Le conflit taïwanais est plus grave que le conflit ukrainien

Les ressources électroniques ne sont pas aussi facilement interchangeables, le moindre conflit avec Taïwan va mettre à l’arrêt des millions d’usines.

Partager sur:
Sauvegarder cet article
Aimer cet article 1
Taïwan By: Chris - CC BY 2.0

Promouvoir la liberté n’est pas gratuit

Mais cela peut aider à réduire vos impôts de 66%

Faites un don dès maintenant

Faire un don

Le conflit taïwanais est plus grave que le conflit ukrainien

Publié le 7 octobre 2022
- A +

Article disponible en podcast ici.

Avec le conflit ukrainien, le monde a les yeux rivés sur le gaz et le blé. Pourtant, le gaz russe peut être remplacé par n’importe quel autre gaz, que ce soit du gaz naturel norvégien ou qatari, ou même du gaz de schiste américain. Tous sont remplaçables, le problème est logistique, voire financier.

Pareil pour le blé, un grain de blé est le même qu’il vienne de France ou d’Ukraine. On peut aussi raisonner par calorie, dans ce cas la calorie alimentaire est la même qu’elle provienne du blé, du riz ou du maïs. Encore une fois, le problème reste logistique et financier.

L’électronique ne répond pas à une telle interchangeabilité. Nous allons voir les différentes problématiques sur les composants électroniques en cas de conflit à Taïwan.

 

Niveau 0 : aucun problème

Pour des composants très simples comme des diodes, des résistances, mais aussi les composants grand public tels les écrans, claviers ou souris. Il n’y aura que peu d’impact. Ces composants sont fabriqués dans le monde entier. De plus, ils sont tous interchangeables facilement en cas de pénurie.

Votre clavier peut se brancher sur tous les ordinateurs, de même que votre écran.

 

Niveau 1 : pénurie

Les composants plus évolués comme les ordinateurs, cartes-mères, cartes graphiques, SSD et autres sont majoritairement fabriqués par des entreprises taïwanaises. On peut citer Asus, Acer, MSI, Gigabyte ou Kingstom. De plus, elles travaillent aussi pour des entreprises américaines telles AMD, Nvidia, HP ou encore Dell.

En cas de conflit, ces composants vont manquer. Heureusement, un disque dur 1To Kingstom est remplaçable par un disque dur 1To de Western Digital de marque américaine. Un ordinateur Windows d’Acer est remplaçable par un ordinateur Windows de la marque chinoise Lenovo. On peut donc imaginer à terme une reprise du volume d’exportations de Taïwan par d’autres marques.

 

Niveau 2 : revoir les produits

Le problème se complexifie avec des composants plus petits comme les microprocesseurs embarqués. On peut citer les fabricants taïwanais comme MediaTek ou TSCM qui distribuent leurs propres produits ou fabriquent pour Apple, NXP ou Qualcomm.

Par exemple, si Airbus se base sur un microprocesseur MediaTek quelque part dans l’avion. En cas d’arrêt de la production à Taïwan, Airbus devra modifier ses cartes électroniques et ses programmes informatiques pour migrer vers un autre microprocesseur.

En cas de conflit, on ne peut pas changer un produit MediaTek pour un produit Texas Instrument. Il faut revoir le PCB et le code. Les usines du monde entier seront à l’arrêt, car il faut reconcevoir des milliers de produits pour se passer de la production taïwanaise.

 

Niveau 3 : impossibilité

Enfin, le problème devient insoluble lorsqu’une technologie de fabrication n’est disponible qu’à Taïwan. C’est le cas, par exemple, de la gravure à 5nm, disponible seulement par TSCM à Taïwan. Cette technologie équipe les derniers processeurs d’Apple M1.

En cas de conflit, il n’aura pas de concurrent proposant le même produit même en reprenant la conception.

Apple connaît sa trop grande dépendance vis-à-vis de Taïwan. À ce titre l’iPhone 14 est le premier iPhone assemblé en Inde. C’est le premier pas dans la stratégie d’entreprise de mieux répartir sa supply chain. Mais, puisqu’il reste encore des composants taïwanais dans l’iPhone, Apple sera à l’arrêt en cas de conflit.

 

Conclusion

L’électronique n’est pas une ressource vitale comme les autres.

À la différence du pétrole, du gaz ou des calories alimentaires que l’on peut se procurer partout sur Terre, elle repose sur Taïwan et sa région.

Or les ressources électroniques ne sont pas aussi facilement interchangeables, le moindre conflit avec Taïwan va mettre à l’arrêt des millions d’usines. Les contre-mesures ne seront efficaces qu’après plusieurs mois voire années.

Voir les commentaires (20)

Laisser un commentaire

Créer un compte Tous les commentaires (20)
  • Tentons d’ajouter une note un peu plus positive ici, sans présumer de quoi que ce soit. Si on prends le problème à l’envers, on peut dire aussi que personne n’anéantira Taïwan, parce que tout le monde a besoin de Taïwan et de ses produits, y compris la Chine. Je fais le parallèle ici avec la Suisse. Dans l’histoire récente, aucune puissance Européeene n’a tenté d’écraser ce petit pays assez faiblement armé. Oui, on va me répondre que tous les hommes majeurs sont par défaut membres de l’armée Suisse, et conservent un fusil à la maison. Certes, mais que valent ces braves gens face à des tanks et des bombes atomiques? Je pense que la question n’est pas là. Personne n’attaque la Suisse, parce que tout le monde a besoin de la Suisse, et de ses banques, et de leur secret bancaire. Taïwan survivra aussi tant qu’elle se montrera indispensable.

    • Exactement. Taïwan est l’exemple même du rôle commercial à adopter pour que les belligérants remettent les guerres à plus tard. La Chine acceptera de remettre son intégration à dans un siècle, comme la Russie aurait probablement accepté de remettre celle des régions pro-russes ukrainiennes si le pays s’était posé en intermédiaire commercial essentiel.

      -1
      • oui, avec le bémol suivant : l’intelligence des dirigeants. Pour l’Ukraine, entre Zélinski et Ursula von der Waffen, ce n’est pas le cas (corruption totale).

    • Ah ben, maintenant, c’est sûr que la Chine va réfléchir à deux fois avant d’annexer – sans referendum – Taïwan.

      -2
      • Les Chinois ne sont pas fous. Ils ne vont pas procéder maintenant, ils n’ont pas autant de porte-avions que les USA. Ils marquent le territoire en attendant.

    • Personne n’attaque la Suisse, parce que la localisation de la Suisse en Europe n’a pas d’intérêt stratégique militaire. Elle n’a pas de ressources intéressantes en matières premières et d’industries militairement ou stratégiquement intéressantes même si avec une forte valeur ajoutée. Des banques il y en a partout dans le monde avec des paradis fiscaux préservant le secret bancaire. La géographie suisse est difficile avec montagnes et vallées tjrs plus difficile à envahir et occuper à la différence des steppes ukrainiennes.
      De plus, tous les ouvrages d’art suisses (ponts, tunnels…etc) sont conçus pour être rapidement détruits par le Génie suisse en cas d’invasion compliquant la tache d’un envahisseur. L’armée suisse à un rôle essentiellement défensif. Donc, un envahisseur aura tout intérêt à contourner la Suisse et n’aura pas à craindre une attaque sur ses arrières.
      C’est surtout pour cela que la suisse n’a pas été envahie depuis longtemps.

  • L’auteur de l’article donne trop d’importance à Taiwan, personne n’est d’indispensable dans ce domaine de la technologie, ces informations douteuses sont propagés par les USA qui ont peur d’un rattachement de Taiwan avec la Chine communiste, ils perdraient d’office une base militaire importante dans la région qui est à quelques km de la Chine. En Europe, il y a des entreprises qui conçoivent le types de composants pourquoi ce silence médiatique sur une alternative locale

  • Cette pénurie a d’ailleurs exactement cet effet la sur le conflit Ukrainien : les russes, qui n’ont plus accès directement à ces composants, sont en grande difficulté pour fabriquer des équipements militaires complexes (tels que des chars). Les usines qui les fabriquent sont arrêtées depuis le début de l’été, une fois que les stocks ont été épuisés. Relancer la production nécessite de re-concevoir ces composants en prenant en compte les limitations des capacités de l’industrie locale ou de celles des partenaires qui commercent encore avec la Russie.
    C’est une des explications au fait que les russes ressortent des vieux chars non-modernisés pour les envoyer face aux ukrainiens.

    • Possible.
      L’autre explication est qu’ils n’avaient aucun besoin d’envoyer leur matériel de pointe pour faire les gains de territoires voulus. Le territoire gagné sur l’Ukraine ces derniers mois montre bien qu’il n’y avait pas besoin de matériel de pointe.
      Par contre, comme cela semble être plus difficile maintenant pour les russes. Comme par hasard, ils sont en train d’acheminer les chars plus modernes voire de pointe. Pénurie ou pas de composants!
      Poutine prépare cette guerre depuis 2014. Il serait étonnant que les russes n’aient pas un minimum sécurisé leurs approvisionnements, ne serait-ce qu’en faisant des stocks importants de ce qu’ils ne produisent pas eux-mêmes pour assurer les fabrications de matériel militaire.
      Sous-estimer son adversaire est souvent la première cause des défaites.

  • Si les processeurs de l’iPhone 14 sont fabriqués à Taïwan, délocaliser l’intégration de ces téléphones en Inde n’a rien avoir avec le risque de leur pénurie en cas d’attaque de cette île par la Chine. Cette délocalisation est organisée uniquement pour anticiper des sanctions potentielles par les USA envers la Chine. Si Taïwan est envahie, alors plus de micro processeur pour la planète. C’est tout simple. Donc le monde s’arrête net de fonctionner, y compris la Chine qui ne pourra plus rien exporter (bateaux à l’arrêt, économie des pays à l’arrêt,…). C’est actuellement la seule raison qui empêche le Chine d’envahir Taïwan. La délocalisation des usines de production des puces de micro processeurs en Europe et aux USA, à sonné le glas de l’indépendance de l’île : dès que ces nouvelles usines seront opérationnelles, les USA se laveront les mains de Taïwan. Tout juste si la Chine aura droit à un ambargo en car d’annexion.

  • M’enfin ! Qui allez-vous faire chialer avec votre pénurie d’Iphone ? Moi, ça fait des années que je m’en passe et je m’en porte très bien.

    • Vous avez raison, avoir un Iphone, c’est comme se payer une Rolex ( La frime pour les fauchés).
      Moi mon smartphone est chinois ( en 5G, 16G et 1To de mémoires, Android 12.0). La bête coûte 130€ port gratuit!

      • Le processeur n’est pas chinois. En fait tous les processeurs de smartphone sont fait à Taiwan. Mais pas ceux d’ordinateurs.

        • Du moment qu’il fait le job, peu importe l’origine du processeur et autres composants! Je constate simplement que le rapport prix/efficacité n’est pas en faveur de l’Iphone pour une grosse majorité des utilisateurs qui n’utilisent qu’un très faible % des fonctionnalités d’un outil qui affecte fortement leur pouvoir d’achat!

          • Le point fort de l’Iphone, c’est le marketing. Pas le processeur (de Taiwan, comme tous les autres modèles), pas les fonctionnalités (même design des puces). La différence, c’est le marketing. Comme Rolex, comme Louis Vuitton.
            Du moment que vous pouvez frimer avec, vous utilisez la principale fonctionnalité de l’Iphone. Une grosse majorité l’achète pour ça, et utilise cette fonctionnalité.

  • « Le conflit taïwanais est plus grave que le conflit ukrainien »
    Voilà qui va mettre du baume au coeur de nos amis ukrainiens !

    -1
  • « Un ordinateur Windows d’Acer est remplaçable par un ordinateur Windows de la marque chinoise Lenovo.  »

    Cherchez l’erreur 😉

  • Effectivement si ça devait se gater rapidement les chinois mettraitent la main sur le savoir faire et les outils les plus performant de la planéte dans le domaine vitale des microproceseurs. Grosse perte pour les USA et L’UE !

    • Taïwan est une ile, ça ne se passerait très certainement pas aussi bien que l’Ukraine, surtout que les US doivent surveiller de très près tous les préparatifs d’invasion (difficiles à camoufler), et interviendraient rapidement s’ils considèrent que l’enjeu est vital. Mais si effectivement ils ont programmé de se passer des productions taïwanaises,ça change tout!

  • Ah ces journalistes spécialisés… amateurs. TSMC le champion du monde monopolistique des super micro(nano) processeurs est en train de construire des usines de substitution au Japon (Taiwanais et Japonais s’entendent très bien) et aux USA, bons amis aussi.
    Et ils ont averti la Chine qu’ils feraient sauter leurs usines taïwanaises si la Chine envahit.
    L’Ukraine reste bien aujourd’hui l’enjeu majeur en raison du précédent que cela crée (y compris pour la Chine) et du risque d’extension du délire poutinien qui avait envisagé Varsovie. D’où le programme forcené de réarmement polonais.
    Si le caca poutinien est écrasé, la Chine se tiendra à carreau. Et Taïwan devrait rester tranquille, en attendant de se fabriquer sa bombe nucléaire…

  • Les commentaires sont fermés.

Promouvoir la liberté n’est pas gratuit

Mais cela peut aider à réduire vos impôts de 66%

Faites un don dès maintenant

Faire un don
couverture de Red Mirror  L'avenir s'écrit en Chine
1
Sauvegarder cet article

Lors de la parution française en avril 2021 de Red Mirror, essai assorti d'un reportage photographique original sur les rues chinoises, j'avais déjà souligné le sens profond de cet ouvrage d'un journaliste italien, Simone Pieranni, illustré par Gilles Sabrié, un photographe qui vit à Pékin.

Ces deux auteurs décrivent par le récit et par l'image la vie des gens ordinaires qui peuplent les mégalopoles chinoises. Ce sont les mêmes qui manifestent aujourd'hui en Chine contre le fol maintien d'un confinement assassin pour les malheureux hab... Poursuivre la lecture

Nous pensions ces dictateurs inébranlables. Ils gouvernent la Chine, l’Iran, la Russie et bien d’autres pays mais il semblerait bien qu'ils soient des géants aux pieds d’argile.

Leur règne peut durer très longtemps et peut être ébranlé par un évènement banal a priori banal mais pouvant conduire au chaos.

 

La Chine

Les différents dirigeants et particulièrement l’actuel Xi Jinping, ont proposé à la population chinoise un deal simple : lui garantir une meilleure qualité de vie en échange du pouvoir absolu.

Ce pr... Poursuivre la lecture

Le 1er décembre 1991 s’est tenu le référendum d’indépendance de l’Ukraine vis-à-vis de l’Union soviétique. Avec un taux de participation de 82 %, 92 % des votants ont approuvé la déclaration d’indépendance.

Ce référendum reste un évènement important compte tenu de la situation actuelle, d’autant plus que les résultats sont révélateurs des disparités entre les régions malgré une tendance à l’unité nationale.

 

L’ouest plus favorable à l’indépendance que l’est

Dans toutes les régions de l’Ukraine, la majorité a voté en... Poursuivre la lecture

Voir plus d'articles