Présidentielle 2022 : appel de la Gamelle et inconséquences

Que révèle les récents ralliements à Macron de certains socialistes et LR ?

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Emmanuel Macron By: Jacques Paquier - CC BY 2.0

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Présidentielle 2022 : appel de la Gamelle et inconséquences

Publié le 12 février 2022
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C’est fou : la sphère politicienne macroniste est en passe de s’étendre de la socialie la plus solférinienne à la droite LR la plus sarkozyste ; de François Rebsamen et Claude Bartolone à Éric Woerth !

Pour les deux premiers, respectivement ministre du Travail et président de l’Assemblée nationale à l’époque du quinquennat Hollande, le ralliement n’est pas encore totalement officiel. Mais pour Woerth, c’est fait : l’ancien ministre de Chirac et Sarkozy et actuel député LR a annoncé avant-hier qu’il allait se mettre en congé des Républicains et soutenir Emmanuel Macron contre Valérie Pécresse.

Vous vous doutez bien que ce petit revirement de dernière minute à tout juste huit semaines de l’élection n’a pas été décidé sur un coup de tête. « C’est le fruit d’une longue réflexion », a confié le nouveau compagnon de route des Marcheurs au quotidien Le Parisien.

Reconnaissons qu’il a bien caché son jeu. Pendant cinq ans à la tête de la Commission des Finances de l’Assemblée nationale, on l’a plutôt entendu dénoncer les « abandons » en forme de « panique à bord » d’un président « flou sur tout » et la dérive préoccupante des finances publiques orchestrée par son gouvernement. Mais voilà, depuis, il a regardé les sondages, non, pardon, il a réfléchi et il a changé d’avis :

Je pense qu’il (Macron) est le mieux à même de défendre l’intérêt de la France et des Français.

Il n’a pas dépensé plus que les autres présidents. Contrairement à ce que j’ai pu lire, il n’a pas cramé la caisse.

Des ralliements pour Macron venant des socialistes et des LR

Que dire ?

Les proches d’Emmanuel Macron ont une formule pour cela : c’est la « puissance de la gamelle ». Accordons-leur qu’ils savent de quoi ils parlent.

En 2017 déjà, Emmanuel Macron n’avait pas lésiné sur la distribution très « en même temps » de postes et d’investitures pour répondre aux nombreuses demandes d’asile politique qui lui sont parvenues de la gauche dans la foulée de la victoire du socialiste frondeur Benoît Hamon lors de la primaire de gauche, puis de la droite quand l’affaire des emplois fictifs de son épouse a plongé le candidat des Républicains François Fillon dans la tourmente.

Inutile de dire qu’à l’époque, avoir proclamé auparavant qu’il n’était qu’une « bulle de savon » (Bayrou) ou qu’il « n’assume rien mais promet tout » (Philippe) – et j’en passe – n’était nullement un motif de rejet. L’important n’était pas d’être en alignement programmatique sincère pour réformer la France mais en alignement d’intérêts pour accéder au pouvoir.

On dirait aujourd’hui que l’histoire se répète. Du côté gauche, il semble clair que la candidature de Taubira et la primaire citoyenne ne sont en rien parvenus à rassembler un camp profondément divisé et en perte de vitesse. D’où des ralliements réalisés ou attendus qui permettent de redonner un avenir à l’ancien personnel politique d’un PS actuellement en mort cérébrale.

Des ralliements dont, de son côté, Emmanuel Macron a impérativement besoin pour contrebalancer les ouvertures à droite destinées à affaiblir au maximum la candidate LR Valérie Pécresse. L’idée, c’est toujours de se retrouver face à Marine Le Pen au second tour, c’est toujours de faire barrage à la droite et l’extrême droite, mais si possible sans s’aliéner les électeurs de gauche, ceux de Jean-Luc Mélenchon notamment, qui voient dans Emmanuel Macron un représentant de plus de la droite néolibérale la plus décomplexée.

Pure stratégie électorale que tout cela. La France attendra. Mais n’accablons pas totalement Emmanuel Macron ; le PS et LR ont une immense part de responsabilité dans cette situation délétère.

Le parti socialiste aurait pu réaliser son Bad Godesberg, autrement dit sa rupture franche avec le marxisme par adoption de la social-démocratie comme l’a fait le SPD allemand en 1959, au lieu de laisser à Emmanuel Macron toute latitude, et tout succès, pour le faire. Quant aux Républicains, confrontés à l’étatisme grandissant de l’extrême droite et à la social-démocratie d’une partie de plus en plus importante de la gauche, ils auraient pu abandonner la part dirigiste de l’héritage gaulliste pour proposer un programme affirmé de démocratie libérale.

Rien de tout ceci ne s’est produit et la confusion idéologique domine.

À droite, il n’est d’ailleurs que de lire les réactions qui ont suivi la défection d’Éric Woerth pour comprendre que ce parti, un peu à l’image de sa candidate d’ailleurs, ne sait plus où il en est. Pour le député LR du Vaucluse Julien Aubert par exemple, les options économiques du nouveau marcheur, options qu’il ne partage pas, sont « néolibérales et orthodoxes », d’où son tropisme macronien.

On ne pourra certes pas accuser Julien Aubert de libéralisme exacerbé, bien au contraire. Du reste, Éric Woerth lui-même est des plus modérés en ce domaine. Ne préconisait-il pas la création d’un livret C comme coronavirus sur le modèle du livret A afin d’orienter les excédents d’épargne des Français vers l’investissement ? Histoire de renforcer encore un peu plus le rôle discrétionnaire que l’État détient dans le financement de l’économie grâce à la Banque publique d’investissement (BPI), j’imagine.

Et puis combien de fois faudra-t-il dire qu’Emmanuel Macron n’est pas le moins du monde libéral ? Qu’il est au contraire le représentant parfait d’un État social-démocrate envahissant et dirigiste, à la fois providence et stratège ? Qu’il ne considère le capitalisme que dans la mesure où celui-ci accepte d’en passer par ses plans (de relance, de développement, de transition énergétique, de transformation sociale, etc.) et continue de financer sans broncher ce dirigisme même ?

L’arrogance de LREM

Mais le plus navrant, le plus profondément minable dans cette histoire d’appel de la gamelle, ne serait-ce pas finalement de constater à quel point l’entourage d’Emmanuel Macron n’a aucun scrupule à glisser aux journalistes cette formulation éminemment péjorative, éminemment méprisante, à propos des personnalités politiques que LREM parvient à débaucher à son propre profit ?

Gérald Darmanin nous a donné cette semaine un excellent aperçu du complexe de supériorité qui déborde perpétuellement des cercles macronistes. Le ministre de l’Intérieur est tellement certain de la haute qualité des décisions du gouvernement, tellement certain de savoir mieux que les Français eux-mêmes ce qui est bon pour eux, tellement certain de savoir exactement ce qu’ils pensent et ce qu’ils veulent qu’il n’imagine même pas qu’un seul Français puisse se déclarer insatisfait du président de la République.

Il en est tellement convaincu que lorsqu’on lui met sous les yeux les résultats mitigés ou carrément mauvais de son ministère en matière de lutte contre les atteintes aux personnes, il s’emporte et, révélant sa médiocrité intrinsèque, devient méchant, insultant et méprisant, renvoyant l’interlocuteur à un supposé parti pris d’extrême droite et l’accusant d’agressivité – ainsi que la journaliste Apolline de Malherbe a pu en faire l’intéressante expérience récemment.

Rien que de très courant, il faut le souligner, surtout quand les hommes de gouvernement se sentent fondés à tout diriger à leur gré sous le couvert du haut patronage du bien commun et finissent systématiquement par prendre les autres pour leurs obligés.

« Le pouvoir tend à corrompre et le pouvoir absolu corrompt absolument » 

L’avertissement lancé en 1887 par Lord Acton reste d’une actualité frappante à travers ces petits épisodes ordinaires, trop ordinaires, de la vie politique. Et il vient nous rappeler opportunément que la maturité politique consisterait non pas à s’en remettre pieds et poings liés à un « sauveur », peu importe son credo, mais à œuvrer à la limitation du pouvoir exécutif par des contre-pouvoirs alertes et vraiment indépendants.

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  • Il faut avoir l’estomac bien accroché pour manger dans cette gamelle. On a déjà la nausée rien qu’à la regarder.
    La stratégie de ceux qui rejoignent Macron est simple : attendre le dernier moment pour voir d’où vient le vent. Si les sondages de Pécresse avaient été plus favorables, ils auraient pris une part active à sa campagne.
    C’est à croire que pour réussir en politique, il faut avoir une dose de cynisme que le commun des mortels de possède pas.
    En ce qui concerne le mépris et l’arrogance de ce pouvoir, il arrive encore à nous surprendre.
    La sortie de Clément Beaune sur le « convoi de la honte » monte encore d’un cran la barre du mépris que ce pouvoir éprouve à l’égard des Français.
    Ce pouvoir est indécrottable et n’apprend absolument rien de ses erreurs, encore faudrait il qu’il en reconnaisse quelques unes !
    Les prochaines semaines risquent de nous réserver encore pas mal de surprises, pas forcément ragoutantes.

  • Les anciens traitres sont usés, il faut en trouver de nouveaux.
    Éric Woerth remplacera Bruno le Maire et ainsi de suite.
    Le plus désolant c’est peut être Sarkozy, il a eu sa chance, l’a grillé, les électeurs de droite lui ont fait comprendre à la primaire de 2017 qu’ils n’en voulaient plus et depuis quelques temps il essaye encore d’exister en se fabriquant un rôle de sage/faiseur de roi/éminence grise ou je sais pas quoi…

  • Recherche contrepouvoirs alertes et indépendants désespérément. A défaut des 2 qualificatifs me contenterai d’intelligent. Quoique peut-être encore plus compliqué.

    • Certes mais le passage le plus important me semble être l’appel (désespéré ?) de notre chère Nathalie « à la limitation du pouvoir exécutif ».

  • Dans le même ordre d’idée, on apprend que le Modem va venir au secours des parrainages des multiples formations « d’extrême droite » [qui puent] … afin de mieux soutenir la fragmentation de l’opposition (pardon la démocratie !).

    Je me demande comment j’ai pu un jour imaginer que j’étais « centriste » ? (Mais ça c’était avant Macron).

    • Même si c’est par pur cynisme, il fait oeuvre utile. Personne ne pourrait comprendre que Le Pen et Zemmour, qui ensemble font plus de 30 % du corps électoral, n’aient pas leurs 500 signatures.
      Accessoirement, ça permet de faire l’économie d’une refonte de nos institutions, nécessaire si ce mauvais scénario se concrétisait.

      • En tant qu’arbitre de la gauche et la droite ou superviseur d’un autre parti centriste opportuniste, il ferait oeuvre utile. Mais en tant que Raminagrobis à gage défendant son accès privilégié à la gamelle, c’est plus douteux.

  • Bah ! Tout ceci est dans la logique des choses. Dans « Bloc contre bloc », Jérôme Ste-Marie l’avait parfaitement analysé : la Macronie a reussi à faire l’alliance des bourgeoisies de droite et de gauche, c’est le bloc élitaire. Que tous les représentants de la droite molle et de la gauche molle fasse désormais route ensemble n’est pas une surprise. De ce point de vue, les candidatures de Hidalgo ou de Pécresse sont devenues surnuméraires. En outre, ces deux-là n’ont rien pour elles : c’est laborieux, tant dans le fond que sur la forme. Et bien trop parisiano-centré.

  • C’est sans conséquences, ça fait belle lurette que tous ces gens mangent dans la même auge(lu ça dans un post). Ce n’est qu’une question de survie pour un politique, son niveau de vie l’exige !
    On a bien compris, j’espère, que tous ces gens n’ont aucune âme, vendue au diable sans doute, pour quelques deniers, et ce quelques soit leurs « idéaux » affichés, juste du marketing.

  • Il est amusant qu’on critique souvent macron comme un personne ayant un projet..

    macron est le résultat normal de notre système politique combiné à un carriérisme TOTAL…
    un dictateur ne plie pas face à ‘l’opinion..macron est prêt à n’importe quel reniement n’importe quel revirement..
    il n’a qu’un projet c’est le pouvoir..
    il peut rallier à lui tous ceux dont pour qui le pouvoir est soit le but mais aussi un outil circonstanciel… ça fait du monde..il n’a aucun problème idéologique..aucun problème avec la cohérence..aucun problème avec la vérité..

  • Elle avait raison Agatha Christie « un peuple de mouton fini par engendrer un gouvernement de loups »

    • macron un loup????non un peuple de moutons élit un mouton..

      mais justement pas de mal à ça.. le mot ici et élit..

      macron loup ou mouton je m’en fous..

      les limites du pouvoir démocratiques..

      je n’attend spas le sauveur libéral, j’attends que les moutons réalise que merde on devrait peut être garantir des libertés..

  • Le dernier paragraphe correspond exactement à ce que pense et ressens. La précédente élection présidentielle était déjà bien décevante à cause de tous les coups bas mais je pense que celle-ci est un cran au-dessus, encore pire.

  • Gamelle est un trop joli mot.
    Utilisez mangeoire, digne de ces animaux qui prétendent nous gouverner.

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