La déflation : un danger ?

La déflation, un danger ? C’est ce que prétendent les banques centrales, qui fixent un objectif d’inflation. Pourtant, l’histoire économique montre que les périodes de déflation ont été des périodes de croissance, sauf une exception.

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deflation BY Derek Jensen (CC BY 2.0)

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La déflation : un danger ?

Publié le 8 mars 2021
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Par Chris Casey.
Un article du Mises Institute1

La déflation, un danger ? C’est ce que prétendent les banques centrales, qui fixent un objectif d’inflation. Pourtant, l’histoire économique montre que les périodes de déflation ont été des périodes de croissance, sauf une exception.

Déflater le mythe de la déflation

La peur de la déflation sert de justification théorique à chaque mesure inflationniste prise par la Réserve Fédérale et les banques centrales à travers le monde. C’est pourquoi la Réserve Fédérale vise l’objectif d’un taux d’inflation de 2 %, et non de 0 %.

C’est en grande partie pourquoi elle a plus que quadruplé l’offre de monnaie depuis août 2008. Et c’est, de façon remarquable, un grand mythe, car il n’y a rien qui soit de façon inhérente dangereux ni dommageable concernant la déflation.

La déflation est crainte non seulement par les partisans de Milton Friedman (ceux de la prétendue École monétariste ou École de Chicago), mais aussi par les économistes keynésiens.

En 2010, dans un article du New York Times, intitulé « Pourquoi la déflation est mauvaise » le keynésien Paul Krugman a cité la déflation comme étant la cause de la chute de la demande globale puisque « quand les gens s’attendent à des prix en baisse, ils deviennent moins désireux de dépenser, et en particulier moins désireux d’emprunter. »2

Sans doute pense-t-il que le report des dépenses dure indéfiniment. Mais nous savons d’expérience que, même face à des prix en chute, les individus et les entreprises continuent d’acheter les biens et services en question. La consommation ne peut pas être éternellement repoussée. Nous voyons cela chaque jour dans l’industrie de l’informatique et de l’électronique : la valeur d’usage d’un iPhone durant les six prochains mois vaut davantage que l’épargne rendue possible en retardant cet achat.

Un autre argument du dénigrement de la déflation concerne les profits.

Comment les entreprises pourront-elles faire des profits si les marges sont réduites ? Mais par définition la marge bénéficiaire résulte à la fois des prix de vente et des coûts. Si les coûts – qui après tout sont également des prix– chutent dans les mêmes proportions (et il n’y a aucune raison qu’ils ne le fassent pas), les profits ne sont pas affectés.

Si la déflation n’impacte ni la demande globale ni les profits, comment peut-elle causer des récessions ? Elle ne le fait pas. Examiner chaque période de récession depuis la Grande Dépression mènerait à cette conclusion.

De plus, l’expérience économique des USA au XIXe siècle est encore plus parlante.

Deux fois, tandis qu’elle connaissait une croissance économique soutenue et significative, l’économie américaine a enduré des périodes de déflation de 50 %3. Mais qu’en est-il de la preuve statistique apportée dans l’ouvrage de Friedman (NdT : et Anna Schwartz) A Monetary History of the United States ?

Une étude plus robuste a été complétée par plusieurs économistes de la Réserve Fédérale :

« Le seul épisode pour lequel nous trouvons des preuves d’un lien entre déflation et dépression est la Grande Dépression (1929-34). Nous ne trouvons en fait aucun lien durant aucune autre période… Ce qui est frappant c’est que presque 90 % des épisodes de déflation n’ont pas connu de dépression. Dans un large contexte historique, au delà de la Grande Dépression, la notion que déflation et dépression sont liées disparaît en fait »4.

Si la déflation ne cause pas de récession (ou de dépressions comme elles étaient connues avant la Seconde Guerre mondiale), qu’est-ce qui la provoque ? Et pourquoi était-elle si marquée durant la Grande Récession ? Selon les économistes de l’École autrichienne, les récessions partagent les mêmes sources : une inflation artificielle de l’offre de monnaie. Le malinvetissement qui s’ensuit, causé par des taux d’intérêt baissés artificiellement est révélé quand les taux d’intérêt repartent vers leur taux naturel déterminé par l’offre et la demande d’épargne.

Dans la récession qui en résulte, si les prêts basés sur la monnaie en réserves fractionnaires font défaut ou sont remboursés, si une banque centrale contracte l’offre de monnaie, et/ou si la demande de monnaie augmente significativement, une déflation peut se produire. Plus fréquemment, cependant, comme les banques centrales augmentent frénétiquement l’offre de monnaie dès l’approche d’une récession, une période d’inflation, ou du moins de non déflation, sera subie. Ainsi la déflation, parfois un symptôme, est injustement décriée comme étant une source de récession.

Mais les banquiers centraux d’aujourd’hui ne partagent pas cet avis.

En 2002, Ben Bernanke estimait qu’« une déflation soutenue peut être hautement destructive pour une économie moderne et devrait être fortement combattue »5.

La présidente de la Réserve Fédérale, Janet Yellen, partage ses craintes :

« Il est concevable que cette très basse inflation puisse se transformer en une franche déflation. Pire encore, si la déflation s’intensifie, nous pourrions nous retrouver dans une spirale dévastatrice dans laquelle les prix chutent à un rythme de plus en plus rapide et l’activité économique coule de plus en plus »6.

Aujourd’hui, n’étant amarrés à aucune contrainte d’étalon-or et plombés par une dette gouvernementale massive, dans tous les scenarii possibles opposant le spectre de la déflation aux ravages de l’inflation, les préjugés et les phobies des banquiers centraux choisiront cette dernière. Ce choix est aussi inévitable qu’il sera dévastateur.

Sur le web

  1. Traduction précédemment parue sur le blog Analyse Libérale, reprise par le Blog L’École autrichienne d’économie).
  2. Krugman, Paul. Why is Deflation Bad ? The Conscience of a Liberal. The New York Times.
  3. McCusker, John J. « How Much Is That in Real Money ? : A Historical Price Index for Use as a Deflator of Money Values in the Economy of the United States. » Proceedings of the American Antiquarian Society, Volume 101, Part 2, October 1991, pp. 297-373.
  4. Atkeson, Andrew and Kehoe, Patrick. Federal Reserve Bank of Minneapolis. Deflation and Depression: Is There an Empirical Link? January 2004.
  5. Bernanke, Ben. « Deflation: Making Sure ‘It’ Doesn’t Happen Here » Remarks by Governor Ben S. Bernanke Before the National Economists Club, Washington,D.C.21november2002.
  6. Yellen, Janet. A View of the Economic Crisis and the Federal Reserve’s Response Presentation to the Commonwealth Club of California. San Francisco, CA 30 June 2009. http://www.frbsf.org/our-district/press/presidents-speeches/yellen-speeches/2009/june/yellen-economic-crisis-federal-reserve-response/.
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  • Il y a surtout un problème important avec la déflation, cela signifie qu’il faut que les entreprises ajustent les salaires à la baisse pour rester rentables. Il faut aussi ajuster a la baisse le smic et les aides sociales variées. Tout ça est très difficile à accepter psychologiquement

    • On pourrait redéfinir le salaire en kilos de sel (le sens premier du mot salaire) ou par référence à l’indice des prix à la consommation.

    • Pour un gvt, deux choix:
      -Réajuster à la baisse les salaires des fonctionnaires, les indemnités des élus et les aides sociales, et avoir plus de mal à rembourser les dettes
      -Imprimer de l’argent en masse, se le distribuer à soi même, provoquer une stagflation, appauvrir le pays, mais que les salaires aides etc ne baissent pas voire augmentent.
      Aucun politique sensé (cad intéressé uniquement par lui même) ne ferait le choix 1, ce serait suicidaire…

  • Dans la zone euro, nous avons les deux, même dans la même classe d’actif: en immobilier, envolée des prix dans le résidentiel allemand, autrichien et luxembourgeois et crash en Italie, eg.

    En fait, dès que des politiciens tripotent la devise, ils créent des effets pervers nombreux qui peuvent prendre la forme de la déflation, ou de l’inflation, ou des deux, et bien d’autres choses encore.
    L’effet pervers le plus grand étant que la musique ne peut plus s’arrêter.

  • La déflation est synonyme de décroissance et antinomique à l’humain: toujours plus grand, plus fort, plus beau, plus vite, plus riche, en meilleure santé !

    • N’est-ce pas plutôt le contraire?
      En situation de déflation la masse monétaire croît moins vite que la production donc les prix baissent d’autant plus que la croissance est forte (la déflation est alors plutôt un signe de bonne santé économique).
      Inversement, une croissance de masse monétaire durablement plus rapide que celle de l’activité dilue la fausse monnaie (dette insolvable) avec la vraie qu’elle dévalue avec ses conséquences inflationnistes qui ne sont profitables qu’aux états.

  • La déflation peut être comme l’inflation multifactorielle.
    L’inflation c’est quand la quantité d’argent augmente par rapport à la quantité de bien. Il y a donc deux composantes: Les biens et la quantité de fric. Pareil pour la déflation. S’il y a quantité de biens disponibles la déflation n’est que le symptôme de l’opulence. S’il y a famine monétaire, c’est plutôt facile à résoudre/ laissez faire le marché et une offre monétaire saura poindre pour combler ce besoin.
    Dans tous les cas la banque centrale ne fait que créer des problèmes ou augmenter ceux qui éxistent déjà.

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