Le désaccord Twitter/Facebook joue en faveur de Donald Trump

Donald Trump by Gage Skidmore(CC BY-SA 2.0) — Gage Skidmore, CC-BY

Facebook est le principal mastodonte des réseaux sociaux mais c’est chez Twitter que Donald Trump se sent chez lui.

Par Daniel Girard.

Maintenant que Trump surveille de près les agissements des deux plateformes à son égard, elles doivent faire preuve de retenue pour éviter la grogne des abonnés et le courroux présidentiel.

Le même instinct qui a mené Donald Trump au pouvoir continue de le servir efficacement, au désespoir de ses détracteurs et même de certains de ses alliés.


Le 28 mai dernier, Donald Trump a publié un décret exécutif qui mènera à la révision du statut des grandes plateformes, Facebook, Twitter, YouTube, et visera à les contraindre à l’impartialité. Cette mesure survient après l’ajout, par Twitter, d’une note de vérification sur deux tweets du président associant le vote par correspondance à la fraude électorale.


La note de Twitter invite les usagers à s’informer sur la question en les renvoyant à @CNNPolitics qui contredit l’affirmation du président.

Il était prévisible que l’initiative de Twitter irrite profondément le président. Il a maille à partir avec CNN sur une base régulière depuis son arrivée à la Maison-Blanche.


Donald Trump a qualifié l’initiative de Twitter d’interférence dans l’élection présidentielle de 2020 et de violation de la liberté d’expression. Il estime que Twitter perd ainsi son statut d’hébergeur, qui le protège des poursuites judiciaires liées au contenu sur sa plateforme. Intervenir dans le contenu des tweets fait de Twitter un éditeur, ce qui le soustrait à la protection de l’article 230 du Communication Decency Act.

Cette loi, adoptée en 1996, fait en sorte que les plateformes ne peuvent pas être tenues responsables des contenus des utilisateurs tant qu’ils ne publient rien d’illicite. Elles ont toute latitude pour édicter leurs règles de modération. Elles évitent ainsi d’être visées pour atteinte à la liberté d’expression. Donald Trump veut éliminer cette protection qui pave la voie, selon lui, à la censure des points de vue conservateurs. D’où le décret présidentiel.


Mais ce décret n’a pas empêché Twitter de poursuivre son examen attentif des publications de Donald Trump en y ajoutant des commentaires. Le 30 mai, alors que les protestations dans la foulée de la mort de George Floyd mènent à de la casse, le président lance un tweet où il dit : quand les pillages commencent, les balles se mettent à fuser. Twitter réagit rapidement en signifiant aux usagers que le tweet glorifie la violence.


Après avoir toujours ignoré les publications de Donald Trump, Twitter se place maintenant dans une position précaire par ses interventions.

Twitter ne peut affirmer avec certitude que la fraude lors du vote par correspondance ne pose pas un risque. L’an dernier, en Caroline du Nord, l’élection d’un représentant républicain a été invalidée lorsqu’il a été découvert que des partisans de ce candidat avaient déniché des bulletins de vote par correspondance qu’ils avaient remplis. Ce n’est pas un mensonge d’affirmer qu’une fraude lors d’un vote par correspondance pourrait survenir.

Si Twitter veut examiner en détail de façon crédible les publications des politiciens, il y en a de nombreuses qui méritent d’être analysées soigneusement.

Le 14 janvier, Bernie Sanders a affirmé, sans le démontrer, qu’un régime d’assurance-santé universelle serait plus avantageux que le système actuel pour tous les Américains.


Le 2 décembre 2018, la représentante Alexandria Ocasio-Cortez a publié que les erreurs de comptabilité du Pentagone auraient permis d’éponger les deux-tiers des dépenses d’un éventuel régime universel d’assurance-santé. Un calcul qui a amusé plusieurs internautes.


Si Twitter se lance dans l’exercice d’avertir les usagers des inexactitudes politiques, il devra l’accomplir avec rigueur ou risquer le discrédit. C’est d’ailleurs une réalité qui n’a pas échappé à Mark Zuckerberg qui ne s’est pas gêné pour faire la leçon à Jack Dorsey, PDG de Twitter. Mark Zuckerberg estime que les réseaux privés ne devraient pas se donner le rôle d’arbitre de la vérité.


Pour Zeynep Tufecki, professeure à l’Université de Caroline du Nord et contributrice à The Atlantic, le coup de semonce de Mark Zuckerberg visait à impressionner Donald Trump. Le PDG de Facebook a tenu à souligner avoir eu un entretien constructif avec le président.


Facebook est le principal mastodonte des réseaux sociaux mais c’est chez Twitter que Donald Trump se sent chez lui. Il y compte 81,7 millions d’abonnés comparativement à près de six millions sur Facebook. Maintenant que Facebook réaffirme sa primauté dans l’univers des plateformes médiatiques et s’engage au statu quo dans la gestion des contenus, Twitter n’aura pas d’autre choix que de se demander si cela vaut la peine d’alerter les usagers à chaque fois que Donald Trump publie un tweet comportant des inexactitudes ou des exagérations.

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