Inflation : le piège se referme sur la BCE… et sur la France

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La BCE n’est pas le remède contre l’inflation et l’instabilité financière. Il est a minima urgent de lier les mains des banques centrales et de revenir à des politiques de règles.

Par Elie Blanc.

La grande catastrophe annoncée est-elle sur le point d’arriver ? Voilà des années maintenant que de nombreux économistes nous avertissent du danger de la politique de Quantitative Easing (création monétaire importante par le rachat massif de dettes souveraines) menée par la BCE depuis mars 2009 (et qui, rappelons-le, devait initialement s’arrêter en septembre 2009).

Aujourd’hui, il se pourrait bien que leur prédiction soit plus proche que jamais de se réaliser : après des années de faible inflation, la création monétaire s’accompagne à nouveau d’une inflation rapide. En effet, alors que la quantité de monnaie a été multipliée par 2,4 en 20 ans, l’inflation n’avait augmenté que de 35 % sur cette même période. Où est passé le reste de cette monnaie nouvellement émise ?

Tout simplement dans les prix qui ne sont pas mesurés par l’inflation (immobilier, marchés financiers, marché de l’art…) où elle est venue créer et alimenter des bulles spéculatives. Si les néo-keynésiens de tous bords se réjouiront peut-être de ce retour de l’inflation, il s’agit en réalité d’un phénomène particulièrement inquiétant. Il place en effet la banque centrale devant un dilemme insoluble : soit elle augmente les taux d’intérêts directs et met un terme au Quantitative Easing pour contenir l’inflation, soit elle continue la même politique. Dans les deux cas, les effets seront violents.

La menace d’un retour d’une crise des dettes souveraines…

Si elle choisit la première option, elle risque de créer une panique sur les marchés financiers, habitués à vivre sous perfusion grâce à l’argent magique de la planche à billets. Or, comme de nombreuses bulles spéculatives se sont disséminées dans toute l’économie (et en particulier le marché obligataire), la moindre secousse pourrait bien provoquer une grave crise financière et économique.

Mais le risque le plus évident concerne la santé des comptes publics des pays européens, car l’augmentation des taux d’intérêt signifie que le coût de la dette va croître sensiblement et brutalement. Pour des pays comme la France dont l’incapacité maladive à proposer un budget équilibré l’a conduit au surendettement (la dette publique représentant 120 % du PIB), le risque est de connaître une situation similaire à celle de la Grèce en 2010.

On se délecte par avance des réactions de tous ces « experts »qui nous assuraient que ni la création monétaire sans limites ni l’endettement massif n’étaient dangereux, que nous ferions rouler la dette et que tout irait bien. Mais soyez rassurés, si la crise éclate ni l’endettement massif ni le Quantitative Easing ne seront pointés du doigt, seuls les boucs émissaires habituels (ces actionnaires qui s’en mettent plein les poches, les banques, les économistes « ultra-libéraux »…) seront mis au pilori.

Et d’une crise financière

Bien consciente de ces risques, la BCE choisit la deuxième option, à savoir continuer de souffler sur les braises de l’inflation. Après les wokes qui brûlent des livres au Canada, la BCE se transforme ainsi en « pompier pyromane » (pour reprendre l’expression de l’économiste Marc Touati) et donne à notre époque des airs de Fahrenheit 451. Elle justifie cette position par le fait que l’inflation serait « transitoire » et ne justifierait pas que l’on change de ligne politique.

Cette explication paraît pourtant assez peu crédible, tant la hausse des prix de cet été fut brutale, mais surtout au regard de la forte progression des prix de production, qui constituent généralement un bon indicateur de l’évolution des prix futurs. Cette politique de l’autruche est particulièrement pernicieuse car elle ne fait que repousser et aggraver le problème.

La crise finira par éclater, et plus tard cela arrivera, plus les effets seront amplifiés. Les hedge funds anticipent la crise et parient déjà sur l’effondrement du marché obligataire par l’achat de produits dérivés. Si elle persiste à ne pas voir le retour de l’inflation, la BCE met aussi en péril sa crédibilité puisqu’elle refuse de faire ce pourquoi elle a été créée : contenir l’inflation.

Cette perte de crédibilité n’est pas anodine, puisque les règles de Taylor qui forment le socle théorique qui guide les décisions de la BCE s’appuient précisément sur cette conviction qu’une banque centrale peut adapter sa stratégie en fonction de la conjoncture sans perdre sa crédibilité. Le retour de la stagflation (situation où cohabitent chômage élevé et inflation) et le constat de l’échec des règles de Taylor auront peut-être le mérite de remettre les théories monétaires libérales sur le devant de la scène et de rebâtir un système monétaire sur des bases plus saines.

Il est aujourd’hui impossible de nier que le bilan de l’action de la BCE est absolument catastrophique, elle n’est pas le remède contre l’inflation et l’instabilité financière qu’elle aurait dû être mais la maladie qui cause ces deux maux. Puisqu’il est utopique de croire que les États de la zone euro mettront en place une vraie concurrence monétaire par l’abolition du monopole de l’euro, il est a minima urgent de lier les mains des banques centrales et de revenir à des politiques de règles.

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