Les 10 mythes les plus populaires sur le Covid-19 et comment ils ont émergé

Fake news under magnifying glass By: Marco Verch Professional Photographer and Speaker - CC BY 2.0

Tordons le cou aux 10 mythes les plus répandus sur le Covid-19 en France mais aussi aux États-Unis, en Italie, en Allemagne et au Royaume-Uni.

Par John Gregory et Kendrick McDonald1.
Un article de NewsGuard

Alors que le Covid-19 se propage dans le monde entier, l’équipe de journalistes de NewsGuard suit, évalue et alerte sur les sites qui diffusent de fausses informations sur la maladie via son Centre de suivi de la mésinformation sur le coronavirus. Cette page recense un nombre croissant de sites qui ont publié de fausses allégations sur le Covid-19, allant de faux traitements et remèdes à des théories du complot sur les origines de la maladie.

De nombreux sites listés sur cette page publient les mêmes intox et mythes, et la mésinformation se propage de manière virale d’un domaine à l’autre et via des billets sur les réseaux sociaux, qui servent de chambre d’écho à ces faux articles.

Ici, nous documentons et tordons le cou aux 10 mythes les plus répandus sur le Covid-19 sur ces sites en France mais aussi aux États-Unis, en Italie, en Allemagne et au Royaume-Uni ; et nous traçons leurs origines, pour comprendre où l’intox a émergé pour la première fois, et comment elle s’est propagée sur internet.

Mythe 1 : le Covid-19 a été volé dans un laboratoire canadien par des espions chinois

La vérité

PolitiFact, FactCheck.org, et la CBC (Société Radio-Canada) ont tous conclu qu’il n’y avait aucune preuve que le nouveau coronavirus ait été volé par des espions chinois dans un laboratoire canadien. Cette allégation s’appuie sur le fait que deux scientifiques chinois ont été expulsés de ce laboratoire en juillet 2019, ce qui est exact, comme l’a rapporté la CBC.

Toutefois, l’Agence de la santé publique du Canada a déclaré à la CBC qu’on leur avait demandé de partir en raison d’une enquête sur ce que l’agence a décrit comme une « violation du règlement » et une « question administrative ». Elle a ajouté que cette affaire n’était pas liée à l’épidémie de coronavirus. « C’est de la mésinformation, et il n’y a aucune base factuelle à ces allégations qui sont faites sur les réseaux sociaux », a déclaré Eric Morrissette, porte-parole de l’Agence de la santé publique du Canada, à la CBC en janvier 2020.

Comment cette infox est apparue

Comme Gabby Deutch, correspondante de NewsGuard à Washington, l’a écrit dans Wired, la trace la plus ancienne de cette allégation est un article publié sur GreatGameIndia.com le 26 janvier 2020 et intitulé « L’arme biologique coronavirus – comment la Chine a volé le coronavirus au Canada et l’a militarisé » (Coronavirus Bioweapon – How China Stole Coronavirus From Canada And Weaponized It).

L’article a ensuite été repris mot pour mot sur le site de mésinformation ZeroHedge.com, qui figure parmi les 900 sites générant le plus d’engagement aux États-Unis, et cette version a ensuite été reprise sur RedStateWatcher.com, un site conservateur géré de manière anonyme, qui figure dans le top 140 des sites suscitant le plus d’engagement aux États-Unis.

Exemples de sites français ayant publié cette intox : AubeDigitale.com, EgaliteEtReconciliation.fr, NoSignalFound.fr

Mythe 2 : le Covid-19 contient des insertions de VIH qui suggèrent qu’il a été créé artificiellement

La vérité

Cette allégation a été attribuée à un article de recherche publié sur le site BioRxiv.org, qui permet à des chercheurs de partager des études scientifiques avant qu’elles aient été soumises à un comité de lecture et publiées. Selon un article de février 2020 sur le site de vérification des faits HealthFeedback.org, les conclusions de l’étude selon lesquelles il existe des similitudes entre le virus qui provoque le COVID-19 et le virus de l’immunodéficience humaine (VIH) « ont été détectées en utilisant des séquences de protéines extrêmement courtes, une pratique qui donne souvent lieu à de faux résultats positifs ».

Par ailleurs, les auteurs ont oublié de préciser que ces séquences se retrouvent dans de nombreux autres organismes. Les auteurs de cette étude l’ont retirée de BioRxiv.org deux jours après sa publication sur ce site.

Comment cette infox est apparue

Cette pré-publication sur BioRxiv.org a d’abord été mise en avant par Eric Feigl-Ding, épidémiologiste de l’Université d’Harvard et économiste de la santé dans une série de tweets le 31 janvier 2020. Il a toutefois noté que l’étude n’avait pas été soumise à un comité de lecture scientifique.

Les tweets d’Eric Feigl-Ding et l’étude ont ensuite été cités dans un article publié sur ZeroHedge.com le même jour. Cet article a lui-même été repris dans son intégralité sur InfoWars.com, un site américain d’extrême droite qui a soutenu à tort que la tuerie de masse de l’école primaire Sandy Hook, aux États-Unis, était une intox, entre autres fausses allégations.

Exemples de sites français ayant publié cette intox : Cogiito.com, Medias-Presse.info, NoSignalFound.fr, NouvelOrdreMondial.cc, WikiStrike.com, LumiereSurGaia.com

Mythe 3 : la pandémie de COVID-19 a été prédite lors d’une simulation

La vérité

Le Centre pour la sécurité sanitaire Johns Hopkins et la Fondation Bill et Melinda Gates ont en effet organisé un exercice de simulation d’une préparation d’urgence à une pandémie appelé Event 201, en octobre 2019. Toutefois, le scénario étudié portait sur un coronavirus fictif avec des caractéristiques différentes du virus causant le Covid-19. Par exemple, dans cette simulation, le virus provenait de fermes de cochons au Brésil, pas en Chine.

Comment cette infox est apparue

L’exemple le plus ancien de cette infox remonte à un post du 22 janvier 2020 sur une sous-chaîne conspirationniste de Reddit. Celui-ci faisait référence à des articles d’actualité d’octobre 2019 sur la simulation et à des articles plus récents sur l’épidémie en Chine. Cette théorie a ensuite été reprise plus largement le 23 janvier dans un article du site américain d’extrême droite InfoWars.

Exemples de sites français ayant publié cette intox : AlterInfo.net, LesMoutonsEnrages.fr, LumiereSurGaia.com

MYTHE 4 : un groupe financé par Bill Gates a breveté le virus

La vérité

S’il est vrai que l’Institut Pirbright, basé au Royaume-Uni, a reçu des financements de la Fondation Bill et Melinda Gates, le brevet auquel ces allégations font référence concerne une autre souche de coronavirus qui ne touche que les poulets. « Pirbright ne travaille pas à l’heure actuelle sur des coronavirus humains », a souligné l’Institut dans un post sur son site internet en janvier 2020, en réponse à cette théorie complotiste.

Comment cette infox est apparue

Selon les sites de vérification des faits FactCheck.org et Snopes, un tweet publié le 21 janvier 2020 par Jordan Sather, un complotiste américain ayant 140 000 followers sur Twitter et 218 000 abonnés sur sa chaîne Youtube « Détruire l’Illusion » (Destroying the Illusion), serait le premier exemple de cette allégation. Le site américain d’extrême droite InfoWars a ensuite repris cette affirmation dans un article du 23 janvier sur la simulation co-organisée par la Fondation Bill et Melinda Gates, et décrite plus haut.

Mythe 5 : le virus à l’origine de la maladie est une arme biologique créée par l’Homme

La vérité

Toutes les preuves scientifiques indiquent que le virus semble provenir des chauve-souris. Une étude publiée en février 2020 dans le journal Nature souligne que le virus est à “96% identique au niveau génomique” à celui d’un coronavirus de chauve-souris. Une étude publiée en mars 2020 dans le journal Nature Medicine a conclu que le virus “n’est pas une construction de laboratoire ni un virus manipulé à dessein”.

Comment cette infox est apparue

Des théories du complot similaires ont été promues par des sites de mésinformation lors de précédentes épidémies. Par exemple, NaturalNews.com, un réseau de sites faisant la promotion de complots politiques et sanitaires a qualifié le virus Ebola « d’arme biologique » lors de l’épidémie de 2014 en Afrique.

La mention la plus ancienne que NewsGuard a pu trouver qualifiant le Covid-19 d’arme biologique est une vidéo du 23 janvier 2020 du complotiste américain David Zublick intitulée « Flash : Le coronavirus est une arme biologique destinée au contrôle de la population » (Breaking: Coronavirus Is Bioweapon For Population Control). David Zublick a 160 000 abonnés sur sa chaîne YouTube.

Exemples de sites français ayant publié cette intox : AubeDigitale.com, EgaliteEtReconciliation.fr, French.PressTV.com, LesMoutonsEnrages.fr, LesMoutonsRebelles.com, LumiereSurGaia.com, Panamza.com, ReseauInternational.net, RiposteLaique.com

Mythe 6 : la technologie cellulaire 5G est liée à la pandémie de coronavirus

La vérité

Il n’existe aucune preuve que les effets sur la santé du Covid-19 puissent être liés à la 5G, selon des articles de Reuters et FullFact.org. Dans un article de la BBC datant d’avril 2020, le docteur Simon Clarke, professeur de microbiologie à l’université de Reading a qualifié de « grand n’importe quoi » les allégations selon lesquelles la 5G pouvait transmettre le virus ou faire s’effondrer le système immunitaire et rendre les gens plus vulnérables. Un rapport de mars 2020 de la Commission internationale de protection contre les rayonnements non ionisants n’a trouvé aucune preuve que les réseaux 5G poseraient un risque pour la santé humaine.

Comment cette infox est apparue

La mention la plus ancienne suggérant un lien entre la 5G et le nouveau coronavirus est un article de janvier 2020 publié sur Les Moutons Enragés, un blog français complotiste géré anonymement, selon des données communiquées à NewsGuard par First Draft. Ces allégations se sont ensuite propagées dans des groupes Facebook et sur des chaînes YouTube relayant déjà de fausses informations sur la 5G (comme la fausse affirmation selon laquelle cette technologie causerait des cancers).

Elles ont par la suite été amplifiées sur les réseaux sociaux par des célébrités comme l’acteur américain Woody Harrelson et le boxeur britannique Amir Khan. Au Royaume-Uni, des antennes 5G ont été attaquées, poussant le Département britannique du Numérique, de la Culture, des Médias et du Sport à demander aux plateformes de faire quelque chose contre la propagation de ces complots.

Exemples de sites français ayant publié cette intox : LesMoutonsEnrages.fr

Mythe 7 : l’argent colloïdal peut guérir du Covid-19

La vérité

L’argent colloïdal est une substance liquide qui contient des particules d’argent. Selon le Centre national américain de la médecine complémentaire et intégrative, « les preuves scientifiques ne soutiennent pas l’utilisation de suppléments alimentaires à l’argent colloïdal pour une quelconque maladie ou condition de santé ». Utiliser de l’argent colloïdal peut entraîner une affection appelée l’argyrisme, une coloration permanente de la peau, des ongles et des gencives, qui prennent une teinte gris-ardoise.

Dans un article de l’Associated Press de février 2020, Hélène Langevin, directrice du Centre national américain de la médecine complémentaire et intégrative a déclaré : « Il n’y a pas de produits complémentaires, comme l’argent colloïdal ou les remèdes à base de plantes, qui aient prouvé leur efficacité dans la prévention ou le traitement de cette maladie (COVID-19), et l’argent colloïdal peut avoir des effets secondaires graves ».

Comment cette infox est apparue

Malgré le manque de preuves pour soutenir son utilisation, l’argent colloïdal a été promu comme un traitement pour tout type d’affections, des infections virales et bactériennes au cancer, depuis le XIXe siècle. Des vendeurs d’argent colloïdal ont commencé à faire la promotion de ce traitement contre le Covid-19, notamment le télévangéliste américain Jim Bakker lors de son émission de télévision le 12 février 2020.

Le 6 mars, la Food and Drug Administration, l’administration américaine des denrées alimentaires et des médicaments, et la Commission fédérale du commerce (FTC) ont sommé Jim Bakker d’arrêter de présenter ses produits à base d’argent comme des traitements du Covid-19 dans son émission et sur son site internet.

Mythe 8 : la Solution Minérale Miracle peut guérir le Covid-19

La vérité

La Solution Minérale Miracle ou MMS est composée de dioxyde de chlore, un puissant décolorant qui a été promu comme un traitement pour toutes sortes de maladies et affections, du cancer à l’autisme.

Il n’existe aucune preuve fiable validant son utilisation contre le Covid-19 ni aucune autre maladie, et en ingérer peut entraîner de graves effets secondaires comme des vomissements et une insuffisance hépatique aiguë, selon la Food and Drug Administration, l’administration américaine des denrées alimentaires et des médicaments.

Comment cette infox est apparue

L’apparition la plus ancienne de cette théorie selon laquelle cette solution pourrait traiter le nouveau coronavirus est un tweet du complotiste américain Jordan Sather datant du 25 janvier 2020.

C’est lui aussi qui est à l’origine de la théorie du complot sur le brevet de Bill Gates décrite plus haut. Cette allégation a par la suite été promue dans un article du 27 janvier 2020 sur le site de Jim Humble, un ancien scientologue et chercheur d’or qui assure avoir découvert la Solution Minérale Miracle en 1996.

Mythe 9 : l’ail peut guérir du Covid-19

La vérité

L’Organisation mondiale de la Santé indique que l’ail « est un aliment sain qui peut avoir des propriétés antimicrobiennes ». « En revanche, il n’y a aucune preuve […] que manger de l’ail ait protégé qui que ce soit contre la nouvelle souche de coronavirus », ajoute l’institution.

Comment cette infox est apparue

L’exemple le plus ancien de cette allégation remonte au 31 janvier 2020, et à un post sur un compte Twitter anonyme basé aux Philippines, qui partageait une recette selon laquelle le virus pouvait « être guéri grâce un bol d’eau fraîchement bouillie avec de l’ail », selon un article publié en février 2020 par FactCheck.org.

Mythe 10 : il est prouvé que de fortes doses de vitamine C constituent un traitement efficace contre le Covid-19

La vérité

Un essai clinique est en cours en Chine pour vérifier si de fortes doses de vitamine C peuvent être efficaces contre cette nouvelle souche de coronavirus. Mais l’allégation selon laquelle l’efficacité de ce traitement est prouvée contre le Covid-19 n’est pas soutenue scientifiquement. La vitamine C a montré des bénéfices marginaux contre la grippe saisonnière, comme la réduction de la durée des symptômes si elle est consommée avant de contracter la grippe, mais ces bénéfices peuvent être obtenus via un régime comprenant 200 mg de vitamine C, selon la publication Harvard Health Publishing. La dose quotidienne testée dans l’essai clinique chinois est 60 fois plus grande.

Comment cette infox est apparue

Cette allégation est d’abord apparue dans un communiqué de presse de la Société internationale de Médecine Orthomoléculaire datant du 26 janvier 2020 et intitulé « La vitamine C protège contre le coronavirus » (Vitamin C Protects Against Coronavirus), qui promeut la prise de suppléments alimentaires à fortes doses.

L’article a ensuite été repris dans son intégralité le lendemain sur HealthImpactNews.com, un réseau de sites de santé ayant 450 000 followers sur Facebook. Ce réseau a fait la promotion d’autres fausses allégations de santé, notamment sur un lien présumé (et faux) entre les vaccins et l’autisme.

Exemples de sites français ayant publié cette intox : Cogiito.com, Fawkes-News.com

Ce dossier a été produit par NewsGuard, une société qui suit la mésinformation en ligne en analysant la crédibilité de milliers de sites d’information et d’actualité en Europe et aux États-Unis. Jusqu’au 1er juillet 2020, l’extension de navigateur NewsGuard est gratuite pour lutter contre l’épidémie d’intox sur le Covid-19, et téléchargeable ici.

Traduction Chine Labbe, Senior Editor for France at NewsGuard.

Sur le web

  1. John Gregory est analyste senior et rédacteur en chef adjoint sur les questions de santé chez NewsGuard. Il est basé à Chicago (États-Unis). Il était auparavant reporter pour le site HealthExec.com, où il couvrait les politiques de santé, la régulation et l’économie de la santé. Kendrick McDonald est analyste senior et rédacteur en chef adjoint chargé des réponses rapides chez NewsGuard. Il est basé à New York. Avant de rejoindre NewsGuard, il travaillait comme chercheur et fact-checker pour GQ, Smithsonian Magazine, et l’association The Investigative Fund.
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