La France peut-elle encore réussir des réformes ?

Faute de savoir proposer un changement, de trop nombreux politiques ont tenté de le nier et plaidé pour accroître la redistribution comme façon d’acheter la paix sociale.

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La France peut-elle encore réussir des réformes ?

Publié le 1 janvier 2020
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Par Erwan Le Noan.
Un article de Trop Libre

Comme les changements technologiques, les réformes remettent en cause l’ordre économique établi. Inévitablement, elles font des perdants qui, sans elles, auraient pu continuer à profiter de la situation antérieure1. Du point de vue de ces victimes, il est assez légitime de s’opposer à la mutation qui leur est imposée ; et comme elles sont généralement identifiables et en nombre limité, il leur est facile de se mobiliser – à l’inverse des gagnants qui, eux, sont nombreux mais répartis de manière diffuse dans la société.

Le décideur politique peut choisir de compenser ces perdants, par exemple en les indemnisant ou en leur ouvrant de nouvelles perspectives. Il peut également considérer qu’il faudra leur résister. Le pire qu’il puisse faire, c’est de les ignorer, voire de les mépriser en niant la légitimité de leurs inquiétudes.

La France contemporaine a raté maintes réformes en raison de cette défaillance massive de gouvernance : elles ont été imposées (souvent par Bercy) au nom d’un prétendu « intérêt général » que détiendraient, par une magie inexpliquée, les hauts fonctionnaires – seuls Français capables de s’extraire de leurs considérations personnelles pour révéler « la » vérité au peuple hébété. Cette recette condescendante est par nature vouée à l’échec : la politique n’est pas le déroulement d’un plan technocratique parfait qu’imposerait la seule raison éclairée, c’est au contraire la recherche de la meilleure solution compte tenu de la diversité des intérêts et de leurs inévitables frictions. Le nier a nourri le populisme en alimentant l’idée que la réforme n’est pas un processus démocratique.

Dans un pays ayant renoncé à la réforme qui crée de la croissance, la lutte contre les inégalités a promu l’idée que celui qui s’enrichit le fait au détriment des autres

Cette incapacité à penser la politique de la réforme a alimenté également le lent pourrissement de la situation sociale française. Faute de savoir proposer un accompagnement du changement, de trop nombreux politiques ont tenté de le nier et plaidé pour accroître la redistribution comme façon d’acheter la paix sociale.

Miettes. L’effet a été délétère. Dans un pays ayant renoncé à la réforme qui crée de la croissance, la lutte contre les inégalités a promu l’idée que celui qui s’enrichit le fait au détriment des autres : si l’on ne sait plus faire croître la taille du gâteau, celui qui en prend une plus grande part nuit nécessairement aux autres. Dans ce contexte, chacun se bat pour conserver ses miettes, puisque tout mouvement apportera une perte certaine pour un gain illusoire.

Les annonces du président de la République rappellent ces évidences : l’indemnisation des victimes est souvent nécessaire, mais coûteuse et d’autant plus complexe que les finances publiques sont exsangues. Ces déclarations permettront probablement d’éteindre l’incendie des Gilets jaunes. Mais elles ne suffiront pas à long terme si elles ne créent pas de nouvelles perspectives de mobilité pour les Français.

Pour suivre cette voie, il faudrait au contraire insuffler de la liberté dans l’économie et la société française, et révolutionner l’action publique pour proposer des accompagnements réellement efficaces. À ce titre, le « virage social » du gouvernement, s’il semble marquer (enfin) une réintégration des enjeux politiques, n’est pas une bonne nouvelle s’il se concentre sur un discours de « protection ». C’est au contraire une France des opportunités2 qu’il faut construire !

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  • Bien évidemment que la France est réformable. Mais pas seulement la « France d’en-bas » théorisée par l’UMPS-LREM représenté par l’inénarrable M. JP Raffarin, mais aussi ET SURTOUT la « France d’en-haut » qui « magotte » comme jamais en oubliant que lorsque l’on monte au cocotier il est préférable d’avoir les fesses bien propres.

    • Raffarin, qui nous a imposé un jour d’esclavage pour transformer les ehpad en club med ?
      Sans jamais payer pour son crime ?

    • non , l’administration n’envisage aucune reforme, donc çà ne se fera pas , ls politiques ne dirigent rien

      • @ claude henry de chasne
        De fait! Les « vices français » sont bien incrustés dans la structure du pays. Impossible de toucher à un domaine sans provoquer la crainte des autres (cause suffisante pour une grève, l’inquiétude!).
        Autour de la France, vos pays voisins ont bel et bien réformé, en France, non! Elle se retrouve donc à la traîne et sans le sou. Mais réformer ça a aussi un coût!
        C’est bien l’inaction et l’indolence française qu’il faudra bien payer un jour pour rester compétitif!

      • Depuis Vichy, la France illustre avec obstination la tragédie des biens communs. La seule issue passe par le minarchisme et une remise à plat de la justice et une application rigoureuse des lois pour défendre la liberté, la sûreté, la propriété et la résistance à l’oppression. Bonne année à tous.

  • La France et les réformes , une longues histoire s’entassement de lois et reglements le tout arrosé de taxes….n’importe quel pays est capable de réussir ce genre de réformes……le problème est qu’en France la réforme porte uniquement sur le peuple ,jamais sur l’état !
    Maintenant reste a savoir ce qu’est une réforme réussie…l’état s’enrichit ou bien le peuple ou les deux ?

    • @ reactitude
      Ben regardez autour de vous, au-delà de vos frontières: d’autres pays ont bien réformé et s’en portent mieux même si la cure de régime (dans les 2 sens des termes) ne fut sans doute pas plaisante!

  • Ceux qui sont opposés aux réformes ne sont pas là où l’on croit. Je rappelle l’attitude plus qu’ambiguë des politiciens de droite au candidat Fillon.

  • Oui la France se réforme depuis 40 ans, sans cesse mais toujours dans le même sens: plus d’état, plus d’impôts et moins de libertés

    •  » Avez-vous remarqué que les étatistes sont constamment en train de ‘réformer’ leur propre ouvrage ? Réforme de l’éducation, réforme de la santé, réforme de la protection sociale, réforme des impôts. Le fait même qu’ils soient toujours occupés à ‘réformer’ est un aveu implicite de leur échec toutes les fois précédentes.  »
      (Lawrence Reed)

      • la seule reforme a faire c’est baisser la depense publique , l’administration ne le veut pas, les politiques donc ne le peuvent pas..
        on va compenser le recul sur le vol organisé sur le peuple , en augmentant des taxes qu’il ne connait pas et il payera quand meme avec l’augmentation des prix..
        voila tout!
        si on veut reformer l’etat , il faudra tout casser

        • Tout casser ? Peut-être pas? Le jour où il ne restera que deux solutions se rapproche à grand pas amha. Soit rester dans l’UE et faire à pas forcés des réformes libérales (sur le modèle grec), soit sortir de l’UE et faire défaut sur le dette ( sur un modèle vénézuélien ?)

          Les réformes libérales qui viendraient en douceur de l’intérieur me paraissent bien impossibles ( fonctionnaires et administration pléthoriques, mentalité étatique d’une large majorité des francais) et une révolution ne serait vraisemblablement pas libérale.

          • il est manifeste que le RN va etre plébiscité par la fonction publique elle meme , car les exigences libérales de l’europe commence a les menacer..
            vous verrez , çà finira comme en Italie après « Matteo Renzy » qui était le « macron » italien

            • Tout à fait d’accord. Italie et France partagent la même destinée.

              • c’est l’évidence , les différences culturelles entre europe du nord
                (alliance hanséatique) et l’europe du sud (influence papale) ont dessiné des peuples aux visées différentes depuis des siecles..
                l’europe est une idée qu’ont eu tous les dirigeants autoritaires
                de Charlemagne a Hitler en passant par Charles Quint et/ou Napoléon.. toujours avec l’Angleterre ailleurs d’ailleurs..

                Le brexit ne m’a pas étonné, reste a voir comment çà va évoluer
                mais l’europe des affaires est trop avancée pour l’europe des peuples.; çà va coincer

              • On pourrait le croire, pourtant j’ai l’impression que ce ne sont pas les mêmes grains de sable qui bloquent les deux machines.
                Mais l’avenir nous le dira…

        • combien de fois ais-je dit que c’était la seule et unique solution !
          il faut un patron un vrai, un HOMME…. qui en a ….un cerveaux et qui sifflera la fin de la récréation .
          De toutes les façons, les français ont vécus depuis 1789 sur les acquits du siècle des lumières et depuis n’ont plus rien réalisé que des pseudos révolutions ou à chaque fois ils ont pris la pâtée même en 1945 ….!

  • En effet, la France n’est plus réformable, tant la mafia administrative a mis la main sur le pays, seule une prise de pouvoir militaire peut avoir gain de cause,avec une dictature « douce », un immense coup de balais dans la fourmillière de textes entassés les uns sur les autres depuis des décennies, l’établissement d’une loi fondamentale qui donne a l’état l’unique pouvoir d’assumer les fonctions régaliennes et rien d’autre.

    • oui , c’est çà ou le bain de sang

    • Donner à l’État tous pouvoirs, cela ne risquera pas de nous débarrasser de la situation actuelle…

    • @paulus Entre les « dividendes de la paix » de Fabius (coupes budgétaires massives), la mise en place ratée du logiciel Louvois (énormes problèmes économiques pour les militaires et leurs familles), le limogeage brutal du chef d’Etat-Major des Armées (symbolique du « qui dirige içi ?) et maintenant les sanctions promises aux généraux retraités s’étant exprimés, l’option que vous annoncez ne sera pas impossible en 2019. Surtout s’il y a un regain d’attentats, 450 islamistes vont être libérés et certains pourraient passer à l’acte.

    • La mafia administrative a un visage « qui parle » dans la fonction publique d’état…mais comment nommer tous ces parasites : les 1245 « agences » étatiques , les nombreux bien que non essentiels « Comités », « Commissions » qui ont tous un budget, les « Associations » qui coûtent à l’état 75 milliards d’euro par an. Pour moi la première des choses, avant de vouloir réformer l’état lui-même (en concentrant son action sur les fonctions régaliennes exclusivement), serait de dissoudre tous ces « comités Théodules » et de faire des économies drastiques sur les subventions aux associations (75 milliards il y a « de quoi » !)
      La deuxième priorité : écraser le budget des niches fiscales (108 milliards d’euro par an).
      Rien que ces deux actions peuvent facilement permettre à l’état Français d’avoir, réellement, un budget en positif !
      L’étape suivant c’est redéfinir les domaines d’action de l’état. Une fois en positif on peut se donner du temps pour revoir cela et une nouvelle fiscalité plus efficiente, moins délétère et…moins lourde.

  • Rendez-vous compte qu’aujourd’hui, vous avez des gens csp+ qui vous disent que, du moment que c’est pour la bonne cause, l’Etat peut imposer des vues technocratiques et des méthodes coercitives (propos tenus au sujet de l’ecologie…)

    • La « transition écologique » ne doit pas être le domaine de l’état. Puisque l’on nous rabat les oreilles qu’elle représente « le progrès » et est « rentable » nul besoin d’un « coup de pouce de l’état de 17 milliards par an !

      • NB : je suis un professionnel libéral. Beaucoup de confrères se « jettent » sur les voitures électriques pour
        1) se donner un alibi « moral » : « Je sauve la planète » mais…
        2) surtout en définitive pour défiscaliser la totalité du coût du véhicule (au lieu de 12.000 euros pour un véhicule thermique)…qui est une fois sur deux un troisième véhicule tant il est impossible de faire autre chose qu’aller au boulot avec. La planète par ce système ne s’en trouve pas mieux.

  • Les « serviteurs » de l’état à eux seuls engloutissent des sommes colossales et ce, en empêchant toute reforme dans la mesure où il est toujours nécessaire de la financer, quant à eux même ils ne veulent surtout pas se réformer, c’est hors de question : ils sont parfaits (Ruy Blas, Ô ministres intègres . . ., voir à la fin des commentaires)

  • Si on veut la prospérité il faut libérer l’économie et donc réduire le poids de l’Etat.
    Mais est-ce que les Français veulent la prospérité ou un Etat fort qui les protège au prix d’une moindre prospérité?

  • quand je vois ce type, j’ai envie de lui JETER une pièce tant son dénuement, (il copie très très mal de GAULE mais avec la prof qu’attendre d’autre), intellectuel morale où l’on discerne l’avidité et la cupidité comme seul et unique bagage, me fait pitié.

  • L’acte III présente l’ascension fulgurante de Ruy Blas qui, devenu Premier ministre pour avoir agréé le couple royal, se décide à opérer un tour de force politique, aussi bien que dramatique et rhétorique du reste. Le ministre dénonce avec truculence, entre sublime et grotesque, les excès et les crimes des Grands. C’est la fameuse tirade du « Bon appétit ! messieurs ! » qui fait, encore aujourd’hui, la fortune de la pièce.

    RUY BLAS, survenant.
    Bon appétit ! messieurs ! –
    Tous se retournent. Silence de surprise et d’inquiétude, Ruy Blas se couvre, croise les bras, et poursuit en les regardant en face.
    O ministres intègres !
    Conseillers vertueux ! voilà votre façon
    De servir, serviteurs qui pillez la maison !
    Donc vous n’avez pas honte et vous choisissez l’heure,
    L’heure sombre où l’Espagne agonisante pleure !
    Donc vous n’avez ici pas d’autres intérêts
    Que d’emplir votre poche et vous enfuir après !
    Soyez flétris, devant votre pays qui tombe,
    Fossoyeurs qui venez le voler dans sa tombe ! […]

    Et vous osez !… – Messieurs, en vingt ans, songez-y,
    Le peuple, – j’en ai fait le compte, et c’est ainsi ! –
    Portant sa charge énorme et sous laquelle il ploie,
    Pour vous, pour vos plaisirs, pour vos filles de joie,
    Le peuple misérable, et qu’on pressure encor,
    A sué quatre cent trente millions d’or !
    Et ce n’est pas assez ! et vous voulez, mes maîtres !… –
    Ah ! j’ai honte pour vous ! – Au-dedans, routiers, reitres,
    Vont battant le pays et brûlant la moisson.
    L’escopette est braquée au coin de tout buisson.
    Comme si c’était peu de la guerre des princes,
    Guerre entre les couvents, guerre entre les provinces,
    Tous voulant dévorer leur voisin éperdu,
    Morsures d’affamés sur un vaisseau perdu !
    Notre église en ruine est pleine de couleuvres ;
    L’herbe y croît. Quant aux grands, des aïeux, mais pas d’œuvres.
    Tout se fait par intrigue et rien par loyauté.
    L’Espagne est un égout où vient l’impureté
    De toute nation. – Tout seigneur à ses gages
    À cent coupejarrets qui parlent cent langages. »

    Victor Hugo, Ruy Blas, 1838

  • « La France peut-elle encore réussir des réformes ? » La réponse est « Non » ! En tout cas, pas avant d’être vraiment « dans le mur »…

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