Présidentielle : bloc protestataire et fracture générationnelle

Le premier tour de la présidentielle montre une fracture générationnelle et un puissant bloc protestataire.

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Political meeting of Jean-Luc Mélenchon in Toulouse on Wikimedia Commons - Creative Commons Attribution-Share Alike 4.0

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Présidentielle : bloc protestataire et fracture générationnelle

Publié le 14 avril 2022
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Vous avez aimé « j’ai très envie d’emmerder les non-vaccinés jusqu’au bout » ? Vous allez adorer « je l’ai dit de manière affectueuse ».

Pour son premier déplacement après le premier tour, le président-candidat s’est rendu dans le Nord et en particulier à Denain, à 10 km au sud-ouest de Valenciennes. Une terre qui a voté dimanche à près de 41 % pour la candidate du Rassemblement national et où ce que les observateurs appellent désormais le bloc protestataire, composé d’Éric Zemmour, Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon, représentait 75 % des voix.

Au niveau national, ce bloc représente désormais 52 % de l’électorat, soit 11 points de plus qu’en 2017 où ce bloc était réparti entre ce qui était encore le Front national et la France insoumise.

Cette proportion interroge sur l’avenir politique d’un pays où les populistes n’ont jamais été aussi puissants alors que notre démocratie n’a jamais été aussi verrouillée.

Des législatives verrouillées

Revenons en 2017. La Cinquième République reposant sur le fait majoritaire, la victoire écrasante d’Emmanuel Macron au second tour de l’élection présidentielle a naturellement démobilisé cet électorat à se rendre aux urnes durant les élections législatives de juin. De 41 %, le bloc protestataire est retombé à 24 % alors que le FN a présenté un candidat par circonscription et que LFI était présente dans 7 élections législatives sur 10.

Le résultat, nous le connaissons : le FN obtient 8 députés, soit sa plus forte présence dans la chambre basse depuis 1988 tandis que LFI obtient 17 sièges. Deux résultats incongrus lorsqu’on sait que le Front national a obtenu 13 % des voix au premier tour contre seulement 11 pour les mélenchonistes.

Mieux encore : si cette élection avait été faite à la proportionnelle, le FN aurait obtenu 70 à 80 élus et la France insoumise une soixantaine.

Si ce comptage peut paraître très théorique, prenons le cas des démocraties parlementaires voisines telles que l’Allemagne, l’Italie ou – soyons fous – la Suisse où un système alliant scrutin majoritaire et scrutin proportionnel permet une plus juste représentation des courants d’opposition.

Or, en France, où le parlementarisme est devenu un gros mot, il n’en est évident rien.

Comme en 2017, il y a donc fort à craindre que le verrouillage du système politique français n’entraîne aucune réponse à cette méfiance lors des élections législatives, mais bien qu’elle se reporte dans la rue, toujours avec la tentation pour l’Élysée d’acheter la paix sociale par des dépenses, et donc des impôts et de l’inflation. Le cercle vicieux n’est décidément pas près de s’arrêter.

Vers un quinquennat agité

Déjà dénoncée il y a 5 ans, cette fracture s’est manifestée par un des quinquennats les plus socialement compliqués de la Cinquième République. Pour cause, cette division politique aurait appelé à une gouvernance plus démocratique et respectueuse des corps intermédiaires. Il n’en fut rien. Le premier quinquennat Macron aura été tout au contraire l’aboutissement d’une présidence jacobine.

Une fracture générationnelle

Seulement, ces considérations politiques ne sont rien comparativement à ce qu’elles illustrent.

En effet, cette fracture politique révèle en réalité une fracture générationnelle qui innerve depuis déjà longtemps la société française tout entière.

Ainsi, si le bloc protestataire représentait dimanche les deux tiers du vote des 18-34 ans, il ne représentait plus que 30 % du vote des plus de 70 ans.

Cette fracture a pour point d’achoppement la question de l’âge de départ à la retraite.

Pour cause, les plus de 65 ans sont à la fois les plus hostiles à la retraite à 60 ans et les plus favorables au report de cet âge à 65 ans.

Or, comme souvent, le problème est pris par le mauvais bout. Le débat français, apeuré par la perspective de se séparer d’un modèle social dont l’attachement s’apparente davantage au syndrome de Stockholm qu’à autre chose, refuse catégoriquement de poser le débat de la capitalisation qui permettrait enfin de sortir la question des retraites de la lutte générationnelle dans laquelle elle est enfermée. La répartition gérée par des acteurs publics ou parapublics rend notre système de retraite, comme de nombreux autres sujets, sensible à la manipulation politicienne.

Il n’est ainsi guère étonnant qu’Emmanuel Macron ait proposé début avril l’indexation des pensions de retraite sur l’inflation dès cet été en plein contexte de flambée du prix de l’énergie.

De la spoliation légale

Cette élection présidentielle n’aura pas donné tort aux théories de Frédéric Bastiat. La démocratie n’est rien d’autre que la lutte d’intérêts catégoriels pour le contrôle de ce magnifique outil de spoliation légale qu’est l’État.

Ce constat que nous a offert l’auteur de La Loi il y a maintenant plus de 150 ans nous apparaît de plus en plus d’actualité à mesure que l’élection présidentielle est devenue la seule élection qui compte aujourd’hui, une élection où la vision politique a disparu au profit de comptes d’apothicaires destinés à s’attirer les faveurs de tel ou tel pan de l’électorat.

Emmanuel Macron, oppression et division

Plus qu’une facture politique, c’est donc bien cette fracture générationnelle qui sera un des enjeux du second mandat d’Emmanuel Macron.

La présidence de la République est une fonction d’incarnation et de célébration de l’unité du peuple français. Cette dimension est particulièrement présente lorsque le président en place se veut profondément républicain comme semble vouloir le montrer Emmanuel Macron dans sa campagne contre la « menace populiste » accusée de diviser les Français. En vérité, comme nous le montrons régulièrement sur Contrepoints, Emmanuel Macron n’est ni moins autoritaire ni moins clivant que les populistes qu’il prétend combattre.

Difficile donc de voir en Emmanuel Macron le sauveur de la République qu’il prétend être. Il l’oppresse et, s’il ne la clive pas sur des critères ethniques ou financiers, il le fait sur des critères générationnels, animé sans doute par le cynisme des études d’opinions montrant que les seniors sont encore et toujours la catégorie de l’électorat qui se mobilise le plus.

Le 24 avril, les Français auront assurément le choix entre deux formes de populisme.

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  • Ce « je l’ai dit de manière affectueuse » est pour moi du même niveau de saloperie (désolé pour le langage mais j’emploie le mot minimal pour exprimer mon sentiment) que le mari violent qui cogne sa femme en expliquant que c’est parce qu’il l’aime et que c’est pour son bien.
    Il faut un sérieux masochisme (et je souscris au syndrome de Stockholm évoqué par l’article) pour accepter de cautionner cela par son vote.

  • Ce « je l’ai dit de manière affectueuse » est pour moi du même niveau d’ignominie que le mari violent qui cogne sa femme en expliquant que c’est parce qu’il l’aime et que c’est pour son bien.
    Il faut un sérieux masochisme (et je souscris au syndrome de Stockholm évoqué par l’article) pour accepter de cautionner cela par son vote.

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