Bruno Le Maire, le running gag gouvernemental

Ah, si Bruno Le Maire n'était pas là, on pourrait amplement s'en passer ! Mais il faut reconnaître que ce serait moins rigolo...
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Bruno Le Maire UMP Photos (Creative Commons)

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Bruno Le Maire, le running gag gouvernemental

Publié le 29 janvier 2020
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par h16

Ballotté d’une grève à un mouvement social, de la grogne des uns aux revendications des autres, d’une situation internationale tendue à des événements nationaux effervescents, le gouvernement n’est pas toujours dans une situation agréable. Heureusement, pour lui donner du tonus et amuser la galerie, il peut compter sur Bruno Le Maire qui, de semaine en semaine, n’en loupe pas une.

Même lorsque les insultes envers le président de la République fusent, de plus en plus violentes, Bruno ne se laisse pas démonter : prenant son courage à deux mains, il n’hésitera pas à prendre sur lui pour nous offrir un sketch truculent plein de rebondissements en plusieurs actes qui donnent tout son sel à la performance comique du ministre de ce qui reste d’économie dans ce pauvre pays.

C’est ainsi que notre homme n’a pas hésité à participer à un palpitant entretien le 20 janvier dernier dans la matinale de LCI, alors qu’allait s’ouvrir un sommet économique organisé à Versailles dans lequel le président Macron entendait vanter devant un parterre de patrons internationaux les délices d’un investissement en France.

Dans cet entretien, le brave Bruno déplore que les Français ne parviennent pas à se rendre compte du « succès économique » que traverse le pays (les guillemets sont obligatoires, ici). Apparemment, plutôt que de mordre à pleines dents dans les fruits économiques dodus que ce succès engendre, ces Français ont bêtement choisi de faire des grèves, de bloquer des parties de l’activité économique et sociale du pays, éventuellement de casser des trucs et des machins, d’épuiser les forces de l’ordre.

Au passage, on ne peut que se féliciter que le « succès économique » traverse le pays malgré ces différents mouvements sociaux, arrêts de travail, incidents divers et variés et cela indique que, sans ces derniers, le pays péterait la forme comme probablement jamais auparavant dans son histoire. D’ailleurs, c’est bien simple, comme le dit Bruno, avant son intervention et celle du gouvernement impulsé par ce brave Emmanuel Macron, le pays était en « pleine débâcle industrielle » alors qu’il remonterait la pente actuellement, bénéficiant du Brexit selon les dires du ministre, ce qui lui permettrait, zip zoup tour de passe-passe et prestidigitation de folie, de devenir « pays le plus attractif pour les investissements industriels ».

Autant d’éléments qui annoncent une véritable « reconquête industrielle » fanfaronnée par le ministre qui n’hésitera pas plus, lors du même entretien, à prédire des investissements de ces chefs d’entreprises étrangers à hauteur de 8 milliards d’euros. Youpi !

Un gag est bon lorsqu’il y a une bonne chute. Cependant, prétendre que la France redeviendrait super-attractive pour les investisseurs étrangers n’est pas à proprement parler une bonne chute : c’est un trait d’humour connu et on peut quasiment entendre les rires enregistrés dès qu’on la sort.

En revanche, la réaction naturelle des investisseurs présents à Davos, la même semaine que d’autres à Versailles, permet de donner un peu plus de substance à ce qui devient maintenant un running gag : lorsqu’il ne s’agit plus de parler mais de mettre l’argent sur la table, les choses deviennent plus compliquées et ceux qui pourraient venir en France y réfléchissent à deux fois.

« Il y a trop de grèves, et ce n’est pas aussi stable que d’autres pays pour le business. […] les taxes sont trop élevées. […] il y a beaucoup de troubles en France comme on l’a vu avec les émeutes […] il y a toujours beaucoup de résistance en France pour atteindre la productivité nécessaire. Tout ça n’aide pas à y investir à nouveau. »

Mais puisque Bruno vous dit que la débâcle industrielle est finie et que ça va roxxer, enfin ! Revenez, vous allez voir, ça va pulser comme jamais !

D’ailleurs, les articles consacrés à la question ne manquent absolument pas d’insister sur le fait qu’en 2018, la France a attiré 31 % d’investisseurs étrangers de plus que l’année précédente, ce qui est mieux que l’Allemagne, cocorico et tout ça, n’est-ce pas… On se bouscule même dans la presse pour relayer les informations habilement distillées par les cellules de communication de l’Élysée ou de Matignon pour bien insister sur le paradoxe français : malgré les manifs, malgré les grèves, les investisseurs étrangers se bousculent au portillon. Si si !

Bon évidemment, lorsqu’on va un peu plus loin que les communiqués de presse officiels, lorsqu’on épluche un peu les chiffres et qu’on va regarder les statistiques officielles, le bilan est… plus contrasté pour le dire pudiquement : malgré cette attractivité pour les investisseurs étrangers, les Français, eux, fuient notre pays, à hauteur de 102 milliards d’euros de flux sortants en 2018, plus du double de 2017. Nous sommes même le deuxième pays au monde pour l’hémorragie des capitaux après le Japon.

La Banque de France (dont Bruno Le Maire a dû occasionnellement entendre parler, je présume) confirme ce mauvais bilan 2018 en calculant 51 milliards d’excédents de flux sortants (102 sortants contre 51 entrants).

Mais Bruno ne s’en laissera pas compter. D’autant que sa mission de clown ne peut se permettre le moindre relâchement : s’il n’enchaîne pas, la morosité progressera, l’abattement gagnera et la tristesse remplira les coeurs et ça, Bruno ne peut se le permettre.

C’est probablement pour cela qu’il n’a pas hésité à remonter au créneau en cours de semaine pour essayer d’arrêter la progression du sentiment de défaite ou de reculade qui a accompagné l’annonce d’une suspension de la taxe GAFA, qu’il avait lui-même réclamée à grands cris.

Pour rappel, Bruno Le Maire – accompagné d’une solide brochette d’incultes en économie – a régulièrement réclamé la mise en place d’une taxe spécifique pour les géants du numériques afin (croient-ils) de faire payer des impôts à ces entreprises. Quelques minutes de réflexion auraient suffi pour leur rappeler que les taxes, peu importe leur nom ou leur nature, sont finalement toujours payées par le consommateur (les Français, en l’occurrence) et qu’elles n’auraient à peu près rien changé dans la domination numérique de ces entreprises ciblées. La jalousie et l’avidité, principaux moteurs derrière cette taxe, sont de bien mauvaises conseillères mais nos clowns habituels ont compris tout l’intérêt strictement électoral de s’en remettre à elles.

Néanmoins, les entreprise visées étant essentiellement américaines, l’administration Trump n’entendait pas se laisser ainsi marcher dessus. De façon assez peu surprenante, le président américain a rapidement menacé de mettre en place des mesures de rétorsion douanières sur les produits français, ce qui a nettement calmé les ardeurs macronesques.

Rassurez-vous cependant : Bruno n’entend pas laisser tomber l’affaire aussi rapidement et a donc clairement fait savoir que non, scrogneugneu, « nous ne cèderons rien » : il faut absolument que ces méchantes entreprises payent 25 % d’impôts et non 3 %, car tout le monde sait qu’un monde où l’entreprise est tabassée d’impôts et de taxes est un monde plus juste et plus fonctionnel.

D’ailleurs, regardez ce qui se passe en France : plus on augmente les taxes, les impôts et les ponctions, plus les citoyens sont heureux, les mouvements sociaux disparaissent, les grèves se raréfient et la croissance augmente !

Ah, sacré Bruno ! Non, décidément, il n’en loupe pas une !


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  • la question avec les politiques c’est de savoir si ils sont sincères et si ils ont un autre but que de rester au pouvoir…

  • B. Le Maire constitue l’un des meilleurs contre-exemples pour ceux qui pensent que la politique est un marché comme les autres, en montrant à lui tout seul qu’en politique la sélection naturelle fonctionne à l’envers.

  • Pour les municipales Le Maire a éviter.

  • Finalement, je ne sais pas s’il faut rire ou pleurer… Rire de la nullité crasse de Bruno, du comique de situation quand il propose des solutions… ou pleurer quand on voit l’état de la France, et le poids de l’industrie dans le PIB ?

  • Mais à chaque nouvelle taxe, le PIB s’accroît. Enfin surtout la part étatique. C’est l’occasion de nous chanter, sur l’air des lampions, que tout ♪♬♩va ♪♬♩ très bien ♪♬♩ madame la Marquise♪♫.
    À l’approche du 100% étatique, ce sera le bon moment pour passer au BIB, bonheur individuel brut, ce qui sera aussi le déclenchement d’une nouvelle bordée de taxes diverses et (a)variées…
    En effet il faudra bien payer les nombreux hauts ponctionnaires s’occupant du BIB…
    On a pas finit de ricaner avec ces olibrius de compétition.

    Un conseil : stockez de la vaseline, ils n’en fournissent pas… Et il en faudra de grandes quantités…

  • Sérieusement Rire ou pleurer ne suffira plus à la prochaine crise , dès la prochaine monté des taux, la saisie des comptes au dessus de 100ke fera fuir tous le monde, et le 1er à partir seront ces braves politicard. Dans tous les cas ça finira mal à très mal, ils enfoncent le pays en ce moquant de sa population dans 25 ans on arrivera à 1 siècle de mensonge, je crains le pire pour ce pays si prompt à donner des leçons à la terre entière qui sombrera dans le chaos….

  • « Que la force me soit donnée de supporter ce qui ne peut être changé et le courage de changer ce qui peut l’être mais aussi la sagesse de distinguer l’un de l’autre » – Marc Aurèle Empereur, Homme d’état, Philosophe (121-180)

  • « Au-dessus de ceux-là [les citoyens] s’élève un pouvoir immense et tutélaire, qui se charge seul d’assurer leur jouissance et de veiller sur leur sort. Il est absolu, détaillé, prévoyant et doux. Il ressemblerait à la puissance paternelle si, comme elle, il avait pour objet de préparer les hommes à l’âge viril ; mais il ne cherche, au contraire, qu’à les fixer irrévocablement dans l’enfance ; il aime que les citoyens se réjouissent, pourvu qu’ils ne songent qu’à se réjouir. Il travaille volontiers à leur bonheur ; mais il veut en être l’unique agent et le seul arbitre ; il pourvoit à leur sécurité, prévoit et assure leurs besoins, facilite leurs plaisirs, conduit leurs principales affaires, dirige leur industrie, règle leurs successions, divise leurs héritages ; que ne peut-il leur ôter entièrement le trouble de penser et la peine de vivre ? » – Tocqueville (1840)

  • il nous faudrait un Trump la haut ; il a ses ses défauts , mais au moins il défend l’intérêt des entreprises de son pays .

  • Puisque le gouvernement, même sous ses formes les meilleures, est un mal, le but principal qui devrait nous guider devrait être d’en avoir aussi peu que la paix générale de la société humaine le permet. – William Godwin (1756 -1836)

  • Le système de l’imposture politique divise les hommes en deux classes, une dont la tâche est de penser et de raisonner pour tous, l’autre qui doit accepter les conclusions des premiers. Cette distinction n’est pas fondée sur la nature des choses ; il n’y a pas de différence intrinsèque entre un homme et un autre, comme on croit pouvoir l’imaginer. Cette supposition n’est pas moins injurieuse qu’infondée. Les deux classes ainsi créées sont trop, ou pas assez pour l’homme. C’est trop attendre des uns, en leur confiant un monopole artificiel, qu’ils puissent délibérer absolument pour tous. C’est faire un injuste procès aux autres que de supposer qu’ils ne puissent jamais utiliser leur entendement, ou pénétrer l’essence des choses et qu’ils doivent à jamais se contenter d’une apparence trompeuse. – William Godwin (1756 -1836)

  • « La politique est l’art de chercher des problèmes, de les trouver partout, de les diagnostiquer incorrectement et d’appliquer les mauvais remèdes. » Ernest Benn

  • « Si un État avait enfanté un Microsoft, un Google, un Facebook, fait fructifier son économie comme Warren Buffett l’a fait pour les actifs de Berkshire Hathaway ces cinq dernières décennies ou inventé l’ampoule électrique, cela se saurait. » – Thierry Godefridi

  • « L’Etat moderne est inefficace et nuisible. Puisqu’il est inefficace on pourrait se passer de lui ; puisqu’il est nuisible on devrait le faire » – Murray N. Rothbard – Man, Economy, and State- Princeton – 1962

  • On peut aller plus loin , comment l’Europe peut elle attirer des investisseurs aves sa politique énergétique mortifère pour l’économie ?
    On investit dans un pays pour faire des affaires et de préférence dans un pays riche ou qui s’enrichit sur le long terme…ce qui n’est absolument pas l’Europe..a part prendre des parts du gâteau étatique en flagrant l’élu reste le numérique ,un bureau une secrétaire ,investissement minimum, bénéfices maximum dans un des paradis fiscaux ,suisse ,Irlande et bientôt l’Angleterre.
    Bruno ,vivement ta retraite ,tu n’es plus vendable politiquement et tu ne sais rien faire d’autre….la télé , comme Bachelot !

  • Macron et ses ministres baltringues..y’en a pas un pour relever le niveau, piteux état qu’est notre pays à cause de ces boulets et parasites

  • Concernant l’investissement en France qui a (enfin) dépassé celui des allemands, il faut aussi relativiser les chiffres.
    En effet, sur les 10 dernières années, en cumule, on est tellement à la traîne en terme de nombre de projets par rapport à l’Allemagne qu’on a encore pas mal d’années à faire « mieux que l’Allemagne » pour déjà arriver à leur niveau…
    source : https://www.bfmtv.com/economie/attractivite-la-france-double-l-allemagne-pour-les-nouveaux-projets-d-investissements-etrangers-1704934.html

  • C’est pas parce qu’il est écrit dans les médias que Macron est libéral pour que ça soit vrai hein… C’est pas le nombre d’articles sur le fait qu’en aucun cas ce gouvernement est libéral qui manque sur ce site.
    Mettre des taxes à tout va et surtout masquer les chiffres, ce n’est pas tellement libéral hein 😉

    • Rappelons que Macroléon avait sorti un bouquin où il présentait son programme et sa façon de gouverner, ultra-étatique! Alors le présenter comme un libéral est de l’escroquerie!

  • Le Maire et Macron des libéraux ?! Ce qu’il ne faut pas entendre…

    Ce sont des étatistes pur jus, qui restent dans la lignée de ce que ce pays fait depuis 40 ans : toujours plus de social, toujours plus de taxes, toujours plus de réglementations et toujours plus de recul des libertés individuelles.

  • @gwing tout ceci repose sur l’ambiguïté entretenue autour de l’appellation « liberal » . Il est liberal au sens US du terme càd : étatiste de gauche . Rien n’à voir avec « liberal » de l’école autrichienne .

  • Macrouille à été le conseiller économique de Hollande. Il lui a fait augmenter les impôts de cent milliards. Ou est le libéralisme là dedans ?

  • Ne prenez pas le commentaire de Gwingwenn au premier degré. Le Maire libéral, c’est de l’humour.

  • Où peut-on encore se procurer un kitchissime T-shirt de campagne de Bruno Lemaire, avec le slogan génial « le Renouveau, c’est Bruno » ? En 2XL si possible. Merci.

  • Moscovici. Sapin. Montebourg. Macron. Lemaire.
    Effectivement, il est tentant de balancer dans le même sac ces waste of space patentes.
    Si ce n’est que certains sont idiots utiles, Bruno, entre autres, d’autres, d’odieux malfaisants.
    La France ne mérite pas d’être gouvernée par des idiots ou des odieux.

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