Inflation : le piège se referme sur la BCE… et sur la France

La BCE n’est pas le remède contre l’inflation et l’instabilité financière. Il est urgent de lier les mains des banques centrales.
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Inflation : le piège se referme sur la BCE… et sur la France

Publié le 13 septembre 2021
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Par Elie Blanc.

La grande catastrophe annoncée est-elle sur le point d’arriver ? Voilà des années maintenant que de nombreux économistes nous avertissent du danger de la politique de Quantitative Easing (création monétaire importante par le rachat massif de dettes souveraines) menée par la BCE depuis mars 2009 (et qui, rappelons-le, devait initialement s’arrêter en septembre 2009).

Aujourd’hui, il se pourrait bien que leur prédiction soit plus proche que jamais de se réaliser : après des années de faible inflation, la création monétaire s’accompagne à nouveau d’une inflation rapide. En effet, alors que la quantité de monnaie a été multipliée par 2,4 en 20 ans, l’inflation n’avait augmenté que de 35 % sur cette même période. Où est passé le reste de cette monnaie nouvellement émise ?

Tout simplement dans les prix qui ne sont pas mesurés par l’inflation (immobilier, marchés financiers, marché de l’art…) où elle est venue créer et alimenter des bulles spéculatives. Si les néo-keynésiens de tous bords se réjouiront peut-être de ce retour de l’inflation, il s’agit en réalité d’un phénomène particulièrement inquiétant. Il place en effet la banque centrale devant un dilemme insoluble : soit elle augmente les taux d’intérêts directs et met un terme au Quantitative Easing pour contenir l’inflation, soit elle continue la même politique. Dans les deux cas, les effets seront violents.

La menace d’un retour d’une crise des dettes souveraines…

Si elle choisit la première option, elle risque de créer une panique sur les marchés financiers, habitués à vivre sous perfusion grâce à l’argent magique de la planche à billets. Or, comme de nombreuses bulles spéculatives se sont disséminées dans toute l’économie (et en particulier le marché obligataire), la moindre secousse pourrait bien provoquer une grave crise financière et économique.

Mais le risque le plus évident concerne la santé des comptes publics des pays européens, car l’augmentation des taux d’intérêt signifie que le coût de la dette va croître sensiblement et brutalement. Pour des pays comme la France dont l’incapacité maladive à proposer un budget équilibré l’a conduit au surendettement (la dette publique représentant 120 % du PIB), le risque est de connaître une situation similaire à celle de la Grèce en 2010.

On se délecte par avance des réactions de tous ces « experts »qui nous assuraient que ni la création monétaire sans limites ni l’endettement massif n’étaient dangereux, que nous ferions rouler la dette et que tout irait bien. Mais soyez rassurés, si la crise éclate ni l’endettement massif ni le Quantitative Easing ne seront pointés du doigt, seuls les boucs émissaires habituels (ces actionnaires qui s’en mettent plein les poches, les banques, les économistes « ultra-libéraux »…) seront mis au pilori.

Et d’une crise financière

Bien consciente de ces risques, la BCE choisit la deuxième option, à savoir continuer de souffler sur les braises de l’inflation. Après les wokes qui brûlent des livres au Canada, la BCE se transforme ainsi en « pompier pyromane » (pour reprendre l’expression de l’économiste Marc Touati) et donne à notre époque des airs de Fahrenheit 451. Elle justifie cette position par le fait que l’inflation serait « transitoire » et ne justifierait pas que l’on change de ligne politique.

Cette explication paraît pourtant assez peu crédible, tant la hausse des prix de cet été fut brutale, mais surtout au regard de la forte progression des prix de production, qui constituent généralement un bon indicateur de l’évolution des prix futurs. Cette politique de l’autruche est particulièrement pernicieuse car elle ne fait que repousser et aggraver le problème.

La crise finira par éclater, et plus tard cela arrivera, plus les effets seront amplifiés. Les hedge funds anticipent la crise et parient déjà sur l’effondrement du marché obligataire par l’achat de produits dérivés. Si elle persiste à ne pas voir le retour de l’inflation, la BCE met aussi en péril sa crédibilité puisqu’elle refuse de faire ce pourquoi elle a été créée : contenir l’inflation.

Cette perte de crédibilité n’est pas anodine, puisque les règles de Taylor qui forment le socle théorique qui guide les décisions de la BCE s’appuient précisément sur cette conviction qu’une banque centrale peut adapter sa stratégie en fonction de la conjoncture sans perdre sa crédibilité. Le retour de la stagflation (situation où cohabitent chômage élevé et inflation) et le constat de l’échec des règles de Taylor auront peut-être le mérite de remettre les théories monétaires libérales sur le devant de la scène et de rebâtir un système monétaire sur des bases plus saines.

Il est aujourd’hui impossible de nier que le bilan de l’action de la BCE est absolument catastrophique, elle n’est pas le remède contre l’inflation et l’instabilité financière qu’elle aurait dû être mais la maladie qui cause ces deux maux. Puisqu’il est utopique de croire que les États de la zone euro mettront en place une vraie concurrence monétaire par l’abolition du monopole de l’euro, il est a minima urgent de lier les mains des banques centrales et de revenir à des politiques de règles.

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  • Parfaitement bien résumé et de surcroît par un étudiant. La situation actuelle se résumé à un dilemme cornélien entre deux voies sans issue. D’un côté, laisser déraper l’inflation pour préserver la dette et sauvegarder la richesse des détenteurs de patrimoine. De l’autre, s’attaquer à l’inflation et voir s’effondrer cette fameuse richesse qui demeure virtuelle. Dans les deux cas, tout le monde finira par payer le coût d’un endettement sans limite. Il n’y a rien de gratuit en économie, et l’Histoire avait déjà tranché ce débat depuis fort longtemps.

    Ceci vaut pour la France comme pour les États-Unis. Les seuls gagnants à long-terme seront les pays qui auront fait le choix de ne pas céder aux sirènes du laxisme monétaire en acceptant des réformes douloureuses (l’Allemagne et les pays du Nord de l’Europe évidemment, mais aussi plus récemment la Chine).

    • Tant qu’à faire, on parle également du système économique basé sur la croissance?

      • Avec notre natalité insuffisante, la « croissance » dans nos pays est en partie due à l’immigration et en partie fictive (dans le PIB sont comptées les dépenses de l’état en augmentation).
        .
        Les gains de richesse réelle s’accompagnant aussi d’un gain en efficacité énergétique (moins de ressource pour produire la même unité), à population constante nos pays sont énergétiquement décroissants.
        .
        En suisse la consommation totale d’énergie a augmenté de 119% depuis 1980 alors que la population a augmenté de 144%. À population constante, elle aurait donc baissé.
        .
        Le taux de natalité suisse est de 1.5 depuis 1980 alors que le seuil de renouvellement est de 2.1.

  • La BCE se donnant désormais d’elle-même des objectifs « verts », on peut citer sans crainte l’une des phrases favorites de H16 : « Tout cela va certainement très bien se passer »…

  • la mission de la bce est d’assurer la stabilité des prix…

    et en effet comment vous mesurez cela et qu’est ce que ça veut dire..??? au juste…

  • La fuite en avant, c’est reculer pour mieux sauter… dans le vide. Mieux vaudrait crever l’abcès le plus vite possible. Et au passage, faire payer tous les irresponsables démagogues qui ont mené cette politique monétaire. Ces gens qui font n’importe quoi sans jamais rendre compte, c’est de plus en plus insupportable.

  • Vous avez juste oublié dans votre cours de relire le facteur productivité. En effet la masse monétaire en circulation et la hausse des prix ne sont pas mécaniquement liées, et encore moins de manière linéaire.
    Je vous donne un exemple extrême pour bien l’illustrer:
    Si, entre 2000 et 2021, le Technikistan (pays imaginaire) multiplie sa masse monétaire par 3. Si, dans le même temps, les prix restent identiques (0% de hausse des prix) et que l’augmentation de la masse monétaire est intégralement investie dans des robots de production, multipliant par trois la productivité par unité produite, vous aurez une situation monétaire parfaitement stable avec une corrélation parfaite entre masse monétaire et création de richesses en biens et services marchands.
    Je ne dis pas que cela correspond à la situation de l’Europe, mais cela démontre que les liens entre accroissement de la masse monétaire et hausse des prix est beaucoup plus complexe que votre billet ne le laisse penser… cordialement

    • C’est le fameux argument des gouvernements occidentaux : « Nous avons besoin d’un assouplissement monétaire durable pour pouvoir financer à bas coût nos investissements, dans le but de bâtir l’économie de demain qui sera verte et inclusive ».

      Sauf que la grande majorité des dépenses ne sont pas investissements, mais bien des dépenses courantes ainsi que du remboursement de la dette existante. Cela vaut aussi pour le secteur privé, où de nombreuses entreprises lèvent des capitaux principalement pour survivre (cf. nombre record d’entreprises « zombies »), tandis que les ménages s’endettent au mieux pour acheter un logement ou refinancer des prêts existants.

      Ma question est donc la suivante : où sont les investissements en productivité dont vous parlez ?

      Il y en a certainement, mais le phénomène n’est pas aussi massif que vous le laissez entendre.

    • En effet, merci pour cette précision. Il me semblait avoir inclus non pas les chiffres de la productivité mais ceux de la production mais visiblement j’ai oublié cette partie. On pourrait aller plus loin et prendre en considération la vitesse de circulation de la monnaie (si on double la quantité de monnaie mais que la vitesse de circulation est divisée par 2 on ne crée pas non plus d’inflation).

      • Cela dit, cela ne change pas l’essentiel de mon propos : même en tenant compte de ces effets la création monétaire est venu très largement alimenter des bulles, la dette publique et depuis peu l’inflation. Et maintenant, on est dans de beaux draps 🙂

  • A ce constat que je partage, il faut rajouter qu’une grande partie de la dette est hors-bilan : déficit des retraites, de l’Unedic, SNCF, EDF, PGE, etc. Une mission parlementaire la comptait à 270% du PIB en 2018. Aujourd’hui ? on ne sait pas.
    D’autre part on entend aussi la petite musique du défaut sur dette. Il faut noter qu’une partie des détenteurs de dette sont les français, et là le défaut n’est pas si grave, en tout cas il se traite politiquement. Mais une grande partie est dans les mains de fonds de pension, des caisses de retraite, notamment américaines, et ces gens là ne se laisseront pas flouer. Ils ont envahi des pays pour moins que cela.

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