Conférence de presse : la campagne Trump redouble ses attaques

Par Alexis Vintray.

La campagne Trump tenait ce soir une conférence de presse combative pour présenter ses accusations à la presse, avant la poursuite de ses actions judiciaires. Rudy Giuliani, Sidney Powell et Jenna Ellis, de l’équipe juridique de la campagne de Donald Trump, ont présenté les grands axes de leurs accusations.

Un discours dans la lignée des précédents, centré sur deux attaques, des fraudes dans le dépouillement et des règles injustes d’une part, les machines de vote d’autre part. La conférence a été malheureusement peu couverte par des médias même Américains qui semblent plus soucieux d’ignorer la campagne Trump que de l’écouter.  (voir par exemple ABC)

Un silence regrettable car rien de pire que cette stratégie de l’autruche, comme le disait très bien Reason… Passons donc en revue le contenu de cette conférence de presse.

Des règles injustes ?

Rudy Giuliani, l’avocat personnel de Donald Trump, a présenté les premières accusations de la campagne Trump, que l’on peut résumer sommairement en une liste d’attaques sur les règles de vote dans certains états, et la dénonciation de comportements individuels.

Giuliani s’en est ainsi pris à l’Etat de Pennsylvanie, affirmant qu’il était illégal de permettre aux votants par correspondance de corriger leur bulletin quand il était mal rempli (sur ce sujet, voir cette analyse détaillée). Des attaques qui reprennent celles déjà exprimées avant l’élection et tranchées alors par la justice dans la majorité des cas. Les règles en question ont généralement été prises, au moins officiellement, pour faciliter le vote par correspondance dans un contexte d’épidémie de COVID sur tout le territoire américain.

Sur le même registre, Jenna Ellis, autre juriste de la campagne a estimé de manière virulente que cela constituait de « la fraude électorale officialisée », et que « les élus locaux et des États avaient changé les règles » de manière illégale. Giuliani n’a pas hésité pour sa part à parler de plan « centralisé » des « Démocrates » pour organiser une fraude massive.

Giuliani s’en est pris également au Wisconsin, qui aurait laissé des bureaux de vote avec des taux de participation jusqu’à 350%, des accusations reprises ensuite par une autre avocate Républicaine, Sidney Powell, connue pour sa diffusion de théories du complot. Ou encore, toujours dans le Wisconsin, que des bulletins de vote à distance avaient été envoyés sans demande préalable des électeurs. Cette accusation avait déjà été démentie par les responsables locaux.

Des fraudes individuelles

De manière parallèle, il a dénoncé des « centaines » de fraudes au niveau individuel, observées et mises par écrit sous serment par différents électeurs. Giuliani a indiqué qu’il ne les montrerait publiquement pas à l’exception de huit, par peur de représailles pour les citoyens en question. (« I can’t give you the name of the people else they’ll be threatened ». « These people don’t want to be harassed »). On peut supposer qu’il s’agit du même genre de témoignages que ceux déjà déposés devant la justice dans le Michigan, et détaillés par exemple ici (cliquer sur le tweet pour avoir la liste) :

Pour justifier l’ampleur supposée de ces fraudes, Giuliani a à nouveau cité le dépouillement de plusieurs Etats qui ont progressivement tourné pro-Biden alors que les bulletins de vote à distance étaient dépouillés. Un phénomène attendu puisque les bulletins de vote à distance ne pouvaient pas être dépouillés avant mais dans lequel l’ancien maire de New York a choisi de voir un signe de fraude.

Témoignages et affidavits

En réponse directe à ceux l’accusant de ne pas avoir de preuves, Rudy Giuliani n’a eu de cesse de répéter que les affidavits ou témoignages sous serment dont son équipe disposait « par centaines » étaient des éléments de preuve circonstancielles (circumstancial evidence). Et d’insister en estimant que ses témoignages constituaient des preuves à part entière. (« Maybe you can say she’s lying, but you can’t say there’s no evidence, this is what we call evidence. This is direct evidence, not circumstantial, »)

Confirmant indirectement l’absence de preuves matérielles, il a ajouté que « la preuve directe de la fraude serait le témoignage des électeurs racontant ce qui leur est arrivé ». L’absence de preuves matérielles a été aussi assumée par Sidney Powell, répétant que les preuves viendraient.

Une large partie du débat en justice devrait donc se faire sur la base de ces affidavits ou témoignages sous serment, que la campagne Trump s’efforcera de compléter par des preuves matérielles.

Dominion & Smartmatic, pions du Venezuela ?

L’avocate Sidney Powell qui entendait relâcher le kraken il y a quelques jours a remplacé Giuliani à la tribune ; elle a à nouveau dénoncé selon elle un vaste complot ourdi « au Vénézuéla et à Cuba voire en Chine » pour détourner le vote des électeurs Trump vers Biden sur les machines à voter des sociétés Dominion et Smartmatic. Et d’ajouter dans le complot « un associé proche et partenaire en affaires de George Soros », le tout marqué par une « intervention étrangère ». Et Powell de répéter une demi douzaine de fois l’implication de Maduro et Chavez dans le contrôle supposé de Dominion.

Sans fournir d’éléments à l’appui de ses accusations, Powell a néanmoins ajouté qu’ « elle les prouveraient » sans préciser quand. Et si Powell a répété que « de nombreux salariés de Dominion s’étaient manifestés auprès de la campagne Trump pour dire la vérité », elle n’a pas été en mesure de dire qui ou ce qu’ils soutenaient.

Dans cette séquence manifestement intense, Giuliani, en sueur, a commencé à accuser Eric Coomer, vice-président de Dominion, d’être un homme « vicieux, très vicieux » (« a vicious, vicious man »). Et Powell de rajouter que dans ce complot supposé massif, ils ne « savaient pas encore combien de candidats Républicains et Démocrates avaient payé pour que l’élection soit biaisée en leur faveur ».

Sidney Powell reste sous le feu des critiques, même dans son camp, pour son absence de preuves à ses accusations graves. Ainsi le journaliste conservateur de Fox News Tucker Carlson l’a-t-il vertement attaqué hier :

Des médias et le pouvoir vertement critiqués

Dans la lignée de leurs précédentes conférences de presse, les représentants de Donald Trump s’en sont pris de manière virulente à la presse, accusée de maintenir un « rideau de fer de censure » selon Giuliani. Une « censure » nourrie par « une une haine pathologique » du président sortant toujours selon l’ancien maire de New York. Celui-ci n’a pas hésité à répondre plusieurs fois à un journaliste « vous mentez ! » dans une ambiance électrique.

Giulani en a même appelé au FBI, accusé de passivité (« where are you FBI? ») face aux accusations de la campagne Trump. Des accusations qui peuvent surprendre alors que que Donald Trump est le président sortant, qui a eu le pouvoir pendant 4 ans et l’a encore aujourd’hui.

Ellis a quant à elle intimé aux « fake news reporters » de « faire leur travail » tandis que la campagne Trump est en train de « défendre la constitution » selon elle.

Des discours qui semblaient plus viser les militants Républicains que les journalistes eux-même, en révélateur indirect de l’objectif probablement plus politique que médiatique de cette conférence de presse.

4 enseignements de cette post campagne

Deux semaines après l’élection présidentielle américaine, la température ne redescend pas dans les deux camps et en particulier chez les partisans de Donald Trump qui s’estiment toujours victimes de fraude. D’un point de vue libéral, la fureur qui entoure cette élection (même dans les commentaires de ce journal) est intéressante à plusieurs chefs.

Déjà, le fait qu’une élection ait autant d’enjeu montre que le gouvernement fédéral a trop de pouvoir. Cette élection est probablement l’un des plus beaux arguments en faveur du libéralisme et pour la limitation du pouvoir. Si tant doivent s’écharper pour du pouvoir, c’est que ce pouvoir est excessif et il gagnerait à être réduit.

Ensuite, quelle que soit la crédibilité que l’on choisira d’accorder aux attaques de la campagne Trump, ces attaques constituent un test précieux pour la solidité de la démocratie américaine, que celle-ci est en train de franchir, en particulier en laissant la justice faire son travail pour séparer le vrai du faux dans ces accusations. Peu importe le résultat des procédures judiciaires en cours, la justice semble pleinement en mesure de remplir son rôle d’arbitre. Voir ici une bonne synthèse des procès en cours. Ceux qui pressaient Donald Trump de reconnaître sa défaite devront  attendre, à juste titre, que la justice fasse son travail.

Cette élection aura aussi permis de pointer les limites du système de vote, en particulier par correspondance. Même s’il semble bien encadré aux Etats-Unis malgré les attaques de ceux à qui il est plutôt défavorable, le doute qu’il peut permettre d’instiller suffit à le disqualifier, pour la France par exemple. Plus largement, la prise en otage politique systématique de toute décision concernant le process électoral aux États-Unis est la source de beaucoup de maux. Le but n’est pas dans de nombreuses décisions de faciliter le vote, mais de faciliter le vote de ceux qui votent comme les gouvernants. Une situation difficilement compréhensible vu de l’étranger.

Enfin, cette élection aura permis de rappeler l’importance pour le processus électoral des méthodes ancestrales, du vote papier et à strict minima du paper trail pour vérifier efficacement une élection.

Vous souhaitez nous signaler une erreur ? Contactez la rédaction.