Intérêts négatifs : banques centrales en apprentis sorciers

Nos chers banquiers centraux ont oublié plusieurs choses essentielles.

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BCE-Santi Villamarin-(CC BY-ND 2.0)

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Intérêts négatifs : banques centrales en apprentis sorciers

Publié le 18 septembre 2019
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Par Gérard Dosogne.
Un article d’Entrepreneurs pour la France

Les avantages théoriques de cet afflux de liquidités et du quantitative easing sont multiples, fortes de montagnes de cash les banques vont prêter, les taux vont baisser car il faut inciter les entreprises et particuliers à emprunter et investir. Tout ce cash injecté dans l’économie devra à la fois booster la croissance et l’inflation, ce qui est indispensable pour éponger les dettes… un cercle vertueux génial !

Patatras, cette « théorie économique » imaginée par des banquiers centraux en dehors des recherches académiques ne fonctionne pas, ou mal, sur le long terme et rend l’avenir plus incertain que jamais. Comme le rappelait Keynes, Lénine disait que le meilleur moyen de mettre à mal le capitalisme était de jouer avec la monnaie (« debauch the currency engages all hidden forces of economic law on the side of destruction , and it does it in a manner which not one man in a million is able to diagnose »)

Les taux d’intérêts négatifs, dernière cartouche des banquiers centraux, sont un leurre : plutôt que d’investir dans les entreprises, plutôt que de consommer, on épargne plus que jamais malgré ces taux dissuasifs pour l’épargnant (le taux d’épargne en Europe est au plus haut, à 13 %).

Le citoyen serait idiot, inculte en économie, ne réagissant pas comme il devrait ?

Que nenni ! Bien sûr, déposer son argent sur des comptes d’épargne, dans des obligations d’État ou autres contrats d’assurance « sans risque » ne rapporte plus rien (et peut même coûter…) et par contre dans une recherche de rendement les achats d’actifs s’envolent : bourse, immobilier, œuvre d’art… Mais chat échaudé craignant l’eau froide, le citoyen lambda se souvient des crises financières de 2001 ou 2008 qui ont vu s’effondrer la valeur de ces actifs. Les bulles se créent et éclatent un jour et l’épargnant devient risk averse. Il épargne dans des instruments sans risque, quel qu’en soit la rémunération et ne dépense pas. L’inflation ne repart donc pas et la croissance de l’économie reste modeste.

Nos chers banquiers centraux ont oublié plusieurs choses essentielles :

  • la peur de l’avenir de la plupart des épargnants qui privilégient la sécurité
  • l’investissement dans les actifs risqués ne relance ni l’inflation, ni la croissance
  • même si les taux sont négatifs il faudra rembourser le principal qui ne sera pas érodé par l’inflation : quand l’État empruntait à 6 % alors que l’inflation fluctuait entre 4 et 7 %, après 20 ans il remboursait des clopinettes… Aujourd’hui, il risque de devoir rembourser une somme qui a la même valeur qu’au moment de l’emprunt. De plus, cette inflation affectait TOUT le stock de la dette…

Résultat :

  • une dette d’État qui gonfle énormément en terme réels car l’État emprunte de plus en plus, avec un vrai risque d’insolvabilité si celui-ci ne peut plus rembourser sa dette par un nouvel emprunt ;
  • des grandes entreprises qui n’investissent pas dans la production ou l’innovation mais dans le rachat de leurs actions, ce qui est immédiatement très rentable ;
  • une économie stagnante, serions-nous revenus à la stagflation ?
  • un affaiblissement modéré de l’euro ;
  • un énorme problème pour les retraites, surtout dans les très nombreux pays de retraite par capitalisation.

Comment sortir de ce cercle devenu vicieux ? Personne, et surtout pas nos apprentis sorciers, n’en sait rien. Comment restaurer la confiance ? Comment revenir à des taux d’intérêts positifs raisonnables sans enclencher une panique boursière et l’éclatement des bulles ? Comment retrouver une inflation modérée…

Personne n’en sait rien. L’apprenti sorcier ne sait pas comment arrêter le déluge qu’il a engendré. Et il n’y a pas de sorcier.

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  • « la peur de l’avenir de la plupart des épargnants qui privilégient la sécurité »
    Il ne s’agit pas de « peur » ou de réflexe de poules-mouillées, il s’agit d’un besoin essentiel – compte-tenu de l’augmentation de l’espérance de vie – de capitalisation pour les vieux jours.
    Pour mémoire, l’espérance de vie était encore de 46 ans entre les deux guerres (moment d’adoption de la retraite par répartition dont l’âge fut fixé à 65 ans).
    La plupart des gens sont avisés (et ont compris que la vieillesse n’était plus un « risque » et qu’il convenait de capitaliser pour le couvrir. Il n’y a qu’en France – à ma connaissance – où les pouvoirs publics bercent les gens d’illusion sur l’avenir des systèmes de retraite par répartition et punissent l’épargne (mobilière et immobilière) au delà d’un seuil ridiculement bas.

  • C’est bien de pousser les gens a investir….mais si on supprimait les impots des investisseurs cela serait beaucoup plus incitatif et ils prendraient plus de risques

  • Pour les grandes entreprises, les taux faibles leur permettent de détruire ou d’entraver la concurrence pour assurer leurs rentes.

  • les dettes ne seront jamais remboursées , c’est quasiment impossible mais les intérêts de la dette , eux , sont et continueront à ^être remboursés et ça risque de durer longtemps ;

  • Comment restaurer la confiance?
    Je pense que les banques centrales devraient cesser d’intervenir en faveur des Etats et se cantonner à leur rôle traditionnel d’assurer la liquidité du système bancaire. Elles devraient laisser au marché le soin de fixer les taux d’intérêt. Ils s’établiraient alors à un niveau naturel permettant de rémunérer l’épargne qui finance les l’investissement.

  • Charles Gave explique très bien cette aberration du « helicopter money ».
    Ce n’est pas la monnaie qui crée de la richesse, mais le travail et l’innovation. Seulement. Créer de la monnaie n’enrichit pas la société, mais seulement ceux qui la produisent.

  • Mais c’est pourtant simple. La sortie logique, la « solution » ou plutôt la résultante est … une crise.

    Tant qu’on laissera des cigales définir la notion d’effort, la notion de travail, les fourmis n’en finiront pas d’éponger l’irresponsabilité.

  • Le problème pour les retraites est d’abord dans les pays qui en sont restés à la répartition ! La répartition, c’est comme une capitalisation investie dans l’économie purement publique du seul pays concerné… Les intérêts négatifs permettent aux pays de développer une économie publique à rentabilité négative sans en subir immédiatement les durs rappels à la réalité qui ont causé la chute du bloc soviétique. Mais on ne s’affranchit pas éternellement de la réalité.
    Et le point le plus important de la réalité, c’est que la collectivisation dans un état, qui est présentée comme un facteur de sécurité, n’en est pas un du tout. On peut supporter de petites pertes, on ne se relève pas de la faillite de son état.

  • Economie stagnante et stagflation sont deux notions différentes si je comprend bien, la première ne concerne que une croissance atone et la seconde intègre en plus une inflation élevée.

    Est ce que l’économie stagnante précède ou suit la politique monétaire ? On se concentre sur les effets négatifs des politiques monétaires accomodantes, que je ne contestent pas (j’en ai pas les moyens lol) mais du coup, ne passerait-on pas à côté de phénomènes économiques nouveaux. Peut être que tous nos paradigmes sont à revoir..

  • « Comment revenir à des taux d’intérêts positifs raisonnables sans enclencher une panique boursière et l’éclatement des bulles ? »

    La réponse est évidente. Pour assainir la situation, les BC vont abandonner les marchés d’actifs à leur sort sans plus s’en préoccuper.

    Si l’action Apple tombe à 20 dollars au lieu de 200, qui s’en souciera ? Si l’appartement parisien tombe à 300k euros au lieu d’un million, qui s’en souciera ? Les ressources ultimes des BC seront concentrées sur l’achat direct du stock des bons des Etats obèses, sans plus passer par les banques, avec pour contrepartie l’interdiction d’émettre de nouvelles dettes (situation équivalente à un défaut). Fin de la partie pour les Etats obèses, de même que pour de nombreux traders au chômage.

    L’effondrement des actifs est infiniment moins grave pour l’économie que l’effondrement des monnaies. Les marchés d’actifs seront donc sacrifiés autant que nécessaire.

    En effet, on voit mal les USA abandonner leur précieux dollar, outil de domination mondiale, alors que les concurrents potentiels sont en embuscade. En Europe, la situation est plus incertaine avec le risque d’éclatement de la zone, mais on voit mal l’Allemagne abandonner son précieux euromark. Quelques pays seront peut-être éjectés de la zone pour sauver l’essentiel du pouvoir monétaire. La France ou l’Italie, bons candidats pour la sortie ? Le yen est intimement lié au dollar (première paire échangée au monde dans le cadre du carry trade) et les mentalités changent doucement au Japon, alors que les politiques monétaires accommodantes ont prouvé à la fois leur inutilité et leur nocivité. Le franc suisse et la livre sterling n’ont rien à craindre. Reste le yuan et on sait le mépris souverain des communistes pour la monnaie quand le régime est en danger.

  • * d’après Olivier Demeulenaere ; la baisse des taux aujourd’hui est la dévaluation d’hier : un appauvrissement général et l’enrichissement de quelques uns. C’est une catastrophe en préparation qui sape les salaires, détruit les épargnes des ménages et tout cela sans apporter aucune utilité économique… Depuis votre épargne est entrée en concurrence avec la planche à billet des banques centrales… Simple jeu d’offre et de demande, votre épargne sécuritaire n’a plus de valeur économique, les banques centrales ont pris la place. Elle finira par être détruite, c’est pour cela que je vous conseille depuis quelques jours d’assurer votre épargne avec de l’or…( 10% des Français se font des cagnottes de billets chez eux hors des banques)
    https://olivierdemeulenaere.wordpress.com/2019/08/01/destruction-epargnes-privees/?fbclid=IwAR0-na4yi8ea2pSZbHrGa_K_jqXZS819lCqCorr9WJ7cf_I1W9EJbxrV9rk
    *Lagarde Et surtout de prolonger (une nouvelle fois) le bazooka monétaire de Draghi ! Il faut bien continuer à gonfler la bulle financière, sous peine de voir exploser les marchés et le système en général. La fuite en avant dans l’aberration des taux négatifs et du rachat de dettes par l’émission de fausse monnaie n’est donc pas près de finir, quoi qu’il en coûte à l’épargne et à l’investissement… sans même parler de l’activité bancaire. Bienvenue à l’économie-zombie !
    https://olivierdemeulenaere.wordpress.com/2019/09/04/lagarde-promet-de-repeindre-en-vert-la-bce/?fbclid=IwAR0eY4XLuleDeYb-vZbD61OMqwjWMmJZU40S31ZfaWPYy2A7yrh_b9gIrFc
    * À l’heure actuelle, la combinaison de taux d’intérêt bas records et de valorisations boursières records ne fait que renforcer la certitude de la ruine ». La quête de rendement de la part des investisseurs atteint le stade de la manie, de la folie: le grand entonnoir qui va les engloutir est en place, et ils se précipitent, sans retenue aucune, sans réflexion. Les retours sur investissement ont beau être dérisoires, on se moque du rendement ; l’important c’est la plus-value puisqu’on s’attend à ce que les taux baissent encore et encore.
    Peu importe que l’on engrange des pertes futures colossales à maturité, on croit que l’on aura revendu avant et que l’on sautera du train pile, au bon moment. Les pertes, c’est pour les autres !
    En Europe, un tiers des obligations européennes se négocient désormais avec des rendements négatifs.
    https://olivierdemeulenaere.wordpress.com/2019/09/07/instabilite-inouie-deluges-de-liquidites-on-tond-les-moutons-sur-obligataire-b-bertez/?fbclid=IwAR12lobDQw-s7lGunUAPChpxdT-G6NEd1_Q_13EVTfviXMMq0xZWw8fLCyY

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