Twitter Files : le FBI a payé Twitter pour le traitement des requêtes

Le dernier épisode des Twitter Files montre que le FBI a versé des millions de dollars à Twitter pour couvrir les coûts de traitement des demandes de l’agence. Oups.

Partager sur:
Sauvegarder cet article
Aimer cet article 1
Photo de Alexander Shatov sur Unsplash

La liberté d’expression n’est pas gratuite!

Mais déductible à 66% des impôts

N’oubliez pas de faire un don !

Faire un don

Twitter Files : le FBI a payé Twitter pour le traitement des requêtes

Publié le 21 décembre 2022
- A +

Par

 

Le FBI a versé des millions de dollars à Twitter pour couvrir les coûts de traitement des demandes de l’agence. « Je suis heureux d’annoncer que nous avons collecté 3 415 323 dollars depuis octobre 2019 !« , a écrit quelqu’un de l’équipe Safety, Content, & Law Enforcement (SCALE) de Twitter dans un courriel datant de février 2021, selon des messages internes rapportés par le journaliste Michael Shellenberger aujourd’hui.

« En 2019, SCALE a institué un programme de remboursement pour notre réponse aux procédures légales du FBI« , explique l’e-mail. « Avant le début du programme, Twitter a choisi de ne pas collecter en vertu de ce droit statutaire de remboursement pour le temps passé à traiter les demandes du FBI. »

L’e-mail interne a été signalé comme faisant partie d’un projet en cours connu sous le nom de Twitter Files, dans lequel le nouveau PDG de Twitter, Elon Musk, a donné à un petit groupe de journalistes l’accès à une foule de communications et de documents internes à la condition que les histoires dérivées de ce matériel soient d’abord rapportées sur Twitter. Robby Soave de Reason a écrit sur les précédents épisodes des Twitter Files ici, ici, ici et ici.

 

Twitter a bloqué un article sur Hunter Biden

Le nouvel épisode de Shellenberger est centré sur la décision de Twitter de bloquer temporairement un article du New York Post sur Hunter Biden juste avant l’élection de 2020. Ce sujet a également fait l’objet du premier Twitter Files, de Matt Taibbi.

Le nouveau fil explique notamment comment les avertissements du FBI et du ministère de la Sécurité intérieure (DHS) de l’ère Trump concernant une éventuelle ingérence étrangère dans l’élection de 2020 ont incité les responsables de Twitter à faire preuve d’une prudence excessive lorsque l’article sur Hunter Biden a été publié.

« Compte tenu des risques GRAVES encourus ici et des leçons tirées de 2016, nous avons décidé d’inclure un avertissement et d’empêcher l’amplification de ce contenu », a écrit Yoel Roth, ancien responsable de la confiance et de la sécurité chez Twitter, dans une discussion interne sur Google Doc concernant l’article du Post.

Les courriels et les documents expliquant les délibérations de Twitter sont intéressants bien qu’ils ne soient pas vraiment des preuves irréfutables comme le prétendent de nombreuses personnes à droite. Dans l’ensemble, ils montrent une entreprise qui s’efforce de trouver un équilibre entre des préoccupations concurrentes, notamment la liberté d’expression, l’intégrité électorale, la sécurité nationale, la liberté de la presse, les relations publiques et les demandes des législateurs, parfois en acquiesçant aux demandes du gouvernement et parfois en les repoussant.

Les communications internes de Twitter ne donnent pas l’impression que l’entreprise a eu envie de faire basculer l’élection de 2020 ou de profiter à Joe Biden mais qu’elle est encore sous le choc des accusations d’avoir aidé les trolls russes pendant l’élection de 2016 et qu’elle fait face à une immense pression des forces gouvernementales pour que cela ne se reproduise pas. Twitter a finalement pris la mauvaise décision en supprimant l’histoire de l’ordinateur portable de Hunter Biden au motif qu’il pourrait provenir de documents piratés, mais c’était aussi une erreur compréhensible (et rapidement corrigée) compte tenu de l’ensemble des circonstances.

 

Le rôle des agents du FBI et du DHS dans les Twitter Files

S’il y a de vrais méchants dans cette affaire, ce sont les agents du FBI et du DHS qui ont fait preuve d’une vigilance excessive à l’égard de la propagande étrangère potentielle en 2020 et d’un zèle excessif pour contrer la désinformation liée aux élections. Mais étant donné tout ce qui s’est passé sur ce front en 2016 – les tentatives (relativement pathétiques) d’une campagne d’influence russe et les années d’hystérie qui ont suivi – il n’est pas terriblement surprenant que les autorités soient en état d’alerte. Et avertir les entreprises de médias sociaux d’être également vigilantes est en fait assez loin sur la liste des choses accablantes que font ces agences.

On a beaucoup insinué que ces agences étaient motivées par des raisons politiques. Mais tout cela s’est passé à une époque où le président Donald Trump était au pouvoir et où ses hommes dirigeaient le DHS et le FBI. Plutôt que des agences ayant l’intention de faire pencher l’élection de 2020 en faveur de Biden, leurs actions ressemblent à une paranoïa banale et à des tentatives de contrôle.

Cela nous ramène à l’argent que le FBI a donné à Twitter pour le « temps passé à traiter les demandes« . Dans le dernier épisode des Twitter Files, Matt Taibbi a fait état de certaines de ces demandes, dont beaucoup étaient liées à de potentielles désinformations électorales. Twitter a examiné les tweets et les comptes signalés, se conformant parfois au FBI et parfois non.

Comme l’a écrit mon collègue Robby Soave à propos du dernier fil de Taibbi :

« Ce n’est pas que ces informations étaient totalement insoupçonnées. Il était déjà tout à fait clair que les responsables gouvernementaux étaient en communication régulière avec les entreprises de médias sociaux et signalaient les contenus à modérer. Mais il est utile de voir l’ampleur de cette interaction ainsi que quelques exemples spécifiques. La mesure dans laquelle Big Tech et Big Government travaillent en tandem pour réprimer la dissidence, l’esprit de contradiction et même l’humour sont franchement inquiétants. »

On pourrait dire la même chose de la dernière livraison de Shellenberger, à l’exception peut-être du paiement du FBI.

Dans une section intitulée « Remboursement des coûts », les « Lignes directrices pour l’application de la loi » de Twitter énoncent :

« Twitter peut demander le remboursement des coûts associés aux informations produites dans le cadre d’une procédure judiciaire et dans la mesure permise par la loi (par exemple, en vertu de l‘article 2706 du titre 18 du Code des États-Unis) ».

Mais le fait que cela a permis de récolter des millions du FBI n’était pas, pour autant que je sache, connu jusqu’à présent.

Les derniers fichiers Twitter de M. Shellenberger ne contiennent pas plus d’informations que le seul courriel concernant le programme de remboursement, ce qui soulève beaucoup plus de questions que de réponses. L’e-mail donne l’impression que le remboursement était en place avant l’adhésion de Twitter, ce qui impliquerait que d’autres entreprises de médias sociaux en profitent. Mais quelles autres entreprises ? À hauteur de combien ? Pendant combien de temps ?

À l’heure actuelle, tout cela n’est toujours pas clair, tout comme le montant total que le FBI a dépensé pour payer les entreprises technologiques afin de traiter ses demandes légales. Ce qui semble assez clair, c’est que l’argent a été mal dépensé.

Le FBI n’a pas à payer des sociétés de médias sociaux pour examiner du contenu à la demande. Même s’il s’agit simplement d’indemniser les entreprises pour la main-d’œuvre supplémentaire nécessaire pour répondre aux besoins des agents fédéraux, cela revient à soudoyer les entreprises technologiques pour qu’elles se plient à leurs exigences et pourrait certainement influencer certaines de leurs décisions.

Les relations étroites entre les entreprises de médias sociaux et les forces de l’ordre étaient déjà assez suspectes sans que de l’argent ne change de mains. Cela ne fait qu’empirer les choses.

 

Traduction Contrepoints

Sur le web

Voir les commentaires (3)

Laisser un commentaire

Créer un compte Tous les commentaires (3)
  • la première fois qu’un article traduit de Raison est aussi bienveillant avec les progressistes.

  • Que les agences nationales américaines se servent des réseaux sociaux ou informatiques comme google pour leurs opérations n’est pas nouveau et totalement légal. Qu’elles payent pour ces services est totalement légal aussi.
    Même en France, les experts font payer pour une analyse lors des enquêtes de justice.
    Pour qu’un travail soit correctement effectuer, il doit être rémunéré à sa valeur. Dans un contexte concurrentiel. Si c’est gratuit, il y a de grandes chances que ce soit bâclé.

  • Il y a longtemps un thiller américain montrait qu une entreprise de tech ressemblant furieusement à Facebook ou Twitter avait été financée par la CIA . Finalement c est logique, et tellement incroyable : les gens exposent eux mêmes leur vie . Nous le faisons tous ici d ailleurs, quel pain béni pour les fouilleurs de poubelles !

  • Les commentaires sont fermés.

La liberté d’expression n’est pas gratuite!

Mais déductible à 66% des impôts

N’oubliez pas de faire un don !

Faire un don

Le forum économique mondial de Davos fait beaucoup parler de lui depuis quelques années. Il est souvent critiqué du fait de la volonté de son créateur Klaus Schwab de promouvoir un nouveau modèle économique et politique dit de « skateholder capitalism » (ou capitalisme de parties prenantes). Le fait que le forum parvienne à rassembler un grand nombre de personnalités éminentes génère beaucoup de discussion.

Si le forum de Davos suscite le débat chez certains, d’autres préfèrent se moquer de l’évènement. Elon Musk fait partie de la deux... Poursuivre la lecture

Mythologique roi d’Elis, petite cité située à l’est de la Grèce, Augias est surtout connu pour ses écuries nettoyées par Hercule lors du cinquième de ces douze travaux.

Si celles du fils d’Hélios sont devenues un modèle du genre, les écuries twitteresques ne nous donnent guère d’autre image, tant Jack Dorsey et Elon Musk semblent avoir remplacé Augias et Hercule pour nos contemporains.

Après les révélations sur la collusion avec l’État américain, les listes noires et les millions de dollars payés par le FBI au réseau à l’oiseau ... Poursuivre la lecture

Par  Jonathan Ayling.

Le spectre du terrorisme est présent partout en Occident (et bien au-delà) mais en raison de notre passé récent en Nouvelle-Zélande, cette menace joue sur notre esprit de manière unique.

Le 15 mars 2019, 51 fidèles musulmans ont été tués par un terroriste australien solitaire, inspiré en partie par les actions du Norvégien Anders Behring Breivik. Plus explicitement cependant, comme le note Foreign Policy, ce sont des idées françaises (notamment celles de Renaud Camus) qui ont inspiré à Brenton Tarrant cette... Poursuivre la lecture

Voir plus d'articles