Non, le vélo n’est pas une alternative à la voiture !

A bicyclette by Sylvie burr-Domaine public — Sylvie burr, CC0

La mobilité n’est pas une question d’idéologie vertueuse, mais un besoin impérieux de subsistance.

Par Hugues Lannoy.

Dans un article de cette semaine, le journal Le Figaro propose que nous profitions du Covid-19 pour encore rogner l’espace de la mobilité urbaine automobile pour le consacrer au vélo.

Une fausse interrogation : « Le Covid 19 va-t-il enfin imposer le vélo en ville ? » renforcée d’un enfin accusateur, en un dossier quasiment publicitaire vantant les qualités du vélo, sans jeter la moindre ombre au tableau idyllique d’une ville où les navetteurs et les habitants auront encore plus de mal à se déplacer, sans qu’aucune alternative crédible et durable n’ait été mise en place au préalable.

Car le vélo n’est pas une alternative à l’automobile pour la plupart des navetteurs et des automobilistes urbains.

Il n’est envisageable que pour une personne seule, sans trop de bagages, par temps clément, sur un itinéraire sans trop de relief qui ne dépasse pas les 20 à 30 minutes. Si vous avez plus de 15 km à parcourir, passez par une côte à 6 %, n’avez pas de douche au travail, êtes parent, déposez votre conjoint, etc., c’est tout de suite plus compliqué.

Mais c’est ainsi que fonctionne la propagande écologiste. Sur fond de Faukon- Yaka, elle érige un comportement en modèle de vertu, « pour le bien de la planète » et condamne ceux qui ne peuvent s’y soumettre. Qui sont pourtant sur la même planète.

Opportunistes, les verts sautent sur chaque occasion de faire des petits pas difficiles à défaire, et tant pis pour le bien commun, et les trajets de cette masse de gens pour qui Yapaka. L’idée du camp du Bien est passée, et à grands coups de prosélytisme, ils la feront s’étendre.

Il est certes important de rendre au citadin une part de cette emprise encombrante, et on l’espère, un jour dépassée, qu’a l’automobile sur la ville.

Mais, et c’est fou d’avoir encore à le répéter à notre époque : il faut d’abord mettre en place des alternatives crédibles et efficaces.

C’est en offrant à l’automobiliste de meilleures solutions de mobilité que celle de rester coincé dans un bouchon qu’il sortira de sa cage en fer. L’auto-enfermement, si vous me passez l’expression, est rarement le rêve de l’usager dans sa file à l’arrêt.

Ce n’est pas l’automobiliste le bouchon, comme on tente de nous le faire croire. C’est l’absence d’alternative.

À l’aube de la sortie de confinement de nos outils économiques et du gagne-pain de chacun, la dernière chose dont nos entreprises et nos travailleurs ont besoin, c’est d’avoir encore plus d’entraves sur le chemin du travail.

On ne doit pas sacrifier encore un peu de nos libertés sur l’autel d’une bien-pensance qui se soucie très peu de financer les vraies alternatives et se contente de surfer sur une communication facile.

Qui oserait critiquer une piste cyclable ? Qui oserait se lever contre ce bénéfice pour la mobilité douce, pour cette diminution, illusoire comme cette crise nous l’a montré, des émissions des gaz liés au transport ? Tous ceux qu’elle exclut.

Tous ceux cités plus haut pour qui le Yaka n’est pas possible.

Tous ceux qui ne peuvent ou ne veulent prendre le risque d’être contaminés dans les boîtes de Pétri des transports en commun.

Tous ceux qui ne sont pas convaincus que les gouttelettes de transpiration du pédaleur devant eux éviteront le sillage de leur deux roues.

Tous ceux qui réclament des solutions structurelles de mobilité plutôt que ces emplâtres fait de bric et de broc, de cônes et de barrières, de bandes de circulation confisquées à l’emporte-pièce.

Tous ceux pour qui la mobilité n’est pas une question d’idéologie vertueuse, mais un besoin impérieux de subsistance.

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