Élections au Chili : victoire des hors parti

Le premier tour de l’élection présidentielle a vu la qualification de deux candidats hors parti. Pour la première fois depuis 30 ans, les deux partis qui dominent la vie politique chilienne ne sont pas au second tour.

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José Antonio Kast y medidas anticorrupción 21 09 2021 by Mediabanco Agencia (Creative Commons CC BY 2.0) https://www.flickr.com/photos/mediabanco/51501055373/

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Élections au Chili : victoire des hors parti

Publié le 27 novembre 2021
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Par Bernard Garcia Larrain.
Un article de Conflits.

Le premier tour de l’élection présidentielle a vu la qualification de deux candidats hors parti. Pour la première fois depuis 30 ans, les deux partis qui dominent la vie politique chilienne ne sont pas au second tour. Après deux années de troubles sociaux, c’est le candidat de droite qui est arrivé en tête.

Dimanche dernier, les Chiliens ont voté pour le premier tour des élections présidentielles. Un rendez-vous déterminant dans le contexte de la crise politique et institutionnelle qui a abouti à la décision de rédiger une nouvelle Constitution, processus initié il y a quelques mois et qui devrait se terminer par un référendum l’année prochaine.

Deux nouveaux candidats

Les deux candidats gagnants au premier tout et qui seront donc présents pour le second tour, le 19 décembre, sont José Antonio Kast, qui a obtenu 28 % des voix, et Gabriel Boric (26 % des voix).

Le premier est un avocat de 55 ans, père de famille, qui a consacré la plupart de sa carrière à la vie politique. Il a été longtemps député de la coalition de droite qu’il a quittée il y a quatre ans pour former son propre parti (le Parti républicain) et se présenter à l’élection de 2017 où il a obtenu 8 % des voix.

Gabriel Boric est un jeune député de 35 ans, ancien dirigeant d’une fédération très active lors de grandes manifestations étudiantes de 2011. Ce mouvement est né pour se distinguer des partis de la gauche traditionnelle qui avaient négocié la transition démocratique avec les militaires à la fin des années 1980 et avaient gouverné pendant la période 1990-2010.

Certains des leaders de ce mouvement de jeunes ont formé une coalition de partis politiques pour se présenter aux élections. Un certain nombre d’entre eux sont aujourd’hui parlementaires, maires, conseillers municipaux, etc.

Ces deux candidats sont à l’exact opposé de l’échiquier politique. De fait, les deux candidats des coalitions ayant gouverné le pays pendant trente ans, Yasna Provoste (ancienne ministre de Michelle Bachelet) et Sebastian Sichel (ancien ministre de Sebastian Pinera), n’ont obtenu que la cinquième et la quatrième place lors de ce premier tour.

Au bout de trente ans de gouvernement du centre droit et du centre gauche, ces partis n’ont peut-être pas su se renouveler. Il y a aussi eu des scandales politico-financiers qui ont touché la classe politique et contribué au ras-le-bol généralisé.

Les candidats aujourd’hui présents au deuxième tour ont sans doute mieux capté les tendances de la société chilienne contemporaine qui a énormément changé durant les dernières années.

Dans un tel contexte, les candidats Kast et Boric ont cherché à prendre du recul par rapport aux partis traditionnels.

Monsieur Kast est revenu vers les valeurs de la droite la plus traditionnelle du Chili, pour se distinguer des partis de centre droit, jugés trop libéraux en matière de sujets de société et trop permissifs en matière d’immigration et de sécurité. Cela concerne notamment la violence commise par des groupes terroristes dans la région de l’Araucanie et d’autres violentes manifestations de ces dernières années (attentats contre les transports publics, des églises, des bâtiments publics, des commerces, etc.).

Il a fait campagne en mettant l’accent sur l’ordre, la sécurité, la prospérité et la liberté. Il considère que le développement économique et social du Chili a été en grande partie redevable aux grands accords entre les coalitions politiques en faveur d’une économie de marché.

Il se présente comme la seule alternative face au populisme et à la violence.

Pour sa part, Monsieur Boric fait le diagnostic inverse en mettant l’accent sur les problèmes sociaux provoqués par le développement économique et réclame une intervention beaucoup plus forte de l’État dans l’économie.

En termes politiques, il considère que la gauche n’est pas allée assez loin durant les années de la transition démocratique et il a soutenu activement les manifestations de 2019. De fait, M. Boric est allié avec le Parti communiste chilien. S’il est élu, il gouvernera avec lui pour changer radicalement le modèle de société.

Deux visions différentes de la société

Il faut préciser que ce résultat était attendu, les sondages ayant annoncé que M. Kast allait gagner suivi de près par M. Boric.

Même si cela avait été annoncé par certains sondages, la grande surprise est la troisième place pour Franco Parisi, candidat indépendant de droite libérale résidant  aux États-Unis et qui a fait toute sa campagne à distance ! Ses électeurs seront un facteur clé pour élire le prochain président.

Ce sera un deuxième tour sans doute très serré et intéressant, mais pour lequel le candidat de la droite est favori. En effet, quand on s’intéresse à l’histoire récente du pays (1990-2020), le candidat qui gagne le premier tour est élu au deuxième tour sans exception.

Par alleurs, la tendance actuelle montre que la population cherche un rétablissement de la paix sociale après deux années très instables politiquement parlant, dures pour l’économie et pour les familles les plus vulnérables. Il faut ajouter que la crise du covid a bien évidemment compliqué la situation générale du pays. Certains analystes respectés ont déjà prévu la victoire de José Antonio Kast, même si, compte tenu de la situation « très liquide » de la politique du pays, tout peut arriver.

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  • hors sujet; je ne me suis pas intéressé à cela..néanmoins je peux dire que ce qui est arrivé à mes oreilles est la victoire de l’extreme droite..

    ..certes mais illustration par un exemple de l’effet du filtre médiatique…

    • N’oublions pas que pour les médias français, un parti considéré comme centre ou centre-droit dans n’importe quel pays, est considéré comme de droite dure. Et un parti de droite classique, c’est de l’extrême-droite pour l’immense majorité des journalistes français.

  • espérons qu’en France ce soit similaire !

  • Les commentaires sont fermés.

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