Ce que Barack Obama ne dira pas dans ses mémoires

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Si la sortie des mémoires de Barack Obama vous rend nostalgique du bon vieux temps de sa présidence, vous êtes tout aussi aveuglé par la partisannerie que les fans de Trump qui excusent ses moindres débordements.

Par Pierre-Guy Veer.

S’il fallait en croire les médias, Barack Obama et Donald Trump sont antagonistes. Le premier a une personnalité du tonnerre, un niveau de vocabulaire de 3eme, a même remporté le Nobel de la Paix et il est un mari fidèle. Le second est un coureur de jupon vulgaire, « indigne » de la présidence et dont le niveau de vocabulaire ne dépasse pas la quatrième année.

Mais en cessant de laver ses lunettes au sirop de fraise, on se rend vite compte que les 44e et 45e présidents des États-Unis ont beaucoup en commun, et avec leurs prédécesseurs : des seigneurs de guerre qui se fichent éperdument de la Constitution qu’ils sont supposés défendre et dont le bilan est, au mieux, discutable.

Et ce n’est pas en tentant de dorer la pilule dans ses mémoires que Barack Obama pourra se racheter.

Une reprise indigne de ce nom

À en croire ses sbires, Obama est responsable de l’état « fabuleux » de la situation économique laissée à Trump. Mais pour quiconque connait vraiment l’économie, il est facile de constater que « l’héritage » de Trump était une pomme empoisonnée.

Non seulement Barack Obama a supervisé la reprise de l’emploi la plus lente depuis 1945, mais ses politiques de relance n’ont pas du tout eu l’effet escompté. De plus, les taux de participation des caucasiens, des Noirs, des Asiatiques et même des Hispaniques ne se sont pas remis de cette relance. Sans compter que la durée médiane du chômage n’est revenue à la normale qu’en 2016 et que le chômage à long terme – plus de 15 semaines – a pris huit ans pour revenir à la normale.

Aux personnes tentées d’excuser Obama parce qu’il a « hérité d’un désastre », sachez que Warren Harding a lui aussi dû faire face à une crise économique profonde en 1920. Mais en ne faisant rien, la crise s’est résorbée en deux ans. De son côté, Barack Obama a supervisé la pire bulle de l’histoire – la base monétaire de la Réserve fédérale a été quadruplée.

Barack Obama et le saccage du système de santé

En plus de créer une bulle sans précédent, Obama a aussi supervisé l’une des pires interventions dans le domaine de la santé de l’histoire moderne. Il a rendu un mauvais système encore pire.

Oh, il est vrai que la croissance des coûts a ralenti, mais l’Oncle Sam continue de dépenser une fortune en soins de santé – 18 % du PIB, plus que n’importe quel autre pays. Et Obamacare ne ralentira pas la cadence en contraignant chacun à prendre une assurance sous peine d’amende dans quelques États. Sans compter que cette loi oblige les assureurs à charger les mêmes frais à tous – jeunes et vieux, aux personnes en bonne santé comme aux autres  – ce qui, d’un point de vue actuariel, force les assureurs à augmenter les primes de tout le monde.

En fait, la loi sur la santé d’Obama – un byzantin document de 906 pages – n’a fait que renforcer la raison pour laquelle les coûts de santé sont prohibitifs : l’assurance-santé. Comme l’a remarqué le chroniqueur John Stossel, ces assurances sont l’équivalent d’une assurance voiture qui couvrirait les dépenses en carburant. Si tel était le cas, magasineriez-vous pour les prix ?

Tout cela a commencé durant la Seconde Guerre mondiale alors que les salaires aux États-Unis étaient gelés. Afin d’attirer davantage de travailleurs, certaines compagnies ont commencé à offrir la prise en charge des soins de santé des employés. Et quand l’IRS (agence fiscale fédérale) a affirmé que lesdits paiements étaient déductibles, de plus en plus d’employeurs ont saisi la balle au bond.

Les assureurs ont ainsi contribué à faire exploser les coûts de la santé pour tous, et particulièrement pour les personnes atteintes de maladies chroniques ou rares. Considérant que leurs dépenses individuelles étaient élevées, personne ne voulait les assurer, et se soigner menait donc à la ruine.

À ceux qui doutent que le marché peut faire diminuer les prix des dépenses médicales, observez simplement la faible augmentation – environ 33 % – des tarifs de chirurgie esthétique par rapport aux autres interventions – une augmentation de 175 %. La différence ? Les gens économisent pour leurs opérations esthétiques.

Barack Obama et  l’ignorance totale de la Constitution

Cette intervention d’Obama dans le domaine de la santé ne devrait surprendre personne considérant son ignorance ironique de la Constitution – il a été professeur de droit constitutionnel.

En effet, le dixième amendement de la Constitution cite explicitement que tout pouvoir qui n’y serait pas cité relève « des États ou du peuple. » Mais depuis le chantage de Franklin Roosevelt quand la Cour suprême a rejeté son New Deal, la cour utilise souvent un jugement tortueux pour justifier les actions du gouvernement fédéral ; ce fut le cas pour Obamacare.

Par ailleurs, Barack Obama a vite été « corrompu » par l’establishment de Washington au sujet de la guerre. Lui qui s’y opposait ou du moins questionnait la guerre en Irak, a autorisé près de 550 tirs de drones au Moyen-Orient, causant la mort de centaines de civils. Qu’il l’ait fait à contrecœur n’y change rien.

Le tout, y compris ses opérations militaires en Libye et en Jordanie, s’est fait sans autorisation explicite du Congrès, le seul organe fédéral ayant le pouvoir de déclarer la guerre. Il faut dire que ce dernier a abdiqué ce pouvoir depuis au moins 1973, et particulièrement en 2001, ce qui a conduit à la guerre en Irak.

Finalement, l’ignorance de la Constitution de Barack Obama ne serait pas complète sans mentionner :

  • Son autorisation constante, via les dépenses de la Défense, de l’emprisonnement indéfini et sans cause de citoyens américains, violant ainsi à peu près tous les amendements du Bill of Rights.
  • Sa guerre aux lanceurs d’alerte. Il en a emprisonné davantage que tous ses prédécesseurs réunis depuis 1917. Et s’ils n’ont pas été emprisonnés, ils ont « été suicidés ».
  • Son antagonisme à la liberté de la presse, en reniant plusieurs requêtes pour des demandes d’information – ou en espionnant directement certains journalistes.
  • Son attitude hautaine quand il a prétendu que, pour créer une loi, il n’avait besoin que « d’un papier, d’un crayon et d’un téléphone ».

Bref, si la sortie des mémoires de Barack Obama vous rend nostalgique du bon vieux temps de sa présidence, alors vous êtes tout aussi aveuglé par la partisannerie que les fans de Trump qui excusent ses moindres débordements. Malgré quelques bons coups tel Obgerfell v. Hodges, qui a offert au mariage gay la protection constitutionnelle, sa présidence fut un désastre qui affectera les États-Unis pour encore longtemps.

Que ce soit par sa dégradation du système de santé, sa création de la prochaine bulle économique ou une extension du pouvoir exécutif rarement vue auparavant, il a mis la table pour plusieurs abus dont Donald Trump a amplement profité.

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