Pandémie brésilienne, récit d’un épouvantail journalistique

Fear BY Mike Finn (CC BY 2.0) — Mike Finn, CC-BY

Le traitement journalistique récent de la situation pandémique au Brésil illustre comment les médias traditionnels induisent leur public en erreur.

Par Gabriel Lacoste.

Récemment, les histoires de peur véhiculées par les médias officiels à propos du Brésil sont devenues virales. 360 000 personnes y sont mortes annuellement de la Covid-19 ; et 66 000 durant le dernier mois. La situation s’est aggravée de façon importante.

De plus, les jeunes seraient davantage représentés. Les cimetières sont plus actifs que jamais. Les hôpitaux manquent du matériel nécessaire. C’est là-bas que s’est développé un dangereux variant, le P1, qui menace la planète.

Médecins sans frontière a diffusé un communiqué attribuant au manque de planification centrale et à l’absence de volonté de Jair Bolsonaro, le président du pays, la situation. Les médias du monde entier se sont fait l’écho de ce message, prenant soin au passage d’étiqueter d’extrême droite le président.

Un bref survol des commentaires sur les réseaux sociaux montre combien sont nombreux ceux qui y voient la preuve que les États tolérants envers le Covid-19 mènent à une catastrophe.

Pourtant, ce récit est trompeur.

Pandémie brésilienne, chiffrer sans proportionner

3000 morts par jour, c’est énorme. Cependant, le Brésil compte 211 millions d’habitants. En comparaison, la France en compte 67 millions et le Québec 8,5 millions.

L’équivalent en décès quotidiens par habitant est donc de 120 au Québec, et de 952 en France. Le Québec a atteint son pic de décès le 29 avril 2020 avec 152 morts. Et le 7 avril 2020 pour la France avec 955 morts. Dans le temps, la comparaison ressemble à ceci :

Morale de cette histoire ? Lorsque les médias présentent des chiffres absolus, ils suggèrent faussement à leur lecteur qu’une région est infectée davantage qu’une autre depuis le début de la pandémie, alors qu’elle est surtout davantage peuplée.

Autre exemple de mathématique trompeuse : France 24 affirme que les décès des 30-39 ans ont augmenté de 353 % au Brésil, suggérant ainsi que cette population devrait rester vigilante et respecter les mesures.

Pourtant, citer un taux de croissance sans quantité de référence désinforme. Supposons que le risque dêtre enlevé par un extraterrestre augmente de 2750 %, puis qu’il est maintenant de 0,0000000000045 %. Le journaliste qui annoncerait en gros titre « les risques d’enlèvement par les extraterrestres ont augmenté de 2750 % » suggèrerait la présence d’une fausse menace.

Les chiffres inquiétants à propos de la jeunesse proviennent de la région du Paraná. Or, la létalité du virus chez les 20-29 ans est passée de 0,04 % à 0,13 %.

Oui, elle a triplé mais cela signifie qu’au lieu d’avoir quatre risques sur 10 000 d’en mourir, un jeune en a 13 sur 10 000. Pour les 40-49 ans, il est passé de 4,5 risques sur 1000 à 9 sur 1000. Il a certes doublé, mais est-ce que cela justifie de s’isoler chez soi pendant deux années ? Probablement pas.

Confondre les responsabilités

Au Brésil, ce sont les gouverneurs des États qui décident des mesures sanitaires et non le Président du pays. Jair Bolsonaro n’est donc pas responsable, peu importe le cinéma qu’il fait aux médias internationaux.

À titre de comparaison, au Québec, c’est le Premier ministre de la Province qui décide. L’absence de politique nationale du Premier ministre du Canada est totalement non pertinente. C’est comme si, en France, nous attribuions la situation sanitaire aux déclarations fanfaronnes d’un député européen plutôt qu’à Macron.

Lorsque nous creusons un peu pour comprendre ce que font les gouverneurs des États Brésiliens, nous tombons sur cette carte datant du 26 février 2021, qui distingue les niveaux de confinement dans le monde :

La réalité ? Le Brésil est classé ce jour-là comme disposant de mesures de confinements plus strictes que le Canada et la France. Et ce classement est encore valable le 15 avril 2021. Donc, une situation censée prouver que la « tolérance envers le virus » cause des morts prouve vraisemblablement plutôt que c’est la sévérité qui ne sert à rien. La comparaison avec la Bolivie, qui n’a pas de mesures, est d’ailleurs plutôt amusante pour les esprits mesquins.

Omettre les comparaisons régionales d’une grande fédération

Enfin, pour s’en faire une meilleure opinion, il faut comparer la performance des États brésiliens entre eux. Malheureusement, les médias francophones nous informent peu là-dessus. Rio de Janeiro et l’Amazonie sont décrites comme libérales, alors que São Paulo serait sévère. Or, voici leur mortalité comparée :

Le taux de reproduction semble être similaire, avec l’Amazonie qui lance le bal, puis qui semble s’en sortir malgré tout… Pourtant, selon les « experts » modélisateurs, la différence entre l’intervention et la non-intervention devrait ressembler à ça :

Faire intervenir une causalité naïve

Lorsqu’une personne savante attribue une cause à un événement, il est utile de garder en tête des notions de logique élémentaire afin d’évaluer ce qu’il nous dit de façon critique. À titre d’exemple, voici la comparaison entre des pays d’Amérique du Sud voisins eu égard à la mortalité Covid.

La mortalité récente est plus élevée au Brésil que chez ses voisins, à l’exception de l’Uruguay. Nous pourrions sauter à la conclusion que c’est à cause de Jair Bolsonaro. Justement, non. Si ce dirigeant en est la cause, pourquoi les effets se sont-ils manifestés au bout d’une année ?

L’hypothèse la plus probable est que la mutation du virus dans l’Amazonie explique cette hausse, puis que cette variante plus transmissible se diffuse autour graduellement. C’est cohérent avec le fait que cette région a vu une hausse et une baisse de la mortalité avant le reste du pays. Suivant cette logique, il est fort probable que dans quelques semaines les voisins du Brésil subiront cette vague, peu importe leurs politiques. C’est déjà visible sur ce graphique.

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