Macron s’offre un petit safari dans les territoires

Macron part en campagne, fier comme un cuistre avec le pire passif possible et une attitude d’administrateur colonial.

par h16

Pour ceux qui n’auraient pas encore compris, l’élection présidentielle française est maintenant à moins d’un an. C’est donc tout naturellement que les frémissements agitent déjà toute la classe politique.

Et parmi ces frémissements, difficile de passer à côté de la dernière opération de campagne communicationnelle du président de la République lui-même : afin de marquer le début des hostilités pré-électorales, Macron a en effet décidé de se rendre dans le Lot pendant quelques heures. Pour le chef de l’État, il s’agit d’aller au contact direct des Français. Rassurez-vous cependant : prudence et pandémie imposent qu’il s’agisse d’un contact tenant compte des distances de sécurité pour éviter les germes et les pavés. Contact oui, full-contact non, sachons rester civils n’est-ce pas.

Quoi qu’il en soit, l’idée pour le frétillant Marcheur est donc de renouer avec ce qui lui a valu son élection triomphale en allant voir tous les Français qui attendent le renouveau et une impulsion fraîche dans la politique hexagonale : finie la politique politicienne, finis les bisbilles partisanes et les petits jeux d’appareil, place à la reconquête des cœurs citoyens avec le vrai discours du battant qui a su ♩ penser tralala ♪ printemps et insuffler ♫ un nouvel espoir pour les forces vives de la naâationtsointsoin ♬ …

Eh oui, on ne change pas les recettes qui marchent, voire qui trottinent et parcourent les chemins provinciaux afin de récolter ces précieuses voix : comme Macron l’explique lui-même,

« Je veux reprendre mon bâton de pèlerin, aller dans les territoires pour prendre le pouls du pays. »

Après une année 2020 durant laquelle le Président n’a pas pu céder à la gourmandise du bain de foule millimétré pour cause de méchante pandémie, la situation sanitaire actuelle semble offrir comme un répit salvateur afin – comme le détaille une Élysée friande de détails présidentiels – d’« échanger avec les Français, savoir comment ils ont traversé la crise, quelles sont leurs craintes, leurs désirs, comment ils voient l’avenir ».

Et c’est vrai qu’il en faut, du courage et une profondeur d’analyse remarquables pour tenter d’esquisser les craintes, les désirs et la vision d’avenir du peuple français ! Quelles interrogations parcourent ce fier peuple gaulois après ces terribles épreuves ? Veulent-ils que la République s’occupe plus d’inclusivité, de pronoms adaptés à tous et d’intersectionnalité militante ou penchent-ils plus pour des efforts supplémentaires en matière de mobilité douce et de champs d’éoliennes Gaïa-compatibles ? Se sentent-ils davantage responsables des terribles discriminations que subissent chaque jour les trans, les gays et les roux comme en témoigne la poignante campagne actuelle du gouvernement ou sont-ils davantage concernés par le racisme patriarcal blanc dégoulinant qui s’empare de certains Français pas trop vivrensemblistes après le déconfinement ? C’est vrai, ça, ces Français d’outre-périphérique parisien, que voudraient-ils vraiment utiliser comme pronoms ? Veulent-ils continuer à interdire les pailles en plastique ou les publicités pour les voitures à essence, ou les deux ? De quelle discrimination sont-ils au mieux victimes, au pire coupables ?

Autant d’interrogations poignantes que ne manquera pas de rapporter ce peuple à son Président dont tous les sondages des médias subventionnés n’hésitent pas à rapporter qu’ils sont frétillants d’allégresse, notamment les jeunes.

Les questions portant sur l’économie catastrophique, l’insécurité et la violence galopantes dans le pays et les problèmes communautaires seront peut-être abordées dans un second temps, auprès des aides de camp du Président et gérées par toute sa fine équipe dont on a déjà pu mesurer la capacité au succès ces années précédentes. La confiance est donc de mise.

Pas de doute, ce nouveau tour de France de la Présidence se place sous les mêmes auspices et les mêmes habitudes que les précédents déplacements du chef de l’État : à l’approche des élections, celui qui est redevenu le candidat Macron redécouvre qu’il existe quelque chose au-delà du périphérique, ces fameux territoires dont il entend parfois parler par ses amis et les médias, souvent vierges de sa bonne parole et de ses mannes intellectuelles puissantes, et qu’il va donc entreprendre de pacifier et civiliser avec la condescendance qu’on lui connaît ; on se rappellera à profit de ses intéressantes saillies sur l’alcoolisme du nord, les salariées illettrées, de ceux qui pourraient se payer un costume à condition de travailler, ceux qui ne sont rien et les autres ou d’autres petites phrases qui donnent à ce Président un indéniable côté OSS-117 dont l’arrogance ou la suffisance se disputent souvent à une forme d’inculture provoquant des réflexions hors sol, savoureuse dans une comédie et consternante à la tête d’une République qui fut jadis puissante.

En attendant la boulette qui ne manquera pas d’advenir dans les prochaines semaines à l’occasion d’un de ces safaris présidentiels dans les territoires de la République, on ne pourra s’empêcher de noter l’intéressante collision de cette communication avec l’actuelle campagne électorale des régionales dont tout indique qu’absolument personne n’a rien à carrer, à tel point que la pauvre Pécresse, qui a déjà bien du mal à exister en temps normal, s’en est récemment offusquée (en pure perte, soyons honnête).

C’est logique : les Français ont tous compris que leur avenir et celui du pays était largement dépendant non des changements de noms aux têtes des baronnies locales mais bien du prochain scrutin présidentiel et législatif qui suivra. Les enjeux sont énormes et décisifs tant la société française, ses libertés fondamentales, son économie et le fondement même de l’art de vivre français ont été écrabouillés par cette présidence de Gribouille.

En face de ce peuple dont les tensions internes indiquent qu’il est de plus en plus prêt à en découdre physiquement, le gouvernement et l’équipe présidentielle se sont lancés sans hésiter dans une campagne électorale, montrant que Macron ne doute d’absolument rien dans son petit costard, et qu’il entend bien mener la danse.

Cependant, le problème de l’actuel locataire de l’Élysée reste son passif.

Celui de François Hollande était extrêmement médiocre avec sa multiplication de bricolages sociétaux qui avaient bousculé la société française. Son bilan économique était si minable qu’il avait finalement lui-même jeté l’éponge.

En pratique, le bilan de Macron est incomparablement pire (et vu le niveau du prédécesseur, la performance est épique). La dette qui n’a jamais cessé de croître sur les quarante dernières années a cette fois-ci explosé à des niveaux réellement insoutenables. Les tensions sociales du pays, la violence de certains quartiers sont à leur point haut et les problèmes récurrents (chômage, éducation, sécurité) se sont amplement aggravés pendant que les problèmes spécifiques advenus dans le quinquennat n’ont bénéficié d’aucune gestion raisonnable à porter au crédit de l’actuel Président : minimisation, répression et récupération de la crise des Gilets jaunes sans aucun traitement de fond, improvisation complète et gesticulations grotesques et contre-productives pendant la pandémie…

En somme, Macron part en campagne, fier comme un cuistre avec le pire passif possible et une attitude d’administrateur colonial en visite dans les territoires sous occupation de l’administration française qui a démontré, ces 18 derniers mois, son caractère ubuesque, rigide voire cadavérique, et son appétit pour les formulaires idiots et les procédures débilissimes.

On ne peut que souhaiter que tout se passe comme d’habitude avec Macron, ce qui nous réservera de belles tranches de rigolade.


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