Ukraine : l’Europe prise en tenailles entre la Russie et les États-Unis

Les pays européens s'effacent face aux objectifs de puissance de la Russie et des Etats-Unis. L'Union européenne joue les seconds rôles.
Partager sur:
Sauvegarder cet article
Aimer cet article 0
Ukraine conflict Biden, Putin trade warnings during their 50-minute telephonic conversation wion youtube https://www.youtube.com/watch?v=vP7r2uGoYL4

Promouvoir la liberté n’est pas gratuit

Mais cela peut aider à réduire vos impôts de 66%

Faites un don dès maintenant

Faire un don

Ukraine : l’Europe prise en tenailles entre la Russie et les États-Unis

Les points de vue exprimés dans les articles d’opinion sont strictement ceux de l'auteur et ne reflètent pas forcément ceux de la rédaction.
Publié le 11 janvier 2022
- A +

Depuis plusieurs mois, une escalade militaire se dessine à la frontière ukrainienne, des déclarations inquiétantes sont formulées côté russe, des avertissements solennels sont donnés côté occidental. Des officiels et des medias rappellent que le risque de guerre entre l’Ukraine et la Russie n’a jamais été aussi élevé. Mais la guerre à l’Est aura-t-elle lieu ? Rien n’est moins sûr…. Faisons un tour de la question pour comprendre les enjeux et ressorts de cette situation problématique.

La montée des tensions à la frontière ukrainienne, l’impression d’une marche à la guerre

La concentration militaire russe a en fait eu lieu une première fois en avril 2021 et elle avait été suivie d’une relative désescalade les mois suivants. À nouveau, une concentration de forces russes avait été signalée à partir de septembre 2021 sans cette fois-ci être suivie d’une quelconque réduction. C’est ainsi que certains officiels ukrainiens faisaient état de 170 000 soldats russes de l’autre côté de la frontière.

Au même moment, la présence militaire occidentale dans la région a été affirmée avec force par la navigation en mer Noire à proximité du territoire ukrainien de navires de guerre américains. L’affirmation militaire du côté ukrainien s’est faite avec la dotation des forces armées ukrainiennes en missiles Javelin et en drones Bayraktar.

Des incidents réels ou fictifs avaient lieu à l’automne 2021, dénotant une situation explosive. L’armée ukrainienne eut recours à un drone Bayraktar afin de détruire une pièce d’artillerie des forces prorusses dans le Donbass, ce que la Russie dénonça comme une atteinte aux accords de Minsk. Les Biélorusses firent état de la traversée de la frontière par un hélicoptère ukrainien et les Russes affirmèrent qu’un navire ukrainien était entré dans les eaux territoriales russes, faits démentis par les autorités ukrainiennes.

L’incertitude sur la guerre, une stratégie de la tension

Une guerre semble hautement improbable car elle entraînerait pour la Russie des sanctions lourdes  dans le domaine économique et des pertes importantes au sein de ses forces armées. D’une part, les États-Unis comme l’Union européenne ont à de multiples reprises indiqué qu’ils mettraient en œuvre des sanctions inédites en cas d’attaque russe contre l’Ukraine, d’autre part l’armée ukrainienne n’a cessé de s’améliorer et en formation et en équipement, ce qui lui permettrait d’infliger de lourdes pertes à l’armée russe.

Et pourtant l’option du conflit armé reste sur la table, la guerre est toujours possible. Cette situation  peut s’expliquer par le fait que l’Ukraine est un enjeu essentiel pour le maintien de la puissance et du régime russes. Vladimir Poutine a pour ambition de restaurer la puissance russe sur l’ex-espace soviétique ce qui interdit que l’Ukraine puisse faire partie de l’espace euratlantique sous protection américaine. Si l’Ukraine intégrait l’UE voire l’OTAN, cela signerait l’échec du projet de la Russie puissance eurasiatique.

En fait, il faut s’interroger sur quel type de guerre on peut avoir affaire. La guerre hybride est la plus probable puisque ce type de conflit a déjà eu lieu en 2014 et pourrait se répéter dans un proche avenir. La guerre hybride présente l’avantage de permettre aux parties en conflit d’avoir recours à tout moment à toutes les dimensions d’un affrontement ce qui permet d’enchaîner escalade et désescalade, attaques et trêves rapidement.

Le conflit limité peut être envisagé si il y a volonté d’obtenir un gain précis en évitant de trop lourdes sanctions. En ce cas, il est probable que la Russie attaquerait la côte ukrainienne de la mer d’Azov afin de s’emparer des ports importants de Marioupol et de Berdiansk, d’agrandir le territoire des républiques marionnettes du Donbass et de mettre en place une connexion terrestre entre celles-ci et la Crimée sous contrôle direct russe. La Russie pourrait être prête à payer un prix élevé mais supportable lié à des sanctions ciblées pour une attaque limitée si celle-ci lui assurait la déstabilisation durable de l’Ukraine.

Le conflit général ne peut avoir lieu qu’en cas de défense d’intérêts vitaux et à la condition d’accepter des mesures de rétorsion considérables de l’adversaire. La Russie pourrait attaquer sur trois fronts en menant des opérations amphibies depuis le sud et des offensives terrestres depuis le nord et l’est pour s’emparer de villes comme Kharkiv à l’est ou Odessa au sud ce qui lui permettrait de mettre en place un État fantoche de Novorossiya concurrent direct d’un État ukrainien considérablement amoindri et affaibli.

Ce conflit de grande ampleur aurait pour résultats à la fois l’affirmation régionale de la Russie sur le long terme et l’affaiblissement économique  de la Russie à court et moyen terme.

La volonté de la Russie d’établir un équilibre stratégique avec les USA, le vrai enjeu du chantage à la guerre

Les buts russes poursuivis dans le cadre de la crise ukrainienne ont en fait été dévoilés par le ministère des Affaires étrangères russe le 10 décembre 2021. À l’occasion de la crise avec l’Ukraine, la Russie souhaite en fait affirmer une sphère d’influence russe qui s’étende à l’espace ex-soviétique (à l’exception des pays baltes déjà membres de l’OTAN et de l’UE) et en particulier à l’Ukraine. Cette intention russe explique la menace de guerre contre l’Ukraine car celle-ci a fait le choix d’abord européen et ensuite atlantiste depuis 2014, ce qui contrecarre les desseins russes.

Or la Russie a pour objectif central l’arrêt de l’expansion de l’OTAN, elle ne veut pas avoir de pays membres sur ses flancs ouest et sud. Cette situation signifierait son isolement stratégique sur son espace proche. Afin de faire face à ce défi, la Russie de Poutine a déjà réussi à  satelliser le Belarus de Loukashenko au cours du second semestre 2021 et compte empêcher à tout prix une intégration euratlantique de l’Ukraine de Zelenski.

De plus, la Russie profite de la tension avec l’Occident autour de la question ukrainienne afin de réaliser l’approfondissement de l’alliance russo-chinoise. C’est ainsi que les pourparlers du 15 décembre 2021 entre les présidents russe et chinois Vladimir Poutine et Xi Jinping ont abouti à un soutien chinois de la Russie face à l’OTAN et aux USA sur la question ukrainienne et à un soutien russe de la Chine face à l’AUKUS et aux USA sur la question taïwanaise.

Enfin, la Russie veut conclure un accord contraignant de limitation de certains armements avec les USA. La question de la présence des missiles américains en Europe de l’Est est centrale pour la Russie car elle est vue comme une menace  directe contre elle. Lors d’une réunion élargie du collège du ministère de la Défense à Moscou le 21 décembre 2021 Vladimir Poutine a ainsi indiqué sa crainte que les États-Unis positionnent des armes hypersoniques sur le territoire ukrainien capables de toucher la Russie en quelques minutes.

La crise ukrainienne attisée par les USA et subie par l’Europe ?

De leur côté, les USA peuvent avoir intérêt à mettre en scène une menace russe contre le territoire ukrainien à la fois pour des raisons extérieures mais aussi intérieures.

Cela leur permet de regrouper le camp occidental derrière la position américaine de sanctions dures. Un incident né de la tension à la frontière qui entraînerait une confrontation russo-ukrainienne pourrait aboutir à la fois à la suspension du gazoduc Nord Stream 2 de la part de l’Allemagne, à un redéploiement des forces des pays de l’OTAN vers les pays est-européens aux marges de la Russie et enfin à un renforcement de l’assistance militaire occidentale à l’allié ukrainien.

Après le retrait précipité des USA d’Afghanistan à l’été 2021, une position ferme américaine face à la Russie permettrait aux USA de regagner l’autorité perdue dans le camp occidental, le respect de leurs potentiels rivaux et elle aurait l’avantage politique de redonner une image de fermeté du président Joe Biden auprès des électeurs américains à l’approche des élections de mi mandat.

Pour ce qui est des principales puissances européennes intéressées par la crise ukrainienne et toutes des alliées officiels des USA, on constate des attitudes à la fois favorables au régime ukrainien et différentes dans leurs modalités de soutien. La France et l’Allemagne ont menacé de sanctions économiques la Russie en cas d’attaque contre l’Ukraine. Les autorités allemandes ont prévenu en décembre 2021 qu’elles étaient prêtes à mettre fin au gazoduc Nord Stream 2 ce qui priverait la Russie d’une source d’argent importante.

La France et l’Allemagne ont aussi appelé la Russie à reprendre des négociations dans le cadre du Format Normandie dont elles-mêmes et l’Ukraine font partie. Le refus russe à l’appel franco-allemand à inscrire la négociation sur la question ukrainienne dans un cadre strictement européen montre la faiblesse de la France, l’Allemagne et l’Union européenne comme acteurs stratégiques incapables d’imposer un rapport de forces sur le continent européen.

En réalité la Russie a voulu instaurer un double cadre américano-russe et Otan-Russie pour les négociations sur l’Europe de l’Est et en particulier sur l’Ukraine, ce qu’elle a obtenu en décembre 2021.

Le Royaume-Uni a adopté la position de fidèle second des Etats-Unis dans le cas de la crise ukrainienne. C’est ainsi que les autorités britanniques ont alerté d’une possible invasion russe de l’Ukraine et de leur capacité à projeter des forces spéciales dans la région dès la mi novembre 2021.

Le Royaume-Uni s’est ainsi inscrit dans la stratégie américaine vis-à-vis de l’acteur russe sur la question ukrainienne. L’alignement britannique sur la position américaine ne permet cependant  pas au Royaume-Uni de peser comme un acteur autonome dans la crise ukrainienne.

La crise ukrainienne et le rapport de forces sur le continent européen

L’Ukraine souhaite sans doute obtenir une rapide intégration aux structures euratlantiques, ce qui contrarierait les desseins russes et pourrait entraîner une attaque russe. Le paradoxe ukrainien se résume dans le constat que l’Ukraine ne considère sa sécurité garantie qu’avec son entrée dans l’OTAN mais que l’éventuelle réalisation de cet objectif entraînerait une imminente invasion russe.

En réalité, la crise ukrainienne est au cœur du grand jeu russo-américain. Avec la pression sur l’Ukraine, la Russie teste la détermination occidentale à soutenir le régime ukrainien et veut réinstaurer un équilibre stratégique avec les USA. Avec le soutien à l’Ukraine, les États-Unis veulent à la fois maintenir leur domination sur le continent européen et marginaliser le rival russe sur l’espace est-européen.

Les principales puissances européennes sont plus ou moins alignées sur les positions américaines, ce qui en fait des acteurs secondaires dans la crise ukrainienne. L’Union européenne joue les seconds rôles dans cette crise.

 

Voir les commentaires (2)

Laisser un commentaire

Créer un compte Tous les commentaires (2)
  • Grâce à l’ Otan, les militaires américains et en particuliers les hauts gradés peuvent gagner beaucoup d’ argent quand ils sont basés en Europe….Alors bien sur que l’ Otan va continuer à empoisonner les relations entre l’ Europe de l’ouest et la Russie.

  • Non seulement l’Europe joue les seconds rôles, mais aussi le dindon de la farce en ayant tout à perdre en s’alignant sur les USA qui sont en pleine décadence et qui n’ont plus rien à voir avec les USA de Reagan.

  • Les commentaires sont fermés.

Promouvoir la liberté n’est pas gratuit

Mais cela peut aider à réduire vos impôts de 66%

Faites un don dès maintenant

Faire un don

Un mensonge d’État et une collusion d’intérêts financiers et politiques ont réussi à persuader une grande partie de l’opinion publique que le développement des sources intermittentes d’électricité éolienne et solaire photovoltaïque était indispensable pour faire face efficacement au réchauffement climatique.

Or, c’est faux mais chacun le répète à qui mieux mieux, faute de compréhension du sujet.

Mensonges ?

Il s’agit là d’une imposture entretenue soigneusement depuis des années par les promoteurs de l’éolien et du voltaïque, ain... Poursuivre la lecture

Le monstre de l’inflation est sorti de son placard dans les pays occidentaux. Et pas sûr qu’il y retourne gentiment.

La dérive des prix a atteint 7 % l’an dernier aux États-Unis, du jamais vu depuis… 39 ans. En zone euro, elle est passé en douze mois de presque zéro à 5 %, un niveau atteint pour la dernière fois il y a trente ans sur le continent. La France est en retrait, à 2,8 %, mais sans doute plus pour longtemps.

Cette flambée est essentiellement la conséquence des restrictions imposées suites au covid. Les confinements, fe... Poursuivre la lecture

Combien de temps va encore durer cette crise sanitaire subie par la population française ? Cela ne dépend que du gouvernement, et donc du président lui-même. Car il faut être parfaitement lucide : c’est le gouvernement qui est responsable de la crise sanitaire, et pas le virus Sars-CoV-2.

Depuis le début, cette crise a été plus politique que médicale, ce qui est confirmé par la politique sanitaire d’autres pays. L’Autriche semble revenir sur son plan de vaccination obligatoire, Israël abandonne la quatrième dose de vaccin, et la Suède ... Poursuivre la lecture

Voir plus d'articles