L’Allemagne, ce colosse aux pieds d’argile

Deutsche Bank By: Tony Webster - CC BY 2.0

Non, l’Allemagne n’est pas un solide partenaire européen…

Par Frédéric Duval. 

L’Allemagne est à mes yeux un colosse aux pieds d’argile !

Deux problèmes structurels la menacent :

1. Le secteur bancaire plombé par la crise de 2008

La Deutsche Bank est la plus grosse banque européenne, et l’une des plus importantes du monde). Elle représente 45 000 milliards de dollars de produits dérivés, soit près de 20 fois notre PIB !

Or cette banque a dû d’urgence faire un plan d’action extrêmement drastique pour se sauver d’une faillite inéluctable :

  • vague de licenciements gigantesque (1400 postes récemment),
  • création d’une banque de défaisance ou banque-poubelle pour isoler les fonds pourris du reste de l’institution,
  • fermeture de pans entiers de la société, dont notamment le trading d’action.

Un plan de sauvetage de la dernière chance pour Deutsche Bank

Les mesures sont violentes. Il y a une bonne raison à cela : elles sont à la hauteur de la menace ! Et les clients l’ont bien compris en rapatriant rapidement leurs fonds. Il suffit d’observer la chute vertigineuse de sa valorisation boursière depuis la crise : valeur de l’action Deutsche Bank en 2007 : 107 euros ; valeur aujourd’hui : six euros soit -94 % !

Et Deutsche Bank n’est pas la seule concernée

Commerzbank, la seconde banque allemande est soumise aux mêmes problèmes que sa grande sœur : mauvaise gestion, fonds pourris, salaires indécents… Et il y aurait des rumeurs sérieuses de fusion entre les deux, un comble !

Son action a également chuté de manière hallucinante : valeur de l’action Commerzbank en 2007 : 292 euros ; valeur aujourd’hui : cinq euros, soit -98 % !

C’est son plus bas historique ; elle était encore à 13 euros en janvier !

Too big to fail

« Trop gros pour faire faillite ».

C’était le terme employé pour justifier le renflouement des grandes banques américaines par l’État, donc le contribuable,  lors de la crise de 2008. Seule Lehman Brothers n’avait pas eu cette chance, il fallait bien faire un exemple.

Dans cette situation, l’État allemand va certainement devoir intervenir et racheter une plus grande part d’actions (il est déjà le plus grand actionnaire…).

L’État allemand ne laissera pas ces deux banques tomber car leur faillite serait terrible pour l’économie allemande et la zone euro, mais il ne peut faire des miracles.

Au mieux, ces banques seront « zombifiées » et seront sorties totalement des activités du marché pour opérer seulement pour les comptes courants et les activités de dépôt.

Mais nous ne sommes même pas dans une situation de crise : au premier gros tremblement du marché, ces banques risquent de faire passer la faillite de Lehman Brothers pour une promenade de santé…

2. Le déséquilibre de Target 2

Mais ce n’est pas la seule menace qui sape les fondements du colosse allemand.

L’autre c’est Target 2, un système qui permet d’effectuer des paiements transfrontaliers entre banques au sein de l’Union Européenne.

La BCE joue le rôle de chambre de compensation entre les créances et les engagements des banques centrales nationales. Or depuis la crise de 2008 ce système a été complètement déréglé.

Un fossé immense a commencé à se creuser entre les créances de la Bundesbank et celles des pays méditerranéens, Italie et Espagne en tête :

Aujourd’hui, la banque centrale allemande se retrouve avec plus de 1400 milliards de créance de différents pays européens, principalement italien et espagnol, mais aussi grec et portugais. La France est, elle, légèrement déficitaire.

Quel est le risque ?

Si l’Italie ou l’Espagne venait à faillir… ou pire à quitter l’euro… leur dette exploserait.

Selon les experts, la dette italienne passerait immédiatement de 132 % à 160 % de son PIB, mais bien davantage par la suite.

Ils seraient incapables de s’acquitter de cette dette et devraient :

  • soit passer par une dévaluation massive de leur monnaie (l’euro en l’occurrence, donc impossible à moins d’en sortir),
  • soit renoncer au paiement de leur dette.

Dans les deux cas ceci reviendrait à entraîner l’Allemagne dans une énorme crise… et l’Union européenne et l’euro avec elle.

Dans un tel contexte, l’Allemagne ne pourrait se permettre de voir l’Italie sortir de l’euro. Et on verrait s’engager le même genre de bras de fer qu’avec la Grèce en 2015.

Sauf que l’Italie, troisième économie de la zone euro, n’est pas la Grèce.

Non, l’Allemagne n’est pas un solide partenaire européen…

Au regard de ces deux seuls aspects, l’Allemagne encourt non seulement un risque énorme pour elle-même mais fait encourir un énorme risque à l’Union européenne dans son entier.

Évidemment la France a également ses propres maladies :

  • fiscalité excessive,
  • sur-réglementation,
  • dépense publique incontrôlable,
  • corruption de certains élus.

Mais ça on le sait depuis longtemps, et il n’y a pas de danger immédiat et massif.

Alors que l’Allemagne fait un sans faute depuis des années… qui cache deux sujets extrêmement sensibles qui pourraient avoir des conséquences soudaines et désastreuses pour tout le continent.

L’élève modèle qu’on découvre un matin en train de vendre de la drogue et faire du racket dans la cour de récré !

Et malheureusement, ces deux points ne sont pas soulignés dans les débats…

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