N’ayons pas peur des réfugiés ukrainiens !

Au-delà du drame humain que représente l’invasion militaire russe en Ukraine, l’arrivée de réfugiés serait hautement bénéfique pour l’Europe, et en particulier pour la France.

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N’ayons pas peur des réfugiés ukrainiens !

Publié le 1 mars 2022
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Les réfugiés ukrainiens commencent à affluer en Pologne et en Roumanie, et certains se crispent déjà devant cette « recrudescence de l’immigration ».

Je suis excédé par les propos démagogiques de certains candidats à la présidentielle sur ce sujet.

Je vais donc leur répondre brutalement : au-delà du drame humain que représente l’invasion militaire russe en Ukraine, cette arrivée de réfugiés serait hautement bénéfique pour l’Europe, et en particulier pour la France.

Malheureusement, elle serait en même temps un cadeau pour la Russie et une catastrophe pour l’Ukraine.

Un rappel démographique et historique

Rappelons les principales données démographiques des pays concernés : en 2021, l’Union européenne comptait 446 millions d’habitants, sans la population de la Grande-Bretagne, suite au Brexit. À comparer aux 45 millions d’Ukrainiens et aux 146 millions de Russes.

Ces trois ensembles sont en déclin démographique, le savent et s’en soucient. La Russie pour des raisons géopolitiques, les autres pays de l’Union européenne, et notamment l’Allemagne ou encore l’Italie, du fait d’un vieillissement accéléré et d’un manque de main-d’œuvre qui devient aigu.

Rappelons qu’il existe déjà une immigration ukrainienne notable dans l’Union européenne. Selon le cabinet de recrutement Manpower dans un article du journal Le Monde :

On considère qu’il y a déjà 500 000 Ukrainiens qui travaillent en République tchèque en comptant ceux non déclarés, soit 10 % de la population active.

Il y en a vraisemblablement beaucoup d’autres en Pologne et en Roumanie.

Rappelons également que l’Ukraine occidentale a longtemps fait partie de l’empire austro-hongrois ou de la Pologne, et est donc plus proche culturellement de l’Europe que de la Russie. Ce qui enlève du poids à l’affirmation russe, « l’Ukraine est au cœur de notre histoire », totalement fausse pour une grande partie du pays.

Cela est renforcé par le fait qu’en 2018 une partie de l’Église orthodoxe ukrainienne est passée sous la juridiction du patriarcat de Constantinople aux dépens de celui de Moscou, en héritant de la branche qui a été pendant des siècles rattachée à Rome.

En 2019, plus de 60 % des Ukrainiens se déclarant orthodoxes affirmaient leur appartenance à l’Église orthodoxe d’Ukraine.

Ce tropisme européen de l’Ukraine occidentale a toutefois été entamé par le stalinisme qui a renvoyé de cette région les Germains, et surtout les Polonais, alors que les nazis avaient déjà exterminé la population juive.

Si on ajoute à cela les persécutions communistes visant les élites occidentalisées, on pourrait penser que cette partie occidentale de l’Ukraine s’est désoccidentalisée.

Mais ce n’est que partiel comme le montrent les résultats électoraux et la distribution linguistique : si les Ukrainiens ont massivement voté pour l’indépendance en 1991, et dans toutes les régions du pays, c’est à l’Ouest que le vote en faveur du Oui a été le plus marqué, tandis que la langue russe est, à l’inverse, plus présente à l’Est et notamment dans la région du Donbass, même si russophone ne veut pas dire russophile… le président Zelensky est d’ailleurs russophone.

La situation française

La campagne électorale pour l’élection présidentielle voit la question de l’immigration mêlée à celle de l’identité et de la sécurité. Il en résulte un rejet global (à mon avis excessif) de l’immigration en général.

Soyons franc et direct : ce rejet de l’immigration cible surtout les Africains et les musulmans, deux catégories qui se recoupent largement. On oublie qu’une partie importante de ces musulmans fuit justement les contraintes religieuses de leur pays, et que plusieurs millions de descendants de musulmans ne sont aujourd’hui plus croyants.

On oublie également l’avantage que nous avons par rapport aux autres pays européens de voir arriver des immigrés dont une grande partie parle et écrit le français.

C’est un cas unique en Europe : demandez à nos voisins d’Outre-Rhin si les Syriens et même les Italiens ou les Kosovars qu’ils ont reçu si largement parlaient allemand !

De toute façon, les Ukrainiens sont chrétiens et rien ne les distingue physiquement des autres Européens. Par contre, ils ne sont pas francophones.

En sens inverse, ces mêmes Français réclament des embauches dans leurs métiers respectifs : dans les EHPAD, pour prendre un exemple d’actualité, chez les enseignants, les juges ou encore les policiers.

Il faut ici rappeler que la population active française n’est que d’un peu plus de 30 millions de personnes (y compris les 3 millions de chômeurs dont beaucoup ne sont pas disponibles), ce qui est peu pour environ 68 millions d’habitants.

Le recours à l’immigration pour combler ce déficit de main-d’œuvre est donc tout à notre avantage et le manque de qualification d’une partie des migrants ne constitue pas nécessairement un obstacle si l’on pense par exemple aux métiers d’aide à la personnes ou aux nounous.

Aujourd’hui, le secteur des services aux particuliers et aux collectivités représente en effet le premier secteur qui recrute en France avec 38 % de l’ensemble des intentions d’embauche.

Reste à les accueillir efficacement et dignement et à les autoriser rapidement à travailler ce qui, en France, n’est souvent pas le cas.

Les premiers contacts comptent beaucoup. Or, avec ses lenteurs l’administration française est particulièrement démotivante, ce qui mène les populations concernées au travail au noir, aux trafics et au chapardage.

Ne retombons pas dans notre erreur de 2004 : lorsque que la Pologne est entrée dans l’Union européenne, certains pays dont la Grande-Bretagne, ont immédiatement accepté les immigrés polonais tandis que la France a fait jouer une période transitoire. Résultat, ils se sont dirigés vers la Grande-Bretagne où ils ont été très actifs. Le Brexit, qui était en partie dirigé contre eux, en a fait partir beaucoup et leur absence est maintenant regrettée.

Pour ce qui est de la situation ukrainienne d’aujourd’hui, la France semble vouloir prendre sa part dans l’accueil des réfugiés comme l’a affirmé le président de la République lors du sommet de l’UE à Bruxelles le 25 février dernier.

En 2021, plus de 2100 Ukrainiens ont demandé l’asile en France, une proportion modeste des 103 000 demandes reçues par l’Office français de protection des réfugiés et apatrides (Ofpra). Mais déjà, l’an dernier, certaines de ces demandes étaient fondées sur la situation sécuritaire dans le Donbass.

La France dispose d’ores et déjà de 110 000 places d’hébergement disponibles et de 200 000 places d’hébergement d’urgence. De plus, l’État pourrait également réquisitionner des bâtiments où des écoles pour héberger les réfugiés en cas de besoin.

Il reste qu’à mon sens, l’une des solutions pour accueillir ces nouveaux migrants et leur permettre d’accéder rapidement au marché de l’emploi, serait de prendre l’exemple de l’Allemagne et de faire appel au secteur associatif, notamment religieux, ainsi qu’aux entreprises.

Même si je ne suis pas certain que ces acteurs français aient le même esprit d’initiative et de dévouement que leurs homologues allemands, il faudrait essayer de les motiver par une campagne d’information et peut-être également par un appui financier.

On peut penser à une subvention dégressive accordée aux entreprises qui les embaucheraient immédiatement ou encore de leur donner accès au statut d’apprenti.

Dès lors une arrivée massive de réfugiés ukrainiens serait une bénédiction pour la France, opinion en partie partagée par le président de la commission des Affaires étrangères à l’Assemblée nationale, Jean-Louis Bourlanges.

La situation des autres pays européens

Dans les autres pays européens on manque de main-d’œuvre comme en France, et de façon bien plus aiguë. Le pays le plus demandeur de migrants est l’Allemagne, où la nouvelle coalition au gouvernement voudrait attirer chaque année 400 000 travailleurs qualifiés pour endiguer le papy-boom qui ne fait que commencer.

Conséquence, l’Allemagne vide l’Italie de sa population active, ou encore le Kosovo où médecins et infirmières disparaissent et où l’on enseigne même l’allemand médical dans les universités privées locales !

Dans une moindre mesure, tous les autres pays d’Europe sont touchés. Par exemple, avec 3,9 millions de résidents permanents, la Croatie compte 400 000 habitants de moins qu’en 2011.

Pour combler ce vide, l’Italie par exemple reçoit massivement des Roumains, dont la langue est voisine, lesquels, pour la même raison, vont aussi en Espagne, pays en voie de vieillissement et qui reçoit de nombreux sud-américains hispanophones.

Conséquence, la Roumanie se dépeuple et cherche des immigrés dans le monde entier et notamment en Ukraine.

Le pourcentage des Ukrainiens dans la population roumaine devrait augmenter rapidement. Déjà sont arrivés plusieurs milliers d’Ukrainiens, bien davantage sont attendus dans les prochaines semaines et le gouvernement roumain se dit prêt à accueillir 500 000 réfugiés.

Une arrivée massive d’Ukrainiens serait donc une bénédiction pour l’ensemble de l’Europe.

Une catastrophe pour l’Ukraine, une bénédiction pour la Russie

À l’inverse, ce départ massif d’Ukrainiens vers l’Ouest serait bien évidemment catastrophique pour l’Ukraine où la fécondité est déjà basse avec 1,55 enfant par femme, comme en Allemagne.

Elle verrait partir ses forces vives et, vraisemblablement, une partie de son élite éduquée qui ne supporterait pas un régime à la Poutine.

Une conséquence directe serait également de diminuer la capacité de résistance de l’Ukraine à une occupation russe.

La Russie ne pourrait donc que s’en réjouir, voire l’accentuer en générant des incidents particulièrement sanglants, abondamment relayés par sa propagande. Ce serait mauvais pour son image ? Au point où elle en est…

Ces réfugiés pourraient aussi servir d’arme contre l’Europe, comme cela a été le cas à l’automne dernier lorsque la Biélorussie du président Loukachenko a délibérément laissé s’amasser des milliers de migrants à ses frontières avec la Pologne et la Lituanie en réponse aux sanctions que lui imposait l’Union européenne.

En conclusion, la vague de réfugiés ukrainiens que va connaître l’Europe sera bénéfique pour les pays d’accueil, et notamment pour la France si elle se donne les moyens de les accueillir et de leur permettre d’accéder au marché de l’emploi.

Il serait donc stupide et contre-productif de s’inquiéter à ce sujet, d’autant que cela donnerait des armes à la Russie, comme cela en a donné à la Turquie, qui a reçu 3 milliards de dollars, et bientôt 3 autres, pour arrêter de pousser les réfugiés syriens à passer en Europe.

Sur le web

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  • Tout cela est vrai mais les collectivistes, qui contrairement à ce qu’ils laissent croire ont parfaitement compris les mécanismes du marché, savent que la concurrence est déflationniste y compris sur le niveau des salaires dans le domaine du marché du travail.
    C’est pour cette raison que socialisme, monopoles, souverainisme et à terme nationalisme, sont si souvent associés dans le domaine des idées, et finalement nécessairement concomitants dans celui des actes.

  • Avatar
    jacques lemiere
    1 mars 2022 at 7 h 50 min

    Désolé mais le raisonnement est bizarre..

    d’abord refuge et immigration sont deux choses différentes..

    et le choix de la politique migratoire appartient aux nationaux…

    ce n’est pas l’économie qui « décide » le marché du travail ou l’equilibre des régimes de retraites…

    ce n’est pas parce que l’immigration est bonne pour l’économie globalement que les gens vont ou doivent l’accepter..

    Il serait odieux et antidémocratique d’imposer à un pays de xenophobes des immigrés…

    et le choix de la politique migratoire me semble appartenir légitimement aux citoyens…

    mais on doit rappeler la réalité…

    l’économie libre favorise la prospérité GLOBALE.. aussi simple que cela , donc libre échange, et migration de travail sont favorables..à la prospérité globale…

  • A part Zemmour (qui va probablement le regretter au vu des sondages), tous les candidats se sont prononce pour l accueil d ukraniens. Donc article sans trop d objet.

    Apres il est important de leur permettre de s integrer rapidement et donc comme le dit l article de pouvoir travailler (quitte a les former par ex en leur apprenant le francais)
    Pour le reste, il y a une difference notable entre un ukrainien fuyant poutine et un algerien venant en france profiter du systeme

    • Il est vrai que le sentiment s’est beaucoup amélioré depuis qu’il y a des images concrètes de ce qui se passe. Cela me rappelle 1976 et la bonne volonté générale envers les réfugiés vietnamiens. Il y a quand même des obsédés anti immigration, quelle qu’elle soit, qui m’ont envoyé des messages agressifs pour cet article

  • Où voyez vous que les français ont peur des ukrainiens ?

  • Merci de mentionner l’exemple de mon petit pays, la République tchèque que l’on ignore souvent dans les médias, heureusement hormis le site de Contrepoints. En effet, les Ukrainiens viennent pour travailler et non pour profiter. Nous les aimons bien et notre économie ne pourrait pas fonctionner sans eux (30% de PIB fait l’industrie !) e il y en a de plus en plus dans le secteur de la santé. Pour les travailleurs, il s’agît le plus fréquemment des hommes seuls, modestes et discret, qui font aller-retour vers leurs familles et actuellement les familles viennent et nos portes sont ouvertes. Par ailleurs, en ce qui concerne l’accueil des immigrés, on n’a pas des leçons de la part de l’UE à recevoir, il y a une communauté énorme vietnamienne aussi travailleuse pour ne parler que des deux plus grandes. Et avec « tout ça »(donc j’évalue 13-15% de la population d’origine étrangère) la Tchéquie n’a que 3% de chômage.

  • On ferait mieux de s’occuper d’automatiser ou numériser les tâches simples de l’administration publique… Ca nous ferait gagner du temps 🙂

  • Pourquoi aurait-on peur des réfugiés ukrainiens ? D’abord, si vous regardez les images, vous voyez que ce sont des femmes et des enfants et si vous avez suivi l’actualité, vous savez que les hommes de 18 à 60 ans doivent rester combattre. Ce que ne font pas les réfugiés d’autres pays, dont, à l’inverse, on découvre les colonnes de jeunes hommes tentant d’arriver en Europe.
    Ensuite ils sont chrétiens, aucun risque de tentative de faire modifier les us et coutumes de leur pays d’adoption et d’y rendre reine une religion différente.
    Enfin et surtout, il s’agit réellement de réfugiés de guerre, lorsqu’elle celle-ci sera terminée, la grande majorité d’entre eux retournera au pays, surtout que leurs jeunes hommes y seront. Et c’est normal. Comment peut-on souhaiter vider un pays des bras et des compétences dont il aura besoin pour se reconstruire ? Comble d’égoïsme.
    Donc un article totalement malvenu, mais c’est normal, M. Montenay saisit chaque occasion de promouvoir sa vision angélique des réfugiés, et avec les Ukrainiens c’est du pain bénit. C’est le cas de le dire… et c’est ce qui fait la différence avec les réfugiés qu’il défend d’ordinaire.

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