur d’irresponsables dans le cadre de la loi Pacte, utilisation de technologies poussives voire dépassées, pression de politiciens délicieusement incompétents, coordination inexistante, bordélique ou antagoniste des différents exécutants, rien n’a été laissé au hasard pour garantir une explosion en vol.

Magnifique échec, alors que, pourtant tout avait fort mal commencé.

Dès septembre 2022, lors de formations en ligne organisées par l’Institut national de la propriété intellectuelle (INPI) qui gère le site, on murmurait déjà avec insistance qu’il restait de petits dysfonctionnements par-ci par-là, notamment concernant le volet « modifications » du site. De nombreux experts comptables, généralement mandatés pour suivre les entreprises et modifier leurs statuts le cas échéant, notaient cependant que… rien ne marchait.

Mais quatre mois avant le passage au guichet unique, on pouvait garder espoir.

Quelle touchante naïveté.

Dès le tout début janvier, le portail mis en place subissait une attaque informatique. Malgré des tests de sécurité, patatras, le 3 janvier, cette attaque par déni de service a provoqué « 100 000 demandes de modifications à la seconde » selon Bercy (100 selon la police et 1 000 000 selon les syndicats).

Le samedi suivant, l’administration semblait avoir trouvé la parade. Ouf, le portail pouvait à nouveau recueillir les milliers de demandes diverses des entreprises… Pour les transformer immédiatement en cauchemar gluant : toujours selon Bercy (dont le patron est un certain Bruno Le Maire – coïncidence ?) la situation était telle après seulement un mois de cafouillages dantesques que 20 000 entreprises se retrouvaient à patauger dans les pénibleries administratives.

Et alors qu’un nombre toujours croissant d’entrepreneurs s’enfonçaient doucement (sans gesticuler – ne jamais gesticuler) dans les sables mouvants de l’administration française, il fut discrètement décidé de mettre en place une procédure de secours, essentiellement composée de l’ancien site Infogreffe.

Avec le toupet qui caractérise les imbéciles, la direction de Bercy se félicite tout de même de cette magnifique catastrophe en notant qu’avant, 70 % des démarches se faisaient sur papier alors qu’elles ne sont plus que 5 à 10 % à présent, pendant que le nombre d’entreprises complètement engluées dans les nasses numérico-bureaucratiques de ce guichet unique se compte en dizaines de milliers.

Il n’est qu’à lire l’invraisemblable situation de certains artisans ou chefs d’entreprises qui ont eu la douloureuse obligation d’en passer par cette… hum… disons innovation pour comprendre que le relativisme décontracté au ministère de l’Économie n’est qu’une posture malaisée pour camoufler un désastre : certains, privés de papiers officiels par l’incurie des gouvernants et des administrations, doivent refuser des contrats, perdre du chiffre d’affaires voire mettre la clé sous la porte.

Et si la gestion des créations d’entreprises fonctionne à peu près (et Bercy s’en félicite bruyamment avec des petits gloussements rigolos), beaucoup ont du mal à déposer leurs comptes notamment si elles dépassent le délai de 30 jours après l’assemblée générale. Alors qu’il y avait jusqu’à présent une tolérance de la part des greffiers, l’application en a aucune et les dépôts sont retoqués, indépendamment même de la complexité des questions posées (on passe de trois questions jadis à 18 dans ce guichet unique et dont certaines imposent une connaissance juridique très pointue hors de portée de la plupart des patrons de petites et moyennes entreprises).

La situation passe l’ubuesque en vitesse supraluminique lorsqu’on comprend que, notamment, l’absence de KBis pour une entreprise signifie aussi l’impossibilité pour cette dernière de collecter puis de verser correctement la TVA lors de ses transactions. Les cessations d’entreprises tombent dans le même trou noir administratif : inextricablement, les départs en retraite de chefs d’entreprise se transforment en casse-tête de passation et les éventuels émoluments devant aller à l’État ne peuvent être calculés…

Autrement dit, avec cette souplesse et ce brio que seul peut se permettre un clown professionnel bardé de décennies d’expérience comique, en imposant ce guichet unique Bruno Le Maire et sa brochette de camarades de Bercy se sont tiré une balle dans le pied avec application : non seulement, ce couac mémorable va entraîner de nouveaux paquets dodus d’entreprises dans la faillite, mais va de plus grever les comptes publics de taxes non perçues au moment même où, toutes choses égales par ailleurs et tout guichet unique en panne, le niveau de faillites dans le pays s’envole.

Ce portail unique n’est qu’une nouvelle occurrence de ces plantages consternants et répétitifs de l’administration en matière d’informatisation.

À l’exception notable (et pour tout dire carrément louche) du prélèvement à la source dont la majeure partie du fardeau a été rejetée sans vergogne sur les entreprises et les particuliers, absolument toutes les autres expériences d’informatisation de l’administration française se sont terminées par des catastrophes mémorables pour les usagers et les contribuables.

Chorus, Louvois, paye des fonctionnaires, RSI, Parcoursup, j’en passe, l’administration française a ceci de spécifique qu’elle n’apprend jamais de ses erreurs : nimbée de cette certitude qu’elle a toujours raison et que ses plantages pourtant catastrophiques et répétés ne sont que le résultat d’une obstination idiote de la réalité à ne pas se plier à ses désirs, l’administration, ses responsables et les politiciens à la manœuvre remettent régulièrement le couvert pour nous offrir à chaque fois de nouveaux spectacles navrants d’échecs lamentables.

Or, si tout ceci n’est probablement pas essentiel à l’effondrement complet du pays auquel nous assistons actuellement, à n’en pas douter cela s’ajoute au désastre et impose de conclure que ce pays est foutu.

 

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  • Comment des incompétents en tout peuvent ils spécifier un logiciel ? Ou quand le France fait fuire ses compétences à force de les racketter.
    On n’est pas prêt de voir un créatif comme Bill Gates ou autre en France pour développer des logiciels simples et intuitifs.

  • Quand vous dites que les taxes ne vont pas rentrer, elles vont rentrer, mais juste un peu plus tard avec 10% de majoration.
    Car si vous ne pouvez pas payez l’impot car le site ne fonctionne pas, c’est de votre faute et vous serez pénalisés de 10% (au minimum), pour ne pas avoir su vous servir de ce nouveau logiciel. A la rigueur, si vous avez trop payé, on vous reconnaitra le « droit à l’erreur ».

  • Sans pouvoir le vérifier, il me semble évident qu’il nous faut beaucoup plus de fonctionnaires.

  • Nous avons plusieurs formalités qui ne sont pas validées, toutes pour la même raison : la ville n’est pas reconnue (dit autrement : LYON n’existe pas) . La maintenance nous a répondu au téléphone pour nous dire qu’ils ne répondaient que par email , délai un semaine (« et c’est pas la peine de nous relancer »). Bien, nous avons eu une réponse en 5 jours … qui ne règle rien. Toujours en attente, les sociétés ne peuvent être créées, le capital est bloqué à la caisse des dépôts. Si vous aussi vous rencontrez des difficultés n’hésitez pas à déposer un mémoire sur https://www.sosguichetunique.com/ sur le site du syndicat IFEC (experts-comptables) qui est régulièrement en contact avec le ministère.

  • Rassurons nous, lemaire est nul en économie, en gestion mais il connait bien le milieu bancaire et financier
    Bruno le rigolo nous a certifié que les banques européennes (et donc françaises) ne seront pas impactées par la crise bancaire liée à la faillite de la SVB….

  • Les commentaires sont fermés.

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