The Crown : un antidote au socialisme

La saison 3 de The Crown sur Netflix pourrait avoir un effet positif en France : elle pourrait permettre de mieux comprendre comment le Royaume-Uni s’est libéré du socialisme qui l’étouffait.

Par Jean-Baptiste Noé.

The Crown est l’une des séries de Netflix les plus réussies : décors, costumes, acteurs et fidélité à la réalité historique, c’est à la fois un beau divertissement et une plongée dans l’histoire du Royaume-Uni durant le long règne d’Élisabeth II. La troisième saison, diffusée à partir de novembre 2019, couvre la période 1964-1977, c’est-à-dire les années qui ont précédé l’arrivée au pouvoir de Margaret Thatcher. Pour les amateurs français, ils peuvent ainsi découvrir ce qu’était l’Angleterre avant elle, et donc ce qu’elle a réellement apporté au pays.

Une figure repoussoir

Honnie en France, Margaret Thatcher est une figure repoussoir de tous les fantasmes anti-libéraux. Il est bien difficile de défendre son bilan et, du reste, on comprend mal comment avec un tel bilan supposé négatif elle a pu être le Premier ministre resté en poste le plus longtemps au cours du XXe siècle, soit 11 ans, quatre fois réélues et des conservateurs qui sont restés au gouvernement jusqu’en 1997 et la victoire de Tony Blair, soit une période de 18 ans. Les Français qui regarderont la saison 3 de The Crown auront un début d’explication. Au cours de ces années, nous voyons le Royaume-Uni sombrer dans l’abîme et la faillite de l’État-providence tel qu’il fut mis en place au sortir de la guerre. État-providence que les conservateurs n’ont pas supprimé à leur retour au pouvoir.

Cette période est marquée par le retour des travaillistes, en la personne d’Harold Wilson (1964-1970 ; 1972-1974). Celui-ci se fait élire sur une rhétorique socialiste classique qu’il met en œuvre une fois Premier ministre. Les déconvenues arrivent bien vite. Alors qu’il a promis de ne pas dévaluer la livre, il est contraint de le faire, sans remettre en cause sa politique. Le déficit extérieur explose, le chômage se développe, l’économie patine. Wilson subit les premières grèves de mineurs, qui refusent tout changement et toute modification de leur statut.

L’épisode 3 est consacré à la catastrophe d’Aberfan quand, en octobre 1966, un terril s’effondre engloutissant le village situé en contre-bas et notamment une école. Cette catastrophe tue 116 enfants et 28 adultes. Les problèmes économiques additionnés au manque d’avenir de la mine ravivent le nationalisme gallois et sa velléité de rompre avec le Royaume-Uni. Wilson perd les élections législatives de 1970, laissant la place au conservateur Edward Heath. Lui-même ne parvient pas à rompre la spirale déflationniste. Il provoque des élections anticipées en 1972, qu’il perd, ce qui permet à Wilson de revenir au gouvernement.

Un Royaume-Uni menacé

Ces années sont particulièrement difficiles pour le Royaume-Uni. Outre les problèmes économiques et sociaux, les grèves ne cessent de se multiplier et les syndicats bloquent toute réforme possible. Les nationalismes se réveillent. Au Pays de Galles d’une part, en Irlande du Nord d’autre part, avec le début des affrontements violents en Ulster. C’est le début d’une guerre civile qui dure une vingtaine d’années. Les problèmes économiques et la faiblesse de l’Angleterre exacerbent les tensions sociales et nationales et menacent l’intégrité du Royaume-Uni.

La série rend très bien compte de la montée des périls, du naufrage lent et régulier du pays et de l’incapacité des gouvernements, conservateurs comme travaillistes, à trouver une solution aux problèmes. Résultat : un complot se trame contre le gouvernement. Les cadres de la Banque d’Angleterre s’allient avec les hauts gradés de l’armée pour renverser le Parlement et porter Lord Mountbatten au pouvoir. Celui-ci renonce finalement à déstabiliser davantage son pays (épisode 5).

Les difficultés culminent dans l’épisode 9. La grève des mineurs conduit à des coupures d’électricité dans tout le pays. Lors d’une scène tragique, on voit les pages de Buckingham ressortir les bougeoirs et les bougies afin d’éclairer les pièces la nuit. En quelques décennies, le socialisme a ramené le pays au XIXe siècle : pénuries d’électricité, de nourriture, de travail, problèmes sociaux de plus en plus exacerbés, hyper-inflation, menace sur l’intégrité politique du royaume. Londres doit demander trois prêts successifs au FMI, comme un vulgaire pays du tiers-monde. Il est loin le temps de la splendeur de l’Empire. La saison s’arrête en 1977, c’est-à-dire avant l’Hiver du Mécontentement (1978-1979) qui a plongé le pays dans le chaos. En 1979, le Royaume-Uni est à genoux et menacé de disparition.

Cette trame historique et sociale permet de comprendre l’arrivée au pouvoir de Margaret Thatcher en 1979, le sens des réformes qu’elle a menées, ses larges succès électoraux et la mémoire contrastée qu’elle suscite. Les socialistes et les syndicalistes lui reprochent d’avoir brisé leurs rêves ; les conservateurs lui sont reconnaissants d’avoir sauvé le pays.

The Crown rencontre un large écho auprès du public français. Si, grâce à cette saison 3, ils peuvent mieux comprendre la situation sociale du Royaume-Uni en 1979 et l’impasse où l’a conduit le socialisme, elle pourra peut-être avoir un effet bénéfique sur la politique française. La saison 4, consacrée aux années Thatcher, sera diffusée à l’automne 2020. Peut-être l’occasion de découvrir enfin qui fut réellement Margaret Thatcher.

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