Castaner et le bidouillage des couleurs politiques pour les municipales

castaner by Parti socialiste licence créative commons (CC BY-NC-ND 2.0) — Parti socialiste, CC-BY

Les élections municipales sont toujours mauvaises pour le pouvoir en place. Le tour de passe-passe qui consiste à jouer au bonneteau avec les résultats ne changera rien.

Par Marc André.

Depuis plusieurs jours, Christophe Castaner, notre ineffable ministre de l’Intérieur fait de nouveau parler de lui. Outre son bilan nuancé de premier flic de France, toutes les oppositions lui reprochent de vouloir tripatouiller les résultats des municipales à venir. Petit tour d’horizon d’un débat technique, aux conséquences moins anecdotiques qu’il n’y paraît.

Pas de couleur politique aux maires « sans étiquette »

La circulaire adressée aux préfets début janvier vise à ne plus attribuer de couleur politique aux listes « sans étiquette » dans les villes de moins de 9000 habitants. Si de prime abord cette mesure peut sembler de bon sens, puisqu’elles sont précisément « sans étiquette », le diable se cache, comme toujours, dans les détails.

Depuis la nuit des temps de la démocratie française, dans un souci bien légitime de compréhension du pays, les préfets attribuaient une valeur divers gauche ou divers droite aux listes « sans étiquette », sur la base de faisceaux d’indices tels que les soutiens apportés à tel parti ou tel candidat (aux sénatoriales par exemple…).

Si les maires ruraux se félicitent de cette décision, dans les petits villages, les listes d’intérêt communal sont légion et rassemblent bien au-delà des engagements politiques du maire (ne serait-ce qu’en raison de la possibilité de panachage accordée aux électeurs dans les villes de moins de 1000 habitants), l’extension à 9000 n’est pas aussi neutre que cela peut sembler vu de Paris, où nombre d’immeubles comptent plus d’électeurs que 80 % de villages de France. Avec cette manipulation ce sont ainsi plus de 95 % des communes de France qui passent au neutre… C’est un peu gênant !

Les couleurs politiques doivent s’harmoniser avec LREM

Plus étonnantes encore sont les consignes données aux mêmes préfets, pour « nuancer » les résultats dans les villes de plus de 9000 âmes. Si l’on peut s’amuser de voir 7 nuances de gauche et 4 au centre, contre seulement 3 de droite, c’est le quatrième paragraphe du « c » du point 2 de la circulaire qui vaut son pesant de cacahuètes.

« La nuance LDVC (ndlr : Liste Divers Centre) sera attribuée aux listes qui auront obtenu l’investiture de plusieurs partis, dont LREM ou le MODEM (ndlr : tiens donc !). Elle a également vocation à être attribuée aux listes de candidats qui, sans être officiellement investies par LREM, ni par le MODEM, ni par l’UDI seront soutenus par ces mouvements. »

En clair, une liste qui n’a pas l’investiture du parti majoritaire ou de son satellite du MODEM (et de l’UDI pour faire bonne mesure) sera intégrée au bénéfice de la majorité, au simple fait que ces trois partis n’auront pas investi de candidats contre elle, et ce, même si elle est soutenue officiellement par un parti d’opposition. Magique ! Ni vu ni connu, je t’embrouille.

Compte tenu de la très grande propension qu’ont les commentateurs à prendre pour argent comptant les statistiques gouvernementales, sans jamais se donner la peine de les mettre en question à l’aune de tels tripatouillages grossiers, on peut légitimement comprendre que les oppositions crient au scandale (car là, pour le coup, c’en est un).

Elles ont pourtant, au contraire, toutes les raisons de se réjouir de l’énorme aveu de faiblesse que cette circulaire démontre surtout quant à l’état du parti majoritaire.

Aveu de faiblesse de LREM

En effet, force est de constater qu’en dépit des sommes considérables d’argent public dont bénéficie LREM, depuis son triomphe aux législatives, le mouvement n’est absolument pas structuré. En deux ans et demi d’existence, il s’est montré bien incapable de se doter des cadres lui permettant d’ancrer, dans le pays, l’espérance suscitée par la campagne victorieuse d’Emmanuel Macron.

Issue d’un agglomérat disparate de socialistes repentis, d’extrêmes centristes et de gaullistes opportunistes, le Nouveau Monde est très très loin d’être une machine de guerre. Si Auguste se lamentait en l’an IX de notre ère, après la défaite de Teutobourg « Varus rends moi mes Légions », le Président serait en droit de demander des comptes aux incapables qui n’ont pas été fichus de préparer correctement les municipales à venir, au premier rang desquels figure le sémillant premier Délégué Général de LREM : Christophe Castaner, lui-même !

LREM n’a pas d’assise populaire

Ne pas être en mesure de présenter des candidats sur tout le territoire, pour un parti majoritaire, voilà bien le résultat le plus spectaculaire dévoilé par cette circulaire. Rien d’étonnant à cela ! LREM est un mouvement urbain, assez homogène socialement et sans aucune assise populaire.

Dans ces conditions, trouver de quoi monter des listes se révèle assez compliqué, d’autant que nous entendons depuis des mois les plaintes de ces députés issus de « la Start up nation » qui regrettent amèrement (et bruyamment !) leur vie professionnelle d’antan, où ils travaillaient moins pour gagner beaucoup plus.

Compte tenu de ce que peut rapporter un poste de maire et du temps qu’il faut y consacrer en raison des responsabilités écrasantes qui pèsent sur le titulaire de la fonction, il n’est pas très étonnant que LREM ait du mal à susciter des vocations… Sauf à Paris, mais là, c’est une autre histoire car la place est bonne !

Les élections municipales sont toujours mauvaises pour le pouvoir en place. Celles-ci ne feront pas exception. Le tour de passe-passe qui consiste à jouer au bonneteau avec les résultats ne changera rien. En trente mois, LREM n’a pas été capable de transformer l’élan de la campagne présidentielle en une force politique digne de ce nom. Emmanuel Macron, malgré tout son talent souffre de l’indigence du personnel politique qui l’a suivi dans cette aventure.

Cela se voit à chaque remaniement ministériel, où il est bien en peine de trouver un poids lourd pour le rejoindre. Qu’il ait choisi, pour succéder à Gérard Collomb, après bien des hésitations (on le comprend !), celui qui n’a rigoureusement rien fait à la tête de son parti, dit absolument tout de la faiblesse structurelle du macronisme.

S’ériger en rempart contre l’extrême droite en asséchant ses concurrents, c’est habile, mais c’est un viatique bien insuffisant lorsqu’il s’agit de gouverner un vieux pays qui compte plus de 1000 variétés de fromages… N’est pas de Gaulle qui veut !

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