Donald Trump a perdu, mais ce sont les démocrates qui pleurent

Donald Trump by Gage Skidmore(CC BY-SA 2.0) — Gage Skidmore, CC-BY

Il se battra jusqu‘au bout et tous les recours légaux seront (à juste titre) explorés, mais il faut se rendre à l’évidence : Donald Trump a raté de peu sa réélection. Quel est le bilan de ce président hors du commun ?

Par Matthieu Vasseur.

Économie : et le fossé devint gouffre

Avant que le Covid ne frappe, l’économie américaine était au nirvana. Le plein-emploi bénéficiait aux moins qualifiés, les salaires augmentaient enfin, et plus particulièrement au plus bas de l’échelle sociale.

Le coronavirus aurait dû sonner le glas de ce succès. Paradoxalement, il l’a mis en valeur. Confronté au virus, Donald Trump a respecté le fédéralisme. En règle générale, les États bleus (Démocrates) ont choisi de mettre en place des mesures de confinement strictes et de longue durée. Les États rouges (Républicains) ont choisi une approche légère, s’approchant du modèle suédois.

En Amérique comme en Europe, on n’a observé aucune corrélation entre confinement et bilan sanitaire. En Amérique comme en Europe, on a observé une corrélation sans appel entre confinement et ravages socio-économiques.

L’Amérique est donc coupée en deux : des États bleus dévastés par la conjonction du confinement et des émeutes raciales encouragées par les édiles, et des États rouges qui, après une faiblesse printanière, ont retrouvé toute leur vigueur. Avant même de voter dans les urnes, les Américains ont voté avec leurs pieds : fuyant par centaines de milliers les États bleus pour retrouver l’ordre, la liberté et la prospérité dans les États rouges.

Au niveau national, cela s’est traduit par un rebond spectaculaire de l’économie au troisième trimestre après la lourde récession du second trimestre. Pour 2020, la récession devrait se limiter à 3,5 % du PNB aux Etats-Unis contre une prévision de -8,3 % pour l’eurozone, estimée avant même que le deuxième confinement ne soit décidé. Le bilan final sera donc bien pire.

Avant 2020, l’Amérique confirmait son avance sur l’Europe. En 2020, c’est un gouffre qui s’est creusé. Avec un taux de chômage national revenu à 6,9 %, l’Amérique est de nouveau proche du plein emploi, tandis que l’Europe se prépare à un hiver sans fin de misère et de chômage de masse.

Un point noir cependant, et de taille : le déficit budgétaire, qu’un regrettable consensus bipartisan a décidé de totalement ignorer. Bonne nouvelle : le Sénat républicain, désormais opposé à un Président démocrate, va soudainement retrouver la vertu.

Politique étrangère : Trump rebat les cartes

À Paris et à Berlin, Donald Trump donnait des poussées d’urticaire. Ses attaques contre Angela et Emmanuel étaient parfois justifiées quand il les accusait de ne pas contribuer à leur propre défense, et souvent gratuites.

Son style exaspérait, et les capitales européennes vont pousser des soupirs de soulagement. Peu importe en fin de compte : il y a belle lurette que l’Europe n’est plus une priorité stratégique pour les États-Unis.

Le succès majeur de Donald Trump se situe sur un autre terrain : le Moyen-Orient. Prisonnier des dogmes de Foggy Bottom (le Quai d’Orsay américain), Obama avait laissé cette région sombrer dans la violence : guerres civiles en Syrie et au Yemen, montée en puissance de l’État islamique, Iran étendant partout ses tentacules malfaisantes et accord de paix introuvable entre Israêl et ses voisins arabes. John Kerry, exprimant la doxa diplomatique, expliquait qu’il était rigoureusement impossible pour Israël de parvenir à un accord de paix avec ses voisins sans le consentement préalable du leadership palestinien qui, depuis des dizaines d’années, a manifesté qu’il n’avait aucun désir de parvenir à un tel accord : la situation était dans une impasse.

Donald Trump a brûlé tous les dogmes : il a déplacé l’Ambassade des États-Unis à Jérusalem, il s’est retiré de la Syrie, il a exécuté le général iranien Soleimani. À chaque fois, les sages et les experts prédirent la déflagration, voire une Troisième Guerre mondiale.

Le résultat final fut la signature historique des accords d’Abraham entre Israël, les Émirats Arabes Unis et Bahreïn, avec l’Arabie Saoudite à venir si Joe Biden a la sagesse de poursuivre dans la même voie. L’impossible est devenu réalité.

En Chine enfin, Donald Trump a également rebattu les cartes. Joe Biden était avant tout préoccupé d’enrichir sa famille en vendant son influence en échange d’espèces sonnantes et trébuchantes. Donald Trump, plus préoccupé par l’intérêt national, a choisi une approche de confrontation avec cette dictature émergente. Cette approche ne sera pas remise en cause.

Drain the swamp (asséchez le marécage)

L’élection de Donald Trump en 2016 révélait le gouffre qui s’était creusé entre le peuple (définition de Michel Onfray : « ceux sur qui le pouvoir s’exerce ») et la classe dirigeante (haute administration, agences de renseignement, media, Hollywood, universités, Big Tech).

Le sociologue John Marini avait identifié que l’hypertrophie de l’« État administratif » était au cœur de la crise de la démocratie américaine. Cette crise se traduisant, selon les termes de Martin Gurri, par une « révolte du public », qui faisait pendant à la « révolte des élites » diagnostiquée par Christopher Lasch. Toute ressemblance avec la France n’étant en aucune façon fortuite.

Ce que nul n’aurait pu imaginer en 2016, c’est la violence de la réaction du Léviathan à la victoire de Donald Trump. La fausse « collusion russe », faite de faux dossiers, de diplomates piégés par le FBI, d’écoutes illégales et de fausses informations répandues sans relâche pendant trois ans par les media est probablement le plus grand scandale politique de l’histoire des États-Unis, mêlant l’administration d’Obama, les services de renseignement (FBI et CIA), les media et le parti démocrate dans une entreprise sans précédent de déstabilisation du président élu. Entreprise que les parties prenantes refusent jusqu’à ce jour d’assumer.

Ce fut également la procédure de destitution entamée en 2019 afin d’empêcher Donald Trump d’enquêter sur la corruption massive de la famille Biden en Ukraine. Confrontés aux preuves incontestables de la culpabilité de Joe Biden et de son fils, les media ont choisi de censurer l’information, tandis que Twitter et Facebook bloquaient tous les comptes qui tentaient de la diffuser.

Napoléon disait de Talleyrand qu’il était « de la m… dans un bas de soie ». Avec les clans Clinton et Biden, ce sont deux m… qu’Obama avait installées au cœur de Washington, recouvrant leurs trafics d’influence de sa rhétorique soyeuse.

La politique étrangère des États-Unis était à vendre, pourvu que les millions affluent par dizaines dans la Fondation Clinton et sur les comptes cachés du fils et du frère de Joe Biden.

Obama avait voulu que son administration soit scandal-free : on sait aujourd’hui qu’elle a été l’une des plus corrompues que les États-Unis aient connues.

Dans le film The Matrix, le héros Neo est confronté à un choix crucial : s’il choisit la  pilule rouge (red pill), il deviendra irrévocablement conscient de l’état d’avilissement insupportable dans lequel la Matrice maintient l’humanité. Si, au contraire, il choisit la blue pill, il restera dans un état de bienheureuse ignorance.

Au cours des dernières années, de plus en plus d’Américains ont pris la red pill et ont pris conscience du degré de complicité des media dans la corruption qui émane de Washington D.C.

Parmi les grandes chaînes câblées, seule Fox News a maintenu une diversité d’opinion : les trumpistes inconditionnels (Sean Hannity) affrontent les trumpistes critiques (Tucker Carlson) et les anti-trumpistes impénitents (Chris Wallace).

Cet espace de diversité explique que Fox News écrase désormais ses concurrents devenus monolithiques dans leur exécration inlassable de Donald Trump (CNN, MSNBC et, dans la presse écrite, New York Times et Washington Post).

Plus encourageant encore, un nouvel écosystème se crée, où se développent des espaces de discussions libres, loin du sectarisme maoïste qui étouffe les salles de rédaction des grands media : des podcasts (Joe Rogan, Dave Rubin, Ben Shapiro) qui attirent des millions d’abonnés ou des sites tels que substack.com qui accueille de grands noms de journalistes de gauche (Glenn Greenwald, Matt Taibbi, Andrew Sullivan), réfugiés de l’oppression de leur clan.

Cette prise de conscience est en soi un espoir pour l’avenir des États-Unis, même s’il reste à déterminer comment elle se traduira en actes.

Les juges : interpréter la Constitution, pas la réécrire

Aux États-Unis, le président nomme les juges fédéraux, sous réserve d’approbation du Sénat. Au sommet de la pyramide judiciaire se situe la Cour suprême, dont les neuf membres nommés à vie ont des droits sur tout : avortement, peine de mort,  mariage gay, droit syndical, etc.

La justice en Amérique est devenue au cours des dernières décennies de plus en plus partisane et politisée. Deux philosophies judiciaires s’affrontent.

À droite, on penche pour une lecture textualiste ou originaliste de la Constitution : celle-ci dit ce qu’elle dit, ni plus ni moins. Si on veut la changer, ce n’est pas au juge de le faire, celle-ci doit être amendée selon le processus prévu.

À gauche, on penche pour la théorie de la living Constitution : la Constitution est un document vivant, et le rôle du juge est de favoriser le progrès social sans se restreindre à une lecture littérale de celle-ci.

Au cœur de cette controverse : « Roe vs Wade », le jugement rendu par la Cour suprême en 1973 par lequel elle contraignait tous les États à reconnaître le droit à l’avortement. Avant Roe vs Wade, les représentants politiques décidaient dans chaque État de reconnaître ou non le droit à l’avortement et en déterminaient les modalités. Avec Roe vs Wade, la Cour suprême a préempté ce processus politique pour imposer son choix à tout le pays.

Personne ne prétend que la Constitution américaine, rédigée en 1787, n’édicte réellement un droit à l’avortement. Peu importe, les juges ont décidé, les électeurs n’ont qu’à se taire : living Constitution.

Cette décision empoisonne depuis près de 50 ans le débat politique : les démocrates exigent son maintien, les républicains souhaitent revenir à un processus démocratique et décentralisé.

En quatre ans, Donald Trump a nommé des centaines de juges à tous les niveaux, dont trois à la Cour suprême. Ce faisant, il a durablement influencé le droit pour les décennies à venir, réaffirmant le principe selon lequel les juges doivent interpréter la loi, mais pas la faire.

Relations raciales : le parti républicain devient multi-ethnique

Avec la montée en puissance de l’identity politics et les émeutes raciales, les démocrates ont mis la question raciale au cœur du débat politique. La méritocratie ne serait que le masque de l’oppression blanche.

Ainsi, en Californie, un référendum (Proposition 16) exigeait l’inscription de la discrimination raciale, en faveur des minorités, dans la Constitution ; elle a été rejetée.

Martin Luther King, qui demandait que les individus soient jugés selon leur caractère et non pas selon la couleur de leur peau, est dénoncé comme un laquais des suprématistes blancs.

De même, en choisissant Kamala Harris, rejetée sans appel par les électeurs démocrates lors des primaires, pour l’unique raison qu’elle est noire et femme, Joe Biden marquait la prévalence des catégories identitaires sur le mérite personnel.

Avec ce discours de guerre raciale, les démocrates croyaient avoir trouvé la martingale : il allaient dénoncer sans relâche Donald Trump comme raciste et white supremacist, les minorités raciales et sexuelles n’auraient d’autre choix que de voter démocrate.

Le piège était presque parfait, mais les élections ont signé l’échec total de cette stratégie : Donald Trump a reçu davantage de votes des minorités ethniques (Noirs, hispaniques, Indiens d’Amérique) qu’aucun candidat républicain avant lui depuis 1960.

De même, le pourcentage d’électeurs LGBT ayant voté pour lui a doublé, passant de 14 % en 2016 à 28 % en 2020. Il se trouve que l’on peut être Noir et/ou homosexuel et préférer être reconnu avant tout comme un individu et comme citoyen, plutôt que de se voir assigné à résidence identitaire. Les démocrates n’avaient pas prévu cela, ils vont devoir retourner à la case départ.

Adieu Donald !

Vaincu d’un chouïa par l’incomparable puissance de frappe financière et médiatique de ses adversaires, Donald Trump ne tirera pas sa révérence : il n’a pas ces gracieusetés. Il multipliera les tweets furibards, tout en majuscules et truffés de fautes d’orthographe, mais il partira quand même.

Ce milliardaire new-yorkais a su comme nul autre comprendre et se faire aimer de l’Amérique profonde, et comme nul autre se faire exécrer par ses pairs de l’élite côtière. Il entre désormais dans l’Histoire. Il peut partir la tête haute : le jugement de celle-ci lui sera clément.

 

Vous souhaitez nous signaler une erreur ? Contactez la rédaction.