The Boys : une excellente critique du corporatisme

Que se passerait-il si les super-héros faisaient partie intégrante de notre société : médias sociaux, publicité et actions discutables ? La série The Boys propose une réponse intéressante.

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The Boys : une excellente critique du corporatisme

Publié le 15 juillet 2020
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Que se passerait-il si les super-héros existaient vraiment ? Non, pas comme ceux de Marvel. Que se passerait-il s’ils faisaient partie intégrante de notre société : médias sociaux, publicité et actions pour le moins discutables ?

La série The Boys, d’Amazon Prime, propose une réponse intéressante ; la seconde saison devrait être disponible d’ici septembre.

Au premier regard, The Boys n’est qu’une accumulation de clichés hollywoodiens où l’on montre les méfaits de l’#ultracapitalismeneoliberalsauvagemangeurdechiots. Mais en regardant de plus près, on y retrouve une excellente (et involontaire ?) critique du corporatisme et des effets d’un gros gouvernement sur les incitatifs des individus.

Ce dernier point est très évident dès le premier épisode.

Hughie, le maladroit protagoniste (anti-héros ?) principal, discute avec son amie Robin. Malheureusement pour lui, A-Train (the Flash), un des Supes (super-héros) les plus importants du monde, percute cette dernière à toute vitesse, ne laissant qu’un amas sanglant et gore. Il ne recevra même pas ne serait-ce qu’une tape sur les doigts puisqu’il a affirmé que Robin était sur son chemin au milieu de la rue alors qu’elle n’était qu’à un pas du trottoir.

À la fin du même épisode, le Protecteur (Superman), le chef des Supes et leader des Seven (les sept meilleurs super-héros), provoque le crash d’un avion avec ses yeux laser afin d’éliminer un passager détenant une information compromettante. Ledit avion s’étant écrasé en pleine mer, l’Homme-poisson (Aquaman) a mené son enquête et remarqué la cause des dommages. Il en fait part à la vice-présidente de Vought (la compagnie des Supes), Madelyn Stilwell. Mais le Protecteur saura vite convaincre son collègue de se taire.

Autrement dit, les Supes jouissent de l’immunité, une pratique insensée qui protège les policiers de virtuellement toute responsabilité de leurs actions, même s’ils sont enregistrés en train de tuer un homme pour une « infraction » insignifiante, pour respecter la loi, ou quand ils s’agenouillent sur son cou alors que leurs collègues ne réagissent absolument pas. Un tel manque de responsabilisation signifie que les ripoux ne seront pas triés sur le volet. Et les « bons » policiers » qui voudraient briser l’omerta doivent rentrer dans le rang, subir du harcèlement ou être congédiés. Et si procès il y a, le policier a une longueur d’avance sur l’autre partie.

Donc afin de garder sa position prestigieuse, l’Homme-poisson accepte de taire les actions du Protecteur.

Vought : un monopole ?

Stella, qui remporte la « Star Ac des Supes » et rejoint les Sept, vivra vite une situation semblable. Dès qu’elle met le pied au QG de Vought, l’Homme-poisson la soumet à un acte sexuel, un chantage pour qu’elle conserve sa place. Elle découvrira plus tard qu’elle a été dupée et – contre la volonté des publicistes de Vought – fera référence à l’incident en public. Pour éviter une campagne négative à son endroit, Vought enverra l’Homme-poisson « en congé. »

Il semble donc que le mouvement #metoo n’existe pas dans cet univers. Mais même s’il avait existé, il est peu probable que Stella aurait agi différemment. Pourquoi ?

Parce que selon la première saison, Vought est l’unique compagnie sponsorisant les Supes. C’est logique, surtout en considérant comment ces derniers ont vu le jour…

En d’autres termes, Vought International est un monopole et partage le même lit que le gouvernement. Si non, comment les Sept pourraient-ils commettre des meurtres sans conséquence et taire leur énorme secret pendant près de 40 ans ? Cette indifférence à la vie devient un plan machiavélique quand le Protecteur et Reine Maeve (Wonder Woman) laissent un avion s’écraser au lieu de sauver quelques passagers. Comme il n’y aura aucun survivant, leurs plans auront été un succès et ils obtiennent ce qu’ils veulent.

Quel est le rapport avec Stella ? Si Vought devait faire face à de la concurrence et que le traitement de Stella était typique des autres femmes, elle aurait pu trouver un travail où les femmes sont mieux respectées et où, qui sait, elle aurait pu faire des missions solo comme elle le veut ou même négocier un compromis sur sa présence à un festival chrétien de grande envergure.

The Boys, quand la tyrannie devient loi…

Alors quand le gouvernement, supposément créé pour protéger la vie, la liberté et la poursuite du bonheur des individus, échoue à ses missions de base, certains tenteront de se faire justice eux-mêmes.

C’est ce que Hughie fait en s’associant avec un personnage louche qui a aussi une dent contre les Supes. Bien que la justice autoproclamée n’est jamais à recommander, il n’est pas surprenant que Hughie et ses acolytes y adhèrent. Vought n’a voulu qu’acheter son silence en présentant des excuses de convenance très hypocrites pour la mort (accidentelle, certes) de sa petite amie.

Mais une autre voie aurait été possible : l’invalidation par jury. Elle aurait été extrêmement ardue, sans aucun doute. Mais en cherchant des alliés – comme ce groupe de soutien de victimes collatérales des Supes – Hughie aurait bénéficié dès le départ d’un mouvement demandant justice, fut-ce contre des superhéros à la force surhumaine.

Après tout, l’invalidation a des précédents d’une époque avec (virtuellement) aucune électricité. Aux États-Unis, dans les États du nord des années 1850, plusieurs citoyens en avaient soupé que les États du sud puissent faire valoir leurs « droits » grâce à des lois fédérales comme celle sur les esclaves fugitifs. Ils ont commencé à ne pas renforcer ces lois ; certains échelons du gouvernement ont même aidé ces fugitifs à poursuivre leur chemin vers le Canada.

En 2020, de telles actions seraient presque impossibles, comme l’ont appris à leur dépens les villes sanctuaires de l’immigration. Mais à cœur vaillant, rien d’impossible.

Malgré un pouvoir de l’exécutif toujours en expansion aux États-Unis, il suffit d’un groupe de citoyens prêts à rappeler aux gens qu’ils sont le gouvernement et qu’ils peuvent laisser des humains briser leur chaines, émigrer de manière (surtout) pacifique afin d’améliorer leur sort ou d’obtenir justice face à des superhumains y ayant échappé trop souvent.

Espérons que la saison 2 de The Boys exposera encore plus le corporatisme de Vought et que les Supes subiront les conséquences de leurs actions. Espérons aussi que Stella puisse appliquer la philosophie d’Oncle Ben : avec de grands pouvoirs viennent de grandes responsabilités. Elle pourrait même convaincre quelques collègues de la justesse de cette voie…

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Créer un compte Tous les commentaires (3)
  • Mouais. J’y crois à mort… (j’ai adoré la série).
    On peut faire aussi une critique de super-héros qui suivent leurs propres intérêts égoïstes au sein de Vought qui les a créés mais dont ils pourraient se passer sans soucis s’ils n’étaient pas si intéressés par l’argent et la gloire.
    Bref.
    Le paragraphe sur l’invalidation : je n’ai rien compris.

  • Pour moi l’une si ce n’est LA série de super héros de tous les temps. Et en effet, si il y avait des super héros dans notre monde, ça se passerait exactement comme ça ! 😀

  • Ils pourront pas pas faire des trucs aussi trash que le comics, rien que l’Herogasm ça ferait passer la série en XXX pour plus de 30 ans.

  • Les commentaires sont fermés.

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