Le crédit social à la chinoise s’invite au cœur de l’Europe

La ville de Bologne lance le Portefeuille du citoyen vertueux. Des comportements définis comme vertueux correspondront à un score que les Bolonais pourront alors dépenser en lots actuellement en cours de définition.

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Le crédit social à la chinoise s’invite au cœur de l’Europe

Publié le 15 avril 2022
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En janvier 2022 j’attirais l’attention sur la posture pour le moins surprenante adoptée par quelques sénateurs français vis-à-vis des approches du gouvernement chinois durant la crise que nous avons traversée (traversons). Dans un rapport prospectif ils se montraient ostensiblement admiratifs du solutionnisme technologique chinois.

Dans ce même rapport, ils ne manquaient pas de vanter – sans ambages – tous les mérites des méthodes de l’empire du Milieu, sans omettre de valoriser certaines de ses approches les plus coercitives…

Si les rédacteurs de ce rapport se glorifiaient bien curieusement des réactions que leurs écrits ne manqueraient pas de susciter – et pour cause – par-delà l’intentionnalité avérée de la provocation que j’ai effectivement perçue à sa lecture, il n’en demeure pas moins que prendre la Chine comme référence en matière de contrôle social – en période de crise ou non –  a de quoi interroger. Si la provocation est une chose, n’est-il pas légitime de se questionner sur le but poursuivi par ce rapport bien étrange pourfendant, au gré de ses paragraphes, tout idéal démocratique avec une conception pour le moins déconcertante de l’importance du respect des libertés publiques, pierre angulaire de nos démocraties.

Dans ce même article, j’attirais par ailleurs l’attention sur le fait qu’en s’appuyant sur la société privée Sésame crédit, le système de crédit social instauré en Chine était désormais aux portes de la France : à l’instar de Sésame Crédit la technologie est prête, il n’y a plus qu’à. La société Thales, promoteur d’un digital wallet, ne manque d’ailleurs pas de souligner sur son site l’intérêt des pouvoirs publics pour sa solution miracle. Une solution technologique qui pourrait fort bien servir de marchepied aux pouvoirs publics pour, un jour, emboiter le pas à la Chine.

 

À se demander si, pas après pas, renoncement après renoncement, le capitalisme de la surveillance qui frappe sans discontinuer aux portes de l’Europe sera – si nous poursuivons dans cette dynamique folle – si éloigné du modèle de contrôle social à la chinoise ?

De la dystopie à la réalité : l’avénement du Citoyen vertueux à Bologne 

J’ai pleinement conscience que lorsque j’évoquais la mise en place à moyen terme d’un « portefeuille citoyen obligatoire » en approche en Europe et en France, avec toutes les « améliorations » possibles inhérentes (récompenses et sanctions), cela pouvait naturellement relever de l’outrance pour certains :

« Un citoyen vertueux récompensé versus un mauvais citoyen stigmatisé ou pénalisé, pas de ça chez nous ! Pas en démocratie, terre de la libre pensée, de la liberté de conscience et du libre arbitre (sous couvert du respect du droit !) »

Il ne m’est nullement agréable de citer Lénine : « les faits sont têtus ! » Malheureusement, tant pour moi-même que pour ceux qui pouvaient à juste titre douter de la clairvoyance de mon propos, le crédit social à la chinoise que j’annonçais va poser un premier pied dans nos démocraties européennes. Les premiers Européens à tenter l’expérience sont nos voisins et cousins italiens… La presse locale italienne commence à en parler. Le crédit social récompensant « le citoyen vertueux » va ainsi être prochainement introduit à Bologne avec le dénommé smart citizen wallet.

Naturellement ce sera dans un premier temps sur la base du volontariat, bien évidemment ce sera dans un premier temps à titre expérimental… Il est toutefois fait mention que le portefeuille proposé visera à donner un maximum d’avantages aux citoyens vertueux… Quand on se souvient que les restrictions à la chinoise ont été introduites en Europe à travers l’Italie, la Chine n’ayant eu cesse de faire pression sur l’un des pays européens les plus dramatiquement touchés, n’y a-t-il pas de quoi s’alarmer un peu plus ?

Comme le rapporte le journal Corriere de Bologna, la mise en place du Portefeuille du citoyen vertueux est prévue après l’été 2022. Massimo Bugani qui avait travaillé sur le projet avec l’administration Raggi explique que l’idée s’apparente au mécanisme d’une collecte de points de supermarché :

« Les citoyens seront reconnus s’ils trient les déchets, s’ils utilisent les transports en commun, s’ils gèrent bien l’énergie, s’ils ne prennent pas de sanctions de la part de l’autorité municipale, s’ils sont actifs avec la carte culture ».

Ces comportements définis comme vertueux correspondront à un score que les Bolonais pourront alors dépenser en lots, actuellement « en cours de définition. »

Ces faits sont tristes, ils sont là : le tri par des pouvoirs publics du bon et du mauvais citoyen, selon des critères qui leur sont propres, se concrétisent en Europe. Quant à définir ce qui relève de la vertu, voilà une entreprise ma foi bien audacieuse ! Faut-il comprendre que celui qui ne se pliera pas aux critères des idéologies dominantes, ou de ce qui sera considéré vertueux par quelques politiciens sera d’abord pénalisé par la privation d’avantages, avant d’être marginalisé ? Que deviendrons, dans un deuxième temps, ceux qui ne se conformeront pas, ceux qui persisteront à vouloir exercer leur droit inaliénable au libre arbitre ?

Comme le reconnaissent les porteurs du projet :  « la question de la vie privée et de la résistance que ce projet pourrait rencontrer chez les citoyens demeure », tout en s’empressant  de préciser : « Évidemment, personne ne sera obligé de participer », bien persuadés toutefois qu’au regard des avantages qui seront conférés aux « bons » citoyens, ces derniers seront nombreux à les rejoindre :  « Nous voulons qu’ils comprennent qu’ils ne sont pas des loosers mais que leur comportement est récompensé« .

Inutile d’être grand visionnaire pour anticiper la suite de l’expérience : de mon point de vue, il y aura dans un premier temps ceux qui participeront, une participation qui pourra être présentée – de façon extrêmement réductrice (cf. crise économique, pouvoir d’achat, lendemains incertains) – par ses initiateurs comme une première preuve de la volonté citoyenne de certains. Quant aux récalcitrants, ils pourront commencer à être montrés du doigt.

Observant la Chine, tout comme l’ensemble du monde, et sous la pression récurrente de la Chine l’Italie a souvent fait preuve de mimétisme dans sa gestion de la crise. Aujourd’hui c’est l’une de ses régions qui envisage d’aller plus avant encore… L’inimaginable d’hier, le crédit social chinois, deviendra ainsi réalité après l’été, en terre démocratique, selon des critères de comportements vertueux définis par quelques hommes. Ainsi des hommes politiques, par-delà le droit, et j’insiste sur ce point, et donc sur l’absolu arbitraire de ce qui est vertueux de ce qui ne l’est pas, s’arrogent sans complexe le pouvoir de définir pour la population ce qui relève de la vertu, cette « capacité à faire le bien, cette prédisposition pour de bonnes actions »…

S’agira-t-il alors à Bologne de se conformer à toutes les idéologies dominantes tant en matière d’écologie, d’économie, d’énergie, de culture, ou autres… faudra-t-il lire les bons ouvrages, être un ayatollah des éoliennes, un pourfendeur du nucléaire, un aficionado de l’écriture inclusive, etc. ? C’est à craindre, que dis-je, à redouter. S’il fallait ouvrir une boite de Pandore à même de mettre un terme à l’idéal démocratique et concomitamment fin au libre arbitre de chaque citoyen, ces apprentis sorciers – certainement pétris de bonnes intentions – sont en passe de l’ouvrir ! L’enfer étant bien entendu toujours pavé de bonnes intentions.

 

Après les récompenses viendront les pénalités !

Comme je l’évoquais, Bologne lancera cette expérimentation après l’été 2022…

Cette expérimentation sera de mon point de vue totalement biaisée par les difficultés financières de nombreux citoyens, qui y adhéreront pour des raisons financières. Cette folie se fera sur fond de crise économique mondiale annoncée, d’incertitudes et de crainte des lendemains.

Il est fort possible – envisageable – que de nombreux Bolonais ne verront dans cette initiative que les avantages et gains qui y seront associés, sans nécessairement mesurer la dangerosité du piège tendu.  Qui dit récompense est potentiellement à terme annonciateur de pénalités, tout comme cela se passe en Chine. L’avenir nous le dira.

Par-delà cette expérimentation qu’il conviendra d’observer avec une extrême attention, il m’apparaît dès lors utile de rappeler qu’au niveau européen, une solution permettant une expérimentation similaire à grande échelle est en projet…

Ce projet d’un « portefeuille européen d’identité numérique » est dirigé par la présidente de la Commission européenne Ursula Von der Leyen, une présidente qui, rappelons-le à toutes fins utiles, n’est nullement élue par les citoyens européens.

Ce projet vise à

… introduire un système d’identification numérique unique en Europe, grâce auquel les citoyens de l’Union européenne peuvent enregistrer numériquement différentes données et documents personnels par le biais d’une application utilisable dans n’importe quel État membre de l’UE.

Une fois ce dernier mis en place, – s’il l’est – l’instauration d’un crédit social à l’échelle européenne ne sera plus qu’à quelques encablures, pour –  dans le même esprit qu’à Bologne – récompenser les citoyens européens considérés par leurs pouvoirs respectifs en place comme étant vertueux.

Utopie ? On m’accordera désormais que l’initiative de Bologne que je porte à votre connaissance a le mérite de crédibiliser mon propos, que ce qui semblait parfaitement impensable et déraisonnable a désormais au cœur de l’Europe une date de péremption arrêtée !

Aristote – Le sacrifice de soi est la condition de la vertu.

Chatelain – D’où cet article ! Aristote. D’où cet article !

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  • Ca n’est pas l’Europe qui copie la Chine, c’est la Chine qui a formalisé un désir de récompenser le politiquement correct ou le socialement correct lequel était apparu partout dans le monde. Le « +1 » ici-même ou le « like » des réseaux sociaux, c’est du crédit social ! « A la chinoise » ou pas, c’est un aspect totalement accessoire, flatter la sinophobie ambiante n’est qu’un moyen de ne pas s’interroger sur soi-même.

    • C’est bien ça, d’abord, se regarder dans une glace … et agir …

    • C’est bien ça, d’abord, se regarder dans une glace … et agir …

    • Grosse différence avec le like des réseaux sociaux: les likes sont positifs ou négatifs en fonction des opinions de celui qui like et une même attitude peut avoir du positif ou du négatif, donc cela peut s’équilibrer; dans le crédit social le « like » est défini univoquement par une autorité, pas de balance

      • L’important n’est pas celui qui décerne le « like », mais le sentiment de celui qui le reçoit (ou pas), et qui paradoxalement aspire à cette récompense.

        -2
    • Vous m’embarrassez: si je vous mets +1 je suis complice d’une forme de crédit social?

    • @MichelO
      Bonjour,
      Le système de +1 -1 du site ne vous donne aucun crédit social. Il y a eu ici, des commentateurs avec des nombres très en-dessous de 0. (<-35). Ils n'ont eu aucune pénalité de la part du site du fait d'être si bas, ils n'ont eu aucun déficit social non plus. Les commentateurs avec un grand nombre n'ont rien gagné non plus. Ce système n'est rien d'autre qu'une façon de donner son avis concernant un commentaire, pas de le rétribuer ni de le punir. Ce n'est pas le cas avec le crédit social chinois, et ce ne serapas le cas avec celui que mijote l'Europe. Ce n'était pas le cas avec le Paß Sanitaire alors qu'il ne portait pas le nom de crédit sanitaire, car il créait, de facto, 2 catégories de citoyens. (Ce que les resultats des élections montrent aussi noir sur blanc avec la négation de près près 12 millions de citoyens). Nous sommes déjà dans un régime avec 2 catégories de citoyens, le portefeuille du citoyens vertueux". Les gouvernements à tendance "autoritaire" aiment les registres, les fichiers, les bases de données, ces derniers étant mis en place au préalable.

      • Le site ne donne ni récompense ni punition en fonction des notes. Néanmoins, je vous parie que la grande majorité des commentateurs se sent récompensé ou puni par ces notes, et, point essentiel, apprécie de l’être ou que les autres le soient. Sinon, pourquoi ce site ou les réseaux sociaux maintiendraient-ils le système ?
        C’est déplorable, mais c’est comme ça : il y a une aspiration à la notation. N’accusez pas les gouvernements (ou les réseaux sociaux) de répondre aux aspirations des peuples, même quand ces aspirations sont malsaines.

  • « La liberté à laquelle aspire l’homme moderne n’est pas celle de l’homme libre, mais celle de l’esclave un jour de fête. »
    Nicolás Gómez Dávila

  • Merci pour votre info .
    Malheureusement je pense que tout est en place et qu un jour ce passeport numérique sera opérationnel.
    Ce n’est pas faute d’essayer d’ avertir mes proches et mes amis je prêche dans le désert
    En pleine période d élection présidentielle pas un mot sur ce sujet quel désastre.
    Nous avons les dirigeants que nous méritons.
    Tiberle contra….

    • Continuons à prêcher dans le désert. Historiquement, les prêcheurs du désert ont tendance à faire du grabuge sur le long terme.

  • Avant que Bologne ne démarre son expérimentation, on va avoir droit au pass sanitaire européen : https://www.lesechos.fr/monde/europe/covid-le-certificat-sanitaire-europeen-verra-le-jour-en-juin-1302347
    Officiellement, on ne sait pas encore s’il sera obligatoire. Mais Clément Beaune, Young Leader promotion 2017 et secrétaire d’état aux affaires européennes a déclaré « Ce sera sans doute obligatoire pour circuler, c’est le vaccin qui n’est pas obligatoire ».
    Il est donc probable qu’il y ait dès cet été en Europe un pass sanitaire sans fondement sanitaire, mais obligatoire quand même. Autrement dit un accessoire parfait pour le crédit social.
    Le mois de mars aura été riche en progrès : entre le pass européen et le sommet mondial de Schwab au Moyen-Orient, ils accélèrent encore la progression vers le « nouvel ordre mondial » (qu’on appellait il y a encore peu de temps « le monde d’après »). Faut dire qu’avec toute l’attention braquée sur la guerre en Ukraine, c’est plus facile d’entuber les gens, y’a même plus besoin de leur faire peur avec des courbes du Covid.

    • Mea culpa !!!!!!!
      L’article des Echos date de l’an passé. Désolé de cette vilain confusion. En cette période de fake news et propagande, je suis navré d’avoir écrit des choses fausses. Il n’est pas possible de supprimer ses commentaires, alors je tenais à signaler mon erreur.

  • Les commentaires sont fermés.

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