Résolution pour 2020 : réhabiliter le terme « Libéralisme »

Disons la vérité. Le vrai libéralisme est vivant. Plus que jamais. Il a juste besoin d’être nommé et employé convenablement.

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Résolution pour 2020 : réhabiliter le terme « Libéralisme »

Publié le 1 janvier 2020
- A +

Par Jeffrey Tucker.
Un article de The Foundation for Economic Education

Pour 2020, j’aimerais reprendre une vieille campagne pour rendre le terme libéral à la cause de la liberté humaine. Ou peut-être est-ce trop ambitieux. Peut-être que si chacun de nous contribuait à arrêter de concéder ce terme magnifique aux ennemis de la liberté, ce serait suffisant.

Il ne leur appartient pas. Il nous appartient.

Ce n’est pas une querelle futile sur une définition, il s’agit d’identifier proprement une magnifique tradition intellectuelle. Le libéralisme nous parle de la liberté humaine et de sa progression graduelle ces 500 dernières années. Il ne concerne pas le contrôle par l’État. Pour l’année qui vient, je suis déterminé à ce que cette réalité soit reflétée dans mon propre vocabulaire.

Oui, je sais que c’est une vieille campagne. Ce fut une cause avancée par F.A. Hayek, Leonard Read, Frank Chorodov, John T. Flynn, Milton Friedman, et de nombreux autres.

Mon exemple préféré est celui de Ludwig Von Mises. En 1927, il écrivit un livre nommé Liberalismus. C’était une tentative de donner un nouveau visage aux fondations intellectuelles du mouvement libéral dans son ensemble. À sa connaissance, personne ne l’avait fait avant lui.

La grandeur de la période entre les guerres de Napoléon et la Première Guerre mondiale était précisément due au fait que l’idéal social poursuivi par les individus les plus brillants était le libre-échange dans un monde constitué de nations pacifiques. Ce fut un âge de progrès inédit du niveau de vie pour une population de plus en plus grande. Ce fut l’âge du libéralisme.

Quand l’édition anglaise de cet ouvrage fut publiée en 1962, il était inquiet que le terme libéral ne soit perdu. Le livre s’intitula The Free and Prosperous Commonwealth (il n’est pas disponible en français, NdT).

Très rapidement par la suite, il changea de nouveau d’avis. Il décida de ne pas abandonner ce fameux terme, non par rancœur ou par malveillance, ou parce ce qu’il ne voulait pas accepter que la langue évolue. Il avait décidé que le terme ne pouvait être abandonné. Il écrit en 1966 :

L’utiliser est impératif car il n’existe tout simplement aucun autre terme disponible pour représenter le grand mouvement intellectuel et politique qui a substitué la liberté d’entreprendre et l’économie de marché aux méthodes précapitalistes de production ; les régimes constitutionnels et représentatifs aux rois et aux oligarchies ; et la libération de l’esclavage et de toute autre forme de servitude pour tous les individus.

N’est-ce pas un merveilleux mélange ? La conviction centrale du libéralisme était que la société contenait en elle-même la capacité de s’auto-gérer. Que l’ordre social soit auto-organisé. Que nous n’avions besoin ni de maitres, ni d’esclaves. Que la société n’avait pas besoin d’être structurée de façon hiérarchique. Que chacun pouvait avoir les mêmes libertés. C’était une idée radicale, qui a construit le meilleur du monde moderne que nous connaissons.

Le libéralisme a sécurisé la propriété privée. Il a mis fin à l’esclavage. Il a apporté l’égalité et la liberté aux femmes. Il a mis fin aux guerres de conquêtes. Il a détruit le système de classes et de castes. Il a libéré l’expression. Il a mis fin à la persécution religieuse. Il a ouvert à chacun des opportunités économiques. Il a jeté l’opprobre sur le despotisme sous toutes ses formes.

Il a mis le consommateur aux commandes de la production. Il a rendu l’éducation, la culture, la détente et même le luxe accessibles aux masses. Il a allongé l’espérance de vie, abaissé la mortalité infantile, augmenté les salaires, mis fin aux épidémies et aux famines, et mis en mouvement l’innovation qui a donné à l’humanité la capacité de voyager, de communiquer, de coopérer comme jamais auparavant comme une seule grande famille. Il a amené la paix.

C’est ce qu’a apporté le libéralisme ! Comment pouvons-nous abandonner ce terme ? Nous ne pouvons pas. Nous ne le ferons pas.

C’est parce que le libéralisme a accompli tant de choses, que le terme lui-même est devenu un tel trophée. Nous avons commencé à le perdre il y a environ 100 ans, quand les partisans de plus de pouvoir de l’État ont commencé à utiliser la libéralisation comme prétexte pour faire avancer leurs intérêts.

Petit à petit, le libéralisme désigna l’usage de la loi pour créer des opportunités et améliorer le monde, avec les meilleures intentions du monde. Leurs objectifs étaient les mêmes que ceux du libéralisme, mais les moyens qu’ils utilisaient étaient complètement antithétiques des idéaux libéraux, voire dangereux.

Les choses devinrent particulièrement compliquées après le crash économique de 1929. Soudain l’économie de marché elle-même était sur la sellette et ceux qui s’identifiaient comme libéraux furent contraints de choisir. La plupart d’entre eux choisit mal, et le libéralisme grand public s’acoquina avec l’État obèse et le corporatisme étatiste. À la fin du New Deal, c’était fini. Le terme avait été galvaudé et signifiait le contraire de l’idée d’origine.

Durant l’après-guerre, il y avait un nouveau néologisme pour désigner ceux qui s’opposaient à l’agenda politique de ces nouveaux faux libéraux. Ce terme était  conservateur, qui fut un choix de mot très malheureux qui ne signifiait littéralement rien d’autre que la préservation, une idée qui engendre des pulsions réactionnaires. Au sein de cette nouvelle notion nommée conservatisme, des libéraux sincères étaient censés trouver refuge à côté de va-t-en guerre, de prohibitionnistes, d’idéologues religieux et de fascistes culturels.

Ce fut un mauvais mélange.

Après toutes ces années, cette nouvelle forme de libéralisme reste intacte. Elle combine le snobisme culturel avec l’amour des outils étatistes et une dévotion pour imposer la religion civique à tout prix et par tous les moyens. Et, oui, ce peut être extrêmement agaçant.

C’est pour cette raison que le terme libéralisme est si souvent employé avec mépris, ce que vous connaissez bien si vous avez au moins une fois regardé Fox News, Rush Limbaugh ou Glenn Beck. Et assez souvent, les attaques de la droite contre le libéralisme sont méritées. Mais quelle est l’alternative que nous offre la droite ? Non pas la libération mais une autre forme de contrôle partisan.

Avec toutes ces confusions, pourquoi ne pas essayer de nouveau de se réapproprier le terme libéralisme ? Encore une fois, il ne s’agit pas de débattre de la définition d’un mot. Il s’agit d’utiliser les moyens appropriés pour construire une société meilleure. Est-ce que le but de la vie politique est de maximiser le degré de liberté dans le monde ou est-il de renforcer le contrôle et la planification centrale de nos vies économiques et culturelles ? C’est la question centrale.

L’autre avantage d’utiliser de façon appropriée le terme libéralisme est qu’il donne l’opportunité de mettre en avant des noms comme Jefferson, Adam Smith, Bastiat, Lysander Spooner, Benjamin Tucker, Albert Jay Nock, Rose Wilder Lane, plus la tradition moderne avec Rand, Mises, Rothbard et Hayek, plus les dizaines de milliers de personnes qui ont un désir de liberté de nos jours dans les milieux intellectuels, le monde des affaires, les commentateurs, et le public en général. Ne serait-ce qu’utiliser ce vieux terme de la bonne façon fournit une opportunité de discussion.

Il est vrai que le libéralisme de la vielle école a ses problèmes. J’ai du mal avec certaines positions des vieux libéraux, qui font preuve d’une certaine naïveté envers la démocratie, une trop grande tolérance pour le mythe de l’État Gardien, et une certaine affection latente pour le colonialisme.

Le plus important est que la tradition libérale continue d’apprendre et de grandir, pour se manifester aujourd’hui sous ce que l’on nomme assez maladroitement libertarianisme ou anarcho-capitalisme, tous deux étant considérés à juste titre comme des extensions de l’ancien projet libéral.

Pourtant, même les libertariens et les anarcho-capitalistes doivent se rattacher à l’ancien terme, sinon leur identification devient un néologisme déraciné sans aucune signification historique. Tout projet intellectuel détaché de son histoire est au final condamné à devenir une secte.

Disons la vérité. Le vrai libéralisme est vivant. Plus que jamais. Il a juste besoin d’être nommé. C’est quelque chose que nous pouvons tous faire.

 

Article initialement publié en janvier 2015.


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  • Mais le contexte de cet article, c’est que Tucker réclame que les « libertarians » aux US récupèrent le terme « liberal » qui désigne là-bas la gauche sociale-démocrate. Si on n’a pas ça en tête en lisant l’article, on doit comprendre de travers une partie de ce qu’il raconte.

    • J’avoue, j’ai capté ça en milieu d’article. Au départ j’avais seulement en tête l’idée de réhabiliter le terme de libéralisme à sa juste valeur en france, la où la plupart des gens pensent à tord que l’on vit une crise du libéralisme, que le capitalisme actuel est libéral, que l’état fait du libéralisme (quelle finesse), libéralisme que lepen veut absolument detroner (elle va être déçue…)..

      Bref l’article s’adapte assez bien à notre situation française involontairement j’ai trouvé, bien qu’il est évidemment préférable de le voir dans son contaxte réel. 🙂

  • En complément de cet article qui mintre bien que les mots peuvent être piégés, je vous propose cette citation d’Antony Sutton qui remet en cause le spectre classique et consensuel de la gauche et de la droite en politique pour remettre la liberté au coeur du débat.
    « Les bolchéviques sont à l’extrême gauche du spectre politique et les financiers de Wall Street sont à l’extrême droite; dès lors, raisonnons-nous de manière implicite, ces deux groupes n’ont absolument rien en commun et toute alliance entre eux est totalement absurde. Les facteurs qui sont contraires à cet arrangement conceptuel sont en général rejetés comme observations bizarres ou d’infortunées erreurs.
    D’un autre côté, on peut observer que les deux extrêmes, droite et gauche, du spectre politique, sont absolument collectivistes.

    Le national socialiste (par exemple le fasciste) et le socialiste international (par exemple le communiste), recommandent tous deux des systèmes politico- économiques totalitaires fondés sur la puissance politique pure et dure et la coercition individuelle. Les deux systèmes demandent un contrôle monopoliste de la société.
    Alors que le contrôle monopoliste des industries fut au départ l’objectif de JP Morgan et de John D. Rockefeller, vers la fin du XIXème siècle le cœur de Wall Street avait compris que la manière la plus sûre de gagner un monopole sans conteste était “d’entrer en politique” et de faire travailler la société pour les monopolistes et ce sous couvert du bien et de l’intérêt publics.

    Un emballage conceptuel alternatif des idées politiques et des systèmes politico- économiques serait de classifier le degré de liberté individuelle contre le degré de contrôle politique centralisé. Sous une telle classification, l’état providence industriel et le socialisme sont du même côté du spectre politique. C’est ainsi que l’on peut constater que les tentatives du contrôle monopoliste de la société peuvent être étiquetées différemment tout en ayant des traits de caractère très similaires.

    En conséquence, une des barrières sur le chemin d’une compréhension mature de l’histoire récente est la notion que tous les capitalistes sont les ennemis jurés et mortels de tous les marxistes et socialistes. Cette idée erronée trouve son origine avec Karl Marx et fut sans aucun doute très utile pour ses objectifs. En fait, cette idée est un non- sens total. Il y a eu une alliance continue, même si savamment dissimulée, entre les capitalistes politiques internationaux et les socialistes révolutionnaires internationaux et ce pour leur bénéfice mutuel.
    Le lecteur large d’esprit doit garder deux choses à l’esprit: les capitalistes monopolistes sont les ennemis mortels de la libre-entreprise et de ses entrepreneurs et aussi, au vu de la faiblesse de la planification centrale socialiste, l’état socialiste totalitaire est le marché captif parfait pour les capitalistes monopolistes si une alliance peut être établie avec les tenants du pouvoir socialiste. » (Antony Sutton, Wall Street et la révolution bolchevique)

    • Ceux que vous appelez « capitalistes monopolistes » se nomment aussi, de façon me semble-t-il plus juste, « capitalistes de connivence », car la connivence avec l’état leur est essentielle.

      • Oui on peut le dire comme ça

      • C’est cela, capitalisme de connivence ; lequel n’est possible que parce que des politiciens sont corrompus. car que des entrepreneurs recherchent pour leur entreprise une position favorable, c’est normal ; dès lors qu’ils sont dans un contexte de concurrence non faussée cela les poussera à améliorer la productivité de leur entreprise, à faire preuve de créativité, ce qui au final profitera aux clients, donc à la société dans son ensemble.
        Mais que des politiciens, élus pour chercher l’intérêt général – lequel commence par la préservation des libertés élémentaires des citoyens : de parole, de conscience, d’entreprendre notamment – se mettent à favoriser les intérêts d’une entreprise particulière aux dépens des autres, c’est de la corruption, une forme de trahison du mandat confié par les citoyens, et devrait être traité comme telle par la Justice.

  • On pourrait réhabiliter le mot démocratie…c’est impossible tant qu’on n’a pas oublié ce qu’est la démocratie que nous vivons. Pour le libéralisme ,une seule solution choisir un autre mot .

    • C’est comme « conservatisme » qui est toujours employé de façon caricaturale. Julien Rochedy (je crois) a proposé « évolutisme » à la place. 0Pour souligner qu’être conservateur, c’est construire l’avenir en s’appuyant sur le passé tout en le fausant évoluer. Ce qui est bien le contrre du progressisme révolutionnaire qui entend faire table rase du passé.
      Peut-être faut-il aussi substituer à la notion générale de liberté, celle d’autonomie? « Autonomisme »?’..

  • Quand on voit ici ou ailleurs que d’aucuns se proclamant probablement libéraux jugent que d’autres ne seraient pas de vrais libéraux, on se dit qu’on n’est pas sorti de l’auberge…
    A moins que cette idée vague que chacun se fait du libéralisme soit au contraire ce qui permettrait à tous de pouvoir se prétendre libéral et de constituer de la sorte une immense communauté de libéraux…
    Une façon de sauver le mot, peu importe la chose décrite…

    • Il est clair que le terme libéralisme peut avoir plusieurs significations, il suffit de voir les différences entre « écoles » en son sein.
      Politiquement, un « liberal » sera en gros un social-démocrate au Canada, un libertarien aux USA, quand le terme en France s’applique surtout à l’économie et s’applique à un Alain Madelin, centriste, voire à un Fillon, qui se définit comme libéral-conservateur.

      Selon sa fiche Wikipédia, l’auteur de l’article est un libertarien, proche du parti américain du même nom, dont le candidat à la présidentielle 2016, Gary Johnson, a déclaré : « Je suis à gauche d’Hillary sur les questions de société, et je suis plus conservateur que Ted Cruz sur les questions économiques. Je représente le meilleur des deux mondes. » (Wikipédia encore)

      Cela dit, les débats sur la liberté (concrète) et les conséquences sur cette liberté des positions politiques des uns et des autres m’intéressent davantage que les débats sur la pureté doctrinale des positions de tel ou tel…

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