Pourquoi diable l’avortement redevient-il un sujet chaud aux États-Unis ?

La remise sur le tapis du sujet de la légalité de l’avortement aux États-Unis impose une question : pourquoi maintenant ?

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Cour suprême américaine (Crédits Mark Fischer, licence Creative Commons)

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Pourquoi diable l’avortement redevient-il un sujet chaud aux États-Unis ?

Les points de vue exprimés dans les articles d’opinion sont strictement ceux de l'auteur et ne reflètent pas forcément ceux de la rédaction.
Publié le 11 mai 2022
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Le 2 mai dernier, Politico publiait en exclusivité un article traitant de la fuite d’un projet de jugement de la Cour suprême américaine relatif à la remise en cause d’un précédent jugement de cette même cour, Roe vs Wade.

Ce précédent arrêt avait posé les bases rendant légal l’avortement dans tous les États américains et limitant l’intervention de l’État dans la décision d’interruption de grossesse, considérée alors du domaine de la vie privée. Le projet actuellement en discussion et dont le contenu a fuité vers Politico renverrait à nouveau la responsabilité d’interdire ou autoriser l’avortement au niveau de chaque État et non plus au niveau fédéral.

Le sujet de la légalisation de l’avortement aux États-Unis est particulièrement clivant sur le plan politique et cette nouvelle information dans le paysage américain actuel ne pouvait qu’immédiatement enflammer le débat : il n’a donc pas fallu longtemps pour que les partisans de l’actuel statu quo déboulent devant la Cour suprême dans les heures suivant la publication. Les tensions sont suffisamment vives entre les pro-choice (pro-avortement) et les pro-life (anti-avortement) pour qu’on puisse redouter une montée rapide de la violence dans ces rassemblements.

Au-delà du débat de la légitimité à rendre ou conserver légale l’interruption de grossesse et qui occupe à présent une place importante dans la presse américaine, une question se pose immédiatement : pourquoi maintenant ?

Difficile en effet de ne pas noter le timing particulièrement diabolique de cette fuite qui intervient alors que les élections américaines de mi-mandat en novembre prochain annoncent jusqu’à présent une large victoire des Républicains. La question particulièrement clivante de l’avortement pourrait permettre aux Démocrates de faire oublier le bilan cataclysmique de l’actuelle administration et de son président actuel, Joe Biden, dont les gaffes répétées et les comportements de plus en plus erratiques fournissent des billes à ceux qui s’interrogent de plus en plus vocalement sur sa bonne santé mentale et son aptitude réelle à gouverner.

Difficile aussi de ne pas noter la concomitance de cette fuite forcément très médiatique avec l’actualité et la capacité de ce sujet d’en occulter d’autres, décidément très embarrassants tant pour les médias que pour l’administration américaine actuelle : la même semaine, on apprend en effet que Pfizer publie un nouveau paquet de documents (70 000 pages) sur les tests et le suivi plus ou moins rigoureux des patients lors de l’essai clinique de son vaccin contre le SARS-CoV2 ; toujours la même semaine, le régulateur américain a restreint les autorisations du vaccin Johnson & Johnson pour des effets secondaires (thromboses), nouvelle qui là encore est passée relativement inaperçue ; et encore dans la même semaine sort un documentaire détaillant la fraude électorale aux élections présidentielles américaines de 2020, dont la couverture par les médias traditionnels est de fait réduite à sa portion congrue.

Enfin et compte-tenu des tensions déjà existantes et des dérapages inévitables de certains groupes activistes, la question de l’avortement va vraisemblablement provoquer quelques petits mouvements « globalement pacifiques » (comme l’expliquait CNN pour les émeutes BLM lors de l’été 2020) pour achever le tableau et détourner complètement l’attention du public américain de la pandémie, de ses problèmes politiques internes et, dans une certaine mesure, du conflit russo-ukrainien.

Par ailleurs, l’arrivée inopinée de ce débat dans le paysage médiatique américain entraîne d’intéressants retournements de situation qu’il conviendra sans doute d’analyser plus tard.

Ainsi, en septembre dernier, les médias avaient fait leurs choux gras de Joe Rogan, animateur d’un célèbre podcast d’entretiens. Il avait expliqué avoir pris de l’ivermectine pour se débarrasser de son covid, en qualifiant le traitement de « vermifuge pour chevaux », passant ainsi pour un fou furieux prêt à toutes les extrémités au lieu d’accepter les traitements et la prévention du moment (la vaccination).

Il n’aura fallu que neuf mois et la potentialité d’un revirement dans le droit américain à l’avortement pour que ces mêmes médias s’empressent de trouver d’étonnantes vertus aux traitements équins, dont certains (pour les ulcères notamment) ont la particularité de pouvoir être utilisés comme produits abortifs en médecine humaine.

Certes, qu’on ne soit pas partisan de l’usage de produits vétérinaires pour les humains semble un argument raisonnable, mais on aura du mal à expliquer le revirement violent et parfaitement hypocrite de ces médias mainstream selon le sujet. Et cette hypocrisie de la nouvelle position médiatique n’a d’ailleurs pas échappé à de nombreux citoyens, qui pourront s’interroger sur les opinions et arguments présentés précédemment dans ces colonnes aux principes décidément si fluides ; après tout, s’ils sont si peu embarrassés de cohérence interne à ce propos, on est en droit de s’interroger sur toutes les autres propositions qu’ils soumettent régulièrement.

Plus généralement et au-delà même des médias, cette réouverture du débat sur l’avortement propulse sous le nez de tous l’incroyable difficulté de la loi à régenter l’un ou l’autre aspect de la vie intime des citoyens : il apparaît fort compliqué de réclamer d’un côté la souveraineté sur son propre corps et de tenir exactement la position inverse lorsqu’il s’agit de vaccins par exemple.

Dans un ensemble cacophonique stupéfiant, on retrouve ainsi les mêmes qui réclamaient bruyamment des obligations vaccinales (et donc l’abandon de la souveraineté sur son corps au prétexte qu’il fallait sauver des vies) réclamer à présent l’autorisation d’avorter (et donc la permission de détruire des vies en pointant l’inaliénabilité de sa souveraineté personnelle sur son corps). L’inverse diamétral est aussi vrai : beaucoup de ceux qui se sont levés contre l’obligation vaccinale se retrouvent dans le camp de ceux qui, justement, entendent clairement interdire l’avortement, avec la même cohérence globale.

Dans les deux cas, ceux qui font le plus de bruit attisent fort commodément les dissensions, et ce alors que jamais les tensions politiques n’ont été aussi fortes aux États-Unis en particulier et en Occident en général et alors que la géopolitique internationale n’a jamais été autant au bord d’un nouveau conflit mondial…


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  • « L’inverse diamétral est aussi vrai : beaucoup de ceux qui se sont levés contre l’obligation vaccinale se retrouvent dans le camp de ceux qui, justement, entendent clairement interdire l’avortement, avec la même cohérence globale. »

    Avec la petite nuance que les opposants à l’avortement disent en fait « pas ton corps, pas ton choix »… Parce que OK pour éliminer, modifier, etc. tel ou tel bout de notre corps (le « notre » étant facile contrôlable par l’identité du patrimoine génétique concerné et présent dans toutes les cellules) ici on parle clairement d’un corps, humain, vivant… et différent.

    Le débat est plus compliqué et devient centré sur ce qu’on peut faire des gens qu’on trouve chez soi sans les avoir invités, ou qu’on a invité et qu’on ne veut plus… OK pour l’avortement légal, mais ça doit forcément aller avec la « doctrine du château » ou autre trucs permettant de tuer qui on veut sans souci s’il se trouve sur notre propriété… Là encore, les pros l’un sont généralement contre l’autre et vice versa, remarquez…

  • Vos articles sont toujours une bouffée d’air frais tant vos analyses sont ciselées et lucides.
    C’est vraiment à se demander où la majorité des autres journalistes des trouvent leurs informations. Il faut être d’une stupidité sans borne ou avoir une religion collectiviste à vendre pour éviter à ce point toute irruption du réel.

  • Avatar
    jacques lemiere
    14 mai 2022 at 8 h 00 min

    le problème est que ce sont des sujets sérieux qui ne méritent pas d’être politisés…une fois qu’ils ont été totémisés..c’est quasiment foutu pour avoir une conversation constructive.
    le droit à l’avortement, je pense aussi à la peine de mort, est typiquement un sujet « démocratique »..on doit attendre des gens qu’ils se prononcent après réflexion et en accord avec leurs conviction intimes et non de façon partisane.. sinon tu risques un jour que le cas de conscience te revienne dans la gueule car quand tu es concerné… mais que as voté en fait contre tes convictions..  » moi c’est pas pareil »… double standard..

    mais ile st vrai que désormais on peut se marier devant un prêtre jurer sur ce qu’on a de sacré ..pour le meilleur et pour le pire et puis… un être humain vaut sa parole..

  • Bonjour H16,
    Petit HS, encore que
    J’ai bien noté que vous aviez soulevé le problème de la validité des élections US et de l’intérêt de lancer quelques contre feu afin d’éviter que la presse en fasse ses choux gras (fraude ou pas)
    Toutefois, en France, une petite musique commence à se faire entendre au sujet d’éventuelles fraudes concernant l’élection de E Macron (certaines communes auraient plus d’inscrits aux listes électorales que d’habitants, vote par correspondance des taulards, bug sur France 2 sur le nombre de voix de MLP, vidéo twiter de dépouillements avec des bulletins de votes comptabilisés mais…non pliés etc etc.)

    Quel crédit peut on y donner ?
    Bonne journée à vous

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