Les prix du marché, l’essentiel d’une économie saine

Marché provençal by Cellule Communication(CC BY-SA 2.0) — Cellule Communication,

Le profit indique à l’entrepreneur que les consommateurs approuvent ses initiatives ; la perte indique qu’ils les désapprouvent.

Par Fabrizio Ferrari.
Un article du Mises Institute

Parmi les nombreux éclairages que Mises apporte avec son grand œuvre L’Action humaine, il y a des remarques d’une grande clarté au sujet du mécanisme de formation des prix, du rôle que les entrepreneurs jouent pour favoriser une allocation efficiente des ressources et en quoi le socialisme est délétère pour l’économie dans la mesure où il perturbe l’équilibre des relations entre prix, entrepreneuriat et allocation des ressources.

Les prix et la valeur subjective

Dans une économie de marché sans entrave, le mécanisme de formation des prix est l’outil qui contribue à l’allocation de ressources la plus efficiente – c’est-à-dire désirée par les consommateurs. Pourquoi cela ?

Parce que les prix découlent des différentes valeurs subjectives que les êtres humains attachent aux divers biens et services offerts par l’économie.

Lorsqu’un consommateur attribue au bien qu’il possède une valeur subjective inférieure au bien possédé par un autre et vice-versa, les deux échangent ce qu’ils ont – achat et vente. Selon les propres mots de Mises :

« C’est précisément la disparité de la valeur attachée aux objets échangés qui résulte dans leur échange.  Les gens achètent et vendent uniquement parce qu’ils apprécient les choses qu’ils cèdent moins que celles qu’ils reçoivent. » (L’action humaine, 1949).

En procédant à des échanges répétés, les vendeurs découvrent la valeur subjective attachée à la consommation des biens par les demandeurs – c’est-à-dire la valeur de marché des biens.

En d’autres termes ils comprennent qui est le consommateur qui attribue la plus forte valeur à un bien donné, permettant ainsi à chaque bien de trouver le propriétaire qui le désire le plus.

Remarquons que l’appréciation de la valeur des biens est possible si et seulement si les biens sont la propriété privée des agents qui les échangent. En fait, sans la propriété privée des biens, les agents qui les échangent ne pourraient pas profiter du bénéfice qui récompense la découverte des personnes qui désirent le plus les biens qu’ils veulent échanger sur le marché – ils ne seraient pas en mesure de gagner la plus forte récompense possible lors de l’échange.

De même, sans la propriété privée, les agents qui les échangent ne pourraient pas subir de pertes – sous la forme de désirs insatisfaits – en échangeant avec d’autres qui ne sont pas ceux qui désirent le plus les biens qu’ils fournissent.

Entrepreneuriat et allocation des ressources

Toutefois, avant d’être échangés et consommés, les biens de consommation doivent être produits : c’est là que les entrepreneurs entrent en scène. En fait les entrepreneurs sont mandatés par les consommateurs : ces derniers accordent de la valeur – et désirent – des biens particuliers ; ils fournissent donc aux entrepreneurs des motifs de découvrir quels sont ces biens désirés et de choisir les manières les plus efficientes (ainsi que les moyens de production) pour les produire.

Ainsi les entrepreneurs font leur profit des différences spéculatives entre les coûts de production et le chiffre d’affaires des ventes aux consommateurs. Comme l’écrit Mises :

« La direction de toutes les affaires économiques dans la société de marché est une tâche pour les entrepreneurs. À eux le contrôle de la production. Ils sont à la barre et pilotent le navire… Ils se doivent d’obéir inconditionnellement aux ordres du commandant de bord.
Le commandant de bord c’est le consommateur… Si un homme d’affaires ne respecte pas strictement les ordres du public tels qu’ils lui sont transmis par la structure des prix du marché, il subit des pertes, il fait faillite et il est donc privé de son éminent poste à la barre.
D’autres hommes qui ont mieux réussi à satisfaire la demande des consommateurs le remplacent. » (L’action humaine, 1949, c’est nous qui graissons).

On comprend aisément que le rôle des entrepreneurs n’est pas facile du tout.

Ils sont à la fois les propriétaires (ou les acquéreurs) des moyens de production – et assument donc le risque d’une allocation erronée de ressources rares, c’est-à-dire de mauvais investissements – et investis de la mission qui consiste à prévoir correctement les modèles, les quantités et les évaluations subjectives des biens demandés par les consommateurs.

Et donc parmi leurs nombreux rôles, les entrepreneurs se doivent d’être des spéculateurs s’il en est : leur rôle (en partie) est de deviner correctement les désirs futurs des consommateurs, afin d’éviter les mauvais investissements et de faire des bénéfices.

Si les entrepreneurs se trompent dans leurs spéculations au sujet de l’avenir, ils subissent des pertes. En fait les entrepreneurs commencent par payer d’avance pour acquérir les moyens de production et ils sont récompensés ultérieurement avec du chiffre d’affaires.

Si les entrepreneurs n’interprètent pas correctement les désirs futurs des consommateurs – ils commencent par injecter de l’argent mais ne récoltent par la suite pas (suffisamment) de chiffre d’affaires. Comme l’explique Mises :

« Les entrepreneurs s’égarent souvent. Ils payent leurs erreurs au prix fort…
Et pourtant le véritable entrepreneur est un spéculateur, un homme qui n’hésite pas à utiliser son opinion sur la structure future du marché pour monter des affaires qui promettent des bénéfices…
Il constate le passé et le présent comme les autres ; mais il juge l’avenir différemment » (L’Action humaine, 1949, c’est nous qui graissons).

À la lumière de ce qui a été exposé jusqu’ici il est clair que les entrepreneurs sont des rouages essentiels et indispensables de la mécanique économique, du moins tant que dans le monde où nous vivons l’avenir est incertain et que les moyens de production d’usages alternatifs – et mutuellement exclusifs – sont rares.

Le socialisme est économiquement impossible

Voici le problème du socialisme : sans propriété privée les prix du marché – découlant des évaluations subjectives – ne peuvent pas se dégager, la formation des prix est compromise et les entrepreneurs ne peuvent plus apprécier les moyens de production selon leur utilité à satisfaire les attentes des consommateurs.

Les entrepreneurs se retrouvent dépourvus d’outils de calcul utilisables pour la spéculation sur l’avenir et ne sont donc plus en mesure de décider comment allouer les moyens de production.  Selon les propres termes de Mises :

« Le profit indique à l’entrepreneur que les consommateurs approuvent ses initiatives ; la perte indique qu’ils les désapprouvent. Le problème du calcul économique socialiste est précisément celui-ci ; le fait qu’en l’absence de prix de marché pour les facteurs de production, le calcul du bénéfice ou de la perte est infaisable« . (L’Action humaine, 1949, c’est nous qui graissons).

Et même si les êtres humains atteignaient la connaissance technologique parfaite, ce serait en vain. En fait la connaissance technologique est dépourvue d’évaluation par définition ; elle peut expliquer comment parvenir à quelque chose, mais elle ne peut pas répondre à deux questions : est-ce que cela en vaut la peine ?  Est-ce que c’est ce qu’on désire ?

En d’autres termes la connaissance technologique est utile pour établir des recettes et des mélanges, mais elle est totalement inutile pour faire des évaluations et prendre des décisions. Comme l’explique Mises :

« L’art de l’ingénierie permet de déterminer comment un pont doit être construit pour enjamber une rivière en un point donné et pour supporter des charges définies. Mais il ne peut pas répondre à la question de savoir si la construction de ce pont ôterait des facteurs matériels de production et du travail d’un autre emploi dans lequel ils pourraient satisfaire des besoins plus urgents. » (L’Action humaine, 1949)

Ainsi, même en concédant aux socialiste le scénario qui leur est le plus favorable (c’est-à-dire une connaissance technologique parfaite), ils seraient malgré cela désarmés pour planifier la production au sein de l’économie : sans les évaluations subjectives et les prix ils ne sauraient pas choisir quoi produire et à quoi renoncer.

Prix, évaluation et propriété privée

Les prix, qui découlent des échanges entre des agents qui attachent des valeurs subjectives différentes aux biens, constituent le signal par lequel les agents économiques (consommateurs et producteurs/entrepreneurs) peuvent allouer les moyens économiques là où ils sont les plus nécessaires – la formation des prix fait surface.

Le mécanisme de formation des prix fonctionne bien si et seulement si les biens économiques sont évalués subjectivement. Mais l’évaluation subjective des biens exige la propriété privée : sans propriété privée, profits et pertes ne sont pas engrangés ou subis à titre privé, ce qui enlève toute motivation d’allouer les ressources de la manière la plus efficiente.

Le socialisme, qui impose la propriété en commun, rend l’évaluation subjective des biens impossible, ce qui enraye le mécanisme de formation des prix.  Sans prix, les entrepreneurs ne peuvent pas calculer pour allouer les ressources de manière efficiente.  Ainsi, le socialisme est condamné à l’échec économique.

Traduction par Contrepoints de Why We Need Entrepreneurs and Market Prices for a Healthy Economy

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