L’évasion de Carlos Ghosn vue par les médias français

Carlos Ghosn visiting Norway By: Norsk Elbilforening - CC BY 2.0

Les médias français semblent avoir pris un malin plaisir à rester superficiels dans leur traitement de l’affaire Carlos Ghosn.

Par Phoebe Ann Moses.

Alors, s’est-il caché dans une malle ? Dans l’étui d’un instrument de musique ? Caché derrière un masque chirurgical ? Toutes ces questions fascinantes et de première importance ont agité les médias français lorsque Carlos Ghosn a quitté le Japon pour le Liban.

On aurait sans doute apprécié une analyse fine des raisons ayant entraîné l’emprisonnement puis la garde en résidence surveillée de Carlos Ghosn. Mais l’analyse fine n’est plus de notre époque où il faut aller vite, en dire beaucoup, voire n’importe quoi, ou même rien du tout, pourvu qu’on occupe le terrain de l’information.

On sait qu’on ne sait rien

Pour La Tribune, l’aveu est déjà dans le titre« Évasion de Carlos Ghosn : ce que l’on sait (ou pas) de son exfiltration du Japon vers le Liban ». Sur l’évasion du Japon, on apprend dans l’article que « les circonstances exactes […] sont loin d’être élucidées ». Sur les complicités : on n’en sait rien. Enfin, on apprend qu’il a « 4 passeports » mais qu’il reste « beaucoup d’inconnues ».

Pour un peu, on donnerait raison à Coluche : « Quand un journaliste il n’en sait pas plus que ça, il devrait être autorisé à fermer sa gu… »

L’évasion adaptée par Netflix ?

Sur le très sérieux FranceInfo, on trouve la lancinante question « Carlos Ghosn s’est-il évadé de façon spectaculaire ? » Pas de doute, l’investigation bat son plein.

Il n’y a tellement rien à en dire que le chapô de l’article se hasarde à révéler l’adaptation par Netflix de l’évasion de l’ancien PDG de Renault : « Carlos Ghosn aurait signé un contrat d’exclusivité avec Netflix pour raconter toute son évasion. Si rien n’est confirmé, son évasion est déjà décrite comme spectaculaire ». Démenti évidemment par l’intéressé.

Toute la presse est à l’avenant, on vous fera grâce de l’ensemble de la couverture médiatique.

La palme à Léa Salamé

On conclura seulement avec la palme qui revient à Léa Salamé. Elle obtient une interview exclusive de Carlos Ghosn, l’homme le plus médiatique du moment, et tout ce qu’elle trouve à lui dire, c’est :

« Votre évasion fascine absolument le monde entier. Pour beaucoup d’enfants, vous êtes l’homme qui a voyagé dans la malle ».

Désarmante de naïveté, voire de bêtise, cette remarque révèle un niveau de compréhension de la situation effectivement enfantin.

Comme si l’histoire de Carlos Ghosn était racontée aux petits enfants, façon conte de Noël, le soir au coin du feu, et faisait rêver les petits à la façon d’un Thomas Pesquet des malles ou d’un Code Quantum version nippo-libanaise. Consternant.

Mais le problème, c’est que ses questions sont effectivement du niveau d’un conte pour enfants : « Quel rôle a joué votre femme » ? Que croit-elle ? Que son interlocuteur va répondre : « Elle a tout organisé » ? »

« Vous avez décidé comme ça, d’un coup […] de vous enfuir » ? Mais non bien sûr, il a tout planifié depuis des mois et il va dire comment et balancer les noms de ses proches…

Quand on sait que le temps d’interview est compté, passer son temps sur autant de questions mièvres et sans intérêt est un gaspillage du temps de Carlos Ghosn, de la journaliste, et du lecteur. Dommage.

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