Le SMIC est une trappe à pauvreté

Augmenter le Smic, c’est pénaliser les travailleurs qui gagnent des bas salaires. En cause : la progressivité de l’impôt. Engager un nouveau travailleur coûte beaucoup au patron. Illustration chiffrée.

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Le SMIC est une trappe à pauvreté

Publié le 22 mars 2022
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Par Géraud Lebas1.

Où part le salaire des employés français ? La question, légitime, du salaire complet, refait surface en ce début d’année avec le prélèvement à la source.

Il est intéressant de se placer du point de vue de l’employeur. Celui qui, à la base, paie tout. Car distinguer, pour la forme, les cotisations dites patronales des cotisations dites salariales n’a aucun sens du point de vue de la trésorerie : leur source est la même. Voyons donc ce que reçoit (en net) un salarié en fonction de ses revenus bruts. Et voyons où part ce qui lui est pris.

Quand un salarié perçoit 1183 euros (SMIC) sur son compte courant, sur les 1654 euros que débourse son employeur :

  • 8 % partent en cotisations patronales
  • 20,5 % partent en cotisations salariales et CSG
  • 0 % partent en IR

 

Quand un salarié perçoit 10 000 euros sur son compte courant, sur les 27 011 euros que débourse son employeur :

  • 29,5 % partent en cotisations patronales
  • 14 % partent en cotisations salariales et CSG
  • 19 % partent en IR

 

Au SMIC, on perçoit 71,5 % de ce que débourse son employeur. À 10 000 euros, seulement 37 % de ce que l’entreprise paie pour nous.

La courbe rouge représente le ratio entre la hausse du coût pour l’employeur et la hausse dont bénéficie le salarié (hausses en pourcentage et hors impôt sur le revenu). Ainsi, au SMIC si le salaire augmente de 1 %, le coût pour l’employeur augmente de 1,6 %.

La progressivité de l’impôt pénalise les bas salaires et tue les hauts revenus

Autrement dit, quand un employeur fait l’effort d’investir 100 euros de plus dans un salarié, celui-ci n’en bénéficie qu’à hauteur de 40 %. Ainsi, le taux de prélèvement marginal est supérieur à 50 %.

Entre 1183 euros et 1900 euros, on voit le ratio diminuer pour rejoindre un coefficient de 1. Il s’agit de la réduction Fillon sur les cotisations patronales qui décroît et s’éteint à 1,6 SMIC brut.

Belle illustration de la trappe à bas salaire.

Le salaire médian se situant aux alentours de 1800 euros, la moitié des salariés français est donc soumise à un taux marginal de cotisations supérieur à 50 % sur le super brut. Y a-t-il un lien entre la fin de la réduction Fillon à 1800 euros et le niveau du salaire médian ?

La mise en place de la prime d’activité (jusqu’à 300 euros pour une personne célibataire à temps partiel) compense en partie le phénomène du taux de prélèvement marginal puisqu’elle s’applique jusqu’à 1,5 SMIC mais elle vient renforcer l’effet pervers de trappe à bas salaire.

En plus de la gestion du prélèvement à la source par les entreprises et de la connaissance du taux d’imposition, la prise en compte probable de la prime d’activité par les employeurs lors d’une concertation déséquilibre la négociation au profit de l’entreprise.

CICE et effet de seuil paupérisant

Dans la tranche 2000 euros – 3000 euros net, on voit un pic au niveau des 3000 euros. Le seuil réel est à 3804 euros brut (2,5 SMIC). Cela correspond à un seuil de cotisation patronale maladie qui passe de 7 % à 13 %. Plus précisément, il s’agit de la pérennisation du CICE. En effet, avant le 1er janvier 2019, le taux était de 13 % pour tout le monde, et à la suite de la transformation du CICE en baisse de charges pérennes, le taux passe à 7 % mais seulement pour les rémunérations inférieures à 2,5 SMIC. En augmentant son salarié d’un euro (de 3803 euros à 3804 euros brut), l’entreprise supporte 230 euros de hausse de cotisations.

Il faudra voir dans quelques temps si ce magnifique effet de seuil se matérialise par une belle marche dans la distribution des rémunérations.

L’État y gagne. Toujours

Hormis ce seuil et la réduction Fillon, une augmentation de 1 % du coût pour l’employeur se traduit par une hausse de 1 % du salaire net (toujours hors IR) du salarié.

Ce seuil de 3804 euros brut est aussi le niveau où le super net (donc cette fois-ci IR pris en compte) représente moins de 50 % de ce qu’a payé l’employeur. À partir de là, chaque nouvel euro négocié bénéficiera plus à l’État qu’à vous-même (taux de charge supérieur à 100 %)

La meilleure situation revient à bénéficier d’une augmentation entre 1800 euros et 3000 euros net hors IR. À ces niveaux-là, on bénéficie plein pot de l’augmentation, c’est-à-dire tranche où vous bénéficiez le plus de ce que l’employeur vous accorde en hausse.

Un système (trop ?) progressif

Le système de rémunération actuel favorise les bas salaires mais avec un seuil d’entrée haut (SMIC). On se retrouve avec un système favorisant les secteurs économiques à faible valeur ajoutée, mais avec en parallèle une forte pression sur les salariés pour rester compétitifs.

Le système est progressif dans son ensemble (sans prise en compte des 0,000 000 6 % les plus riches, soit nos 40 milliardaires français). On passe d’un taux super net de plus de 70 % pour le SMIC à 37 % pour les gros salaires. La prime d’activité, la CAF, l’IFI viennent probablement renforcer ce mécanisme.

De plus, à partir d’octobre 2019, la réduction Fillon va encore s’accroître. En effet, dans le meilleur des cas, en plus de la réduction actuelle l’employeur pourra déduire de ses cotisations 4,05 % d’un salaire brut au SMIC. Cela accentuera davantage la progressivité puisque le salaire brut d’un salarié frôlera les 100 % de ce que payera l’entreprise.

Augmenter le SMIC, la solution à tous nos problèmes ?

Tout cela démontre une nouvelle fois l’incroyable créativité de nos élus qui rendent complexe et opaque un mécanisme économique en théorie simple. L’imbrication des différents mécanismes (cotisations patronales, cotisations salariales, CSG, IR, réduction Fillon, CICE, prime d’activité) a rendu le système très instable où le moindre ajustement impacte tout un tas de paramètres. Vouloir augmenter unilatéralement le SMIC de 200 euros brut comme le réclame la France Insoumise ou de 150 euros net comme le comme le réclament certains Gilets jaunes, n’est peut-être pas la meilleure des solutions. Ils feraient bien de réfléchir aux conséquences de cette revendication qui comporterait des effets de bords sur notre économie, la gestion des entreprises et les finances publiques.

Les chiffres ont été obtenus grâce à Pôle Emploi. Ils sont bruts et ne tiennent pas compte de toutes les subtilités pouvant faire varier le taux des cotisations ou l’impôt sur le revenu.

Un article publié initialement le 23 février 2019 .

  1. De formation initiale en gestion, Géraud Lebas possède une décennie d’expériences en tant que comptable et acheteur. Attiré par l’énergie et l’industrie, il s’est depuis reconverti en électrotechnique dans le secteur aéronautique.

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  • Pour moins attirer vers « Le Bas », Relever et modifier la trappe pourrait être utile. Supprimer toutes les règles qui fond que « l’Economie » a intérêt a ce gigantesque nivellement, ( Toujours vers le caniveau, inutile de répéter).
    On ne définit qu’un tarif horaire minimum, et on Autorise la liberté du nombre d’heures de travail ! Plus de flexibilité dans les contrats pour les demandes faites par les salariés, Entre 33 et 39 heures , défiscalisés partiellement pour employeur et salariés, au delà de 39 etc
    Tout est a essayer,

    • « Tout est à essayer »
      Tout as déjà était essayé comme se plaisait à le dire Tonton, sauf la liberté. ( donc sans salaire minimum, avec salaire complet, sans progressivité de l’impôt )

  • Quarante ans de chômage massif au niveau des records, n’importe qu’elle connerie peut donner de meilleurs résultats pour tous !

    -1
    • Non.
      Le principe suivant lequel n’importe quelle connerie ne peut pas être pire a prévalu à chaque présidentielle et chaque législative depuis 40 ans. Il est grand temps de prendre conscience que la progressivité en elle-même est à la racine de tous nos maux, et que la proportionnalité doit redevenir la règle pour relancer le progrès. Deux incompétents ne doivent pas gagner plus à eux deux à mal faire la même tâche qu’un seul compétent qui la fait bien.

  • Avant de comparer, j’aimerai savoir EXACTEMENT et en détail où va tous ces prélèvements… Il est évident que les détournements sont légions.

    • D’accord avec vous pour ce souci de clarté.
      Le première chose à faire serait de distinguer clairement :
      – les prélèvements qui servent à la redistribution des revenus
      – les prélèvements qui servent à l’achat d’un service
      – les prélèvements qui servent acheter le fonctionnement de l’État
      Mais qui a intérêt à la clarté ?

  • Ce que j’aimerais connaître, c’est l’évolution du pourcentage de la population active travaillant au SMIC sur les quarante dernières années

  • Dans les années 80, Mitterrand desindexe les salaires de l’inflation sauf le SMIC. Mathématiquement, en période de crise, les salaires stagnent sauf le SMIC. Ainsi, de plus en plus de salariés se retrouvent payés au SMIC avec le mécontentement qui en découle.
    C’est l’effet socialo-communiste : tout le monde au même salaire comme en URSS. Naturellement, ces salariés, compte tenu des perspectives d’évolution sont hyper motivés dans leur travail… Et les talents s’expatrient.
    Tous au SMIC, merci Tonton !

  • Toute cette usine à gaz ruineuse n’a en fait qu’une seule cause: le gaspillage d’argent public. L’Etat ne sait plus comment financer ses dépenses, alors que du côté des recettes cela ne va pas mieux depuis que, avec l’introduction de l’euro, la France a perdu son industrie. Les perspectives énergétiques ne vont faire qu’empirer le problème.

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